Oliv03 a écrit : sam. 03 janv., 2026 11:52
Merci beaucoup Beemahl pour ton message
Tu as tout à fait raison, Messiaen est mal servi en France et particulièrement par les orchestres. Il est fou de constater que le Philarmonique de Radio France qui est financé par les deniers publics, et dont la vocation initiale est de faire rayonner le patrimoine musical français, ne met que très rarement des compositeurs comme Messiaen, Duruflé, Elsa Barraine ou meme Lili Boulanger à l’affiche de leur programmation. Alors qu’on est abreuvé de Malher, Richard Strauss et Sibelius. Je n’ai rien contre ces musiques germaniques et nordiques qui sont aussi de grande qualité et méritent d’être mises en valeur. Mais ce serait bien de reconsidérer les équilibres dans les programmes. Heureusement ce n’est pas le cas à Londres, Berlin, Hambourg, Zurich, Milan et meme aux US, où ces compositeurs français (pas que Debussy Ravel ou Fauré) ont pignon sur rue.
Je me réjouis de lire que tu as exploré un peu Messiaen. L’Ascension tu as pris la version orgue ou orchestre ? Les deux sont superbes et différent de leur troisième tableau. Les Transports de Joie sont impossible à transcrire à l’orchestre. L’écriture est très organiste, avec ces accords qui montent et descendent à toute allure et nécessitent une acoustique très réverbérante. C’est une œuvre du début des années 30, dans le meme style ou couleur il y a le thème et variations pour piano et violon que je suis entrain de monter avec un partenaire violoniste. C’est également dans le style impressionniste.
En ce qui concerne les Regards, les 4 premiers, dont celui de la Vierge, sont très accessibles pour des pianistes amateurs, comme toi et moi. Messiaen y expose des premiers thèmes qui seront repris plus loin. Je trouve que le cycle est divisible en quatre groupes de cinq Regards. Il y a une unité à l’intérieure de chacun de ces groupes, et une progression d’un groupe au suivant. Mon groupe préféré est probablement le troisième qui commence par la communion de la Vierge qui rebascule, après la folle chevauchée de l’Esprit de Joie, dans l’atmosphère du Regard de la Vierge. Ce groupe se termine par le Baiser de l’Enfant Jesus. Au milieu, il y a Noël, qui est le Regard que je démarre maintenant. Il s’agit des cloches carillonnantes des églises annonçant la messe de la Nativité, avec en section central un passage doux et délicat où on retrouve la Vierge à l’Enfant, dans un rappel du premier tableau de la Nativité du Seigneur, qui est un grand cycle pour orgue, datant de 1935.
Bonjour,
Bien que j'intervienne très rarement dans ce forum, vos propos m'interpellent tant les compositeurs que vous évoquez - Duruflé, Messiaen, Barraine, etc. - sont effectivement sous-représentés en France: nul n'est prophète en son pays, hélas. Il vaut mieux en effet voir du côté des pays nordiques et anglo-saxons pour s'apercevoir à quel point, et avec quel talent (!) ils sont joués et appréciés. On pourrait rajouter dans la liste - du moins pour le piano et l'orchestre - Tournemire, Vierne et tant d'autres qui sont curieusement délaissés en France alors qu'ils ont écrit des choses qui n'ont rien d'anecdotique.
De mon côté, pratiquant à la fois le piano et l'orgue, je me suis frotté il y a une dizaine d''années à Messiaen en travaillant "Jésus accepte la souffrance" (extrait de la Nativité, je crois) et ça sonne d'enfer. J'envisage d'attaquer prochainement le "Vent de l'esprit" (Messe de la Pentecôte) mais quand je vois les exigences techniques que cette pièce réclame, j'avoue que ça fait un peu peur! On verra bien... Transports de joie, même chose.
J'ai bien vu vos conseils pour les pièces pianistiques de Messiaen et je souhaite m'en mettre quelques-unes dans les doigts: Beethoven, Mozart, Chopin, etc., c'est bien; mai s'aérer l'esprit avec autre chose, ça fait du bien aussi.
Pour en revenir à Duruflé, Barraine et toute cette musique française - essentiellement d'avant-guerre - tous ces compositeurs ont eu à souffrir de cette "nouvelle vague" post-sérielle qui a envahi après guerre, quelquefois sans vergogne, le monde musical français. Je cite Duruflé qui évoquait Boulez "A quoi bon continuer dans cette voie qui est la mienne puisque de toute façon je suis maintenant dépassé par cette nouvelle façon d'écrire de la musique?"