CGAP 2019

Concerts, interprètes, émissions, sortie CD

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Julien84
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Re: CGAP 2019

Message par Julien84 » lun. 25 mars, 2019 10:57

Autumn a écrit :
lun. 25 mars, 2019 10:36
Je suis un peu troublée par la notion d'"amateurs" présentée dans ce concours.
En faisant une rapide recherche sur l'un des finalistes, je m'aperçois qu'il a obtenu un "Bachelor of music" et un "Master of music" en piano à la Julliard School, et qu'il a également enregistré un disque, dans lequel figurent les pièces jouées au concours.
Est-ce qu'on peut vraiment considérer ce parcours comme étant celui d'un amateur?
Certes il exerce une autre activité... Mais il a visiblement suivi des études musicales "professionnalisantes" depuis sa jeunesse.
Bien sûr! Il s'est à un moment donné sérieusement projeté dans une vie professionnelle musicale et a bénéficié d'un enseignement allant dan ce sens; ça soulève quelques problèmes de mon point de vue.

Aurele27
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Re: CGAP 2019

Message par Aurele27 » lun. 25 mars, 2019 11:44

C’est vrai que c’est un peu limite et assez inégal pour les candidats (comme moi) qui sont de vrais amateurs...

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Re: CGAP 2019

Message par Okay » lun. 25 mars, 2019 14:08

On peut se dire que c'est quelque peu plus fair play de présenter le concours avant de graver un CD commercial plutôt que l'inverse :mrgreen:
Si vous voulez son Appassionata sans le son de cathédrale... (on trouve cet album en libre écoute sur YouTube sur la page du pianiste)
Est-ce pour cette raison qu'on ne lui a pas donné le premier prix ? L'ont-il plutôt donné à un bon pianiste mais dont le jeu était franchement "amateur" (avec les connotations qu'on fait porter à ce mot) afin que le concours reste connoté "accessible" ?

Le terme amateur est profondément problématique (et tout particulièrement en France), je passe ma vie à lutter contre ce mot pour maintes raisons... Pour ce concours, cette hétérogénéité est absolument inévitable parce que le programme est libre. Un programme avec des imposés créerait une auto-selection parmi les différents profils. Je me souviens d'un bon concours "amateur" (l'Open Piano Competition) qui avait lieu à Londres mais n'existe plus. Il y avait deux catégories claires, et seule l'une des deux imposait le par coeur, jouer des études au premier tour etc...

nox
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Re: CGAP 2019

Message par nox » lun. 25 mars, 2019 14:35

C'est compliqué, parce que s'il faut mettre un "frontière", bien malin qui saurait la placer.
A partir de quand considère-t-on que c'est "professionnalisant" ? Si on reste centré sur le système français, on pourrait se dire qu'on exclurait les candidats ayant un jour suivi une formation soliste dans un des CNSM...mais il faut aussi penser aux diplômes de concert de Cortot par exemple. Et ceux qui en dehors de tout cursus officiel suivent depuis longtemps un enseignement auprès d'un maître reconnu ? Et a contrario, ceux qui ont fait un an ou deux au CNSM il y a 30 ans et ont suivi une autre voie, on en fait quoi ?

C'est la quadrature du cercle.

Il faut tout simplement accepter de se dire que dans le terme "amateur" on regroupe une grande variété de profils et de niveaux.
C'est comme ça, même si ça peut sembler injuste...

D'ailleurs même en restant sur le côté amateur "clair", il y a ceux qui arrivent à bosser leur piano plus de 2h par jour, à jouer régulièrement en concert, qui font des concours aussi souvent que possible, voire des CD...et il y a monsieur/madame tout le monde, qui peine à trouver le temps pour jouer tous les jours et pour qui le piano est vraiment au second (voire au 3ème) plan.
Avec une autre candidate, on se demandait si un jour quelqu'un avec des enfants avait déjà gagné ce concours...
Modifié en dernier par nox le lun. 25 mars, 2019 14:37, modifié 1 fois.

Galadrielle
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Re: CGAP 2019

Message par Galadrielle » lun. 25 mars, 2019 14:35

Je suis bien contente d'être en mesure grâce à christof de réécouter les prestations, surtout le beethoven qui m'a également soufflée !
C'est lui donc si j'ai bien compris qui aurait fait des études de pianiste pro ? Je ne suis pas étonnée... Mais un peu déçue en fait...!

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Re: CGAP 2019

Message par Okay » lun. 25 mars, 2019 14:43

Bah c'est compliqué... combien de gagnants ou quasi-gagnants n'ont pas reçu de (très) solide formation ? Et pourquoi devrions-nous stigmatiser celui-ci qui est tout de même avocat à New York à plein temps ?
On en revient à la case départ, à savoir qu'on veut mettre les gens dans des cases, mais heureusement que le monde regorge de profils réfractaires à la catégorisation...

Galadrielle
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Re: CGAP 2019

Message par Galadrielle » lun. 25 mars, 2019 14:51

Oui oui bien sûr c'est compliqué... Et il est vrai que le monsieur en question a un autre métier. Simplement ça illustre avec force le fossé de fait entre des personnes ayant suivi une formation professionnalisante dans leur jeunesse, et les autres... Qui ont bien peu de chances d atteindre ce niveau technique...

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Message par Spianissimo » lun. 25 mars, 2019 15:14

Le mot amateur sonne comme un leurre dans ce concours, c'est un mot qui a l'avantage de servir d'alibi pour dire que le concours est ouvert aux amateurs (ce qui est malgré tout le cas, ....mais de là à le gagner...) et puis, c'est positif et valorisant pour ceux qui y participent et qui cumulent plusieurs talents.
Concours international des ex futurs pros serait moins bien vécu probablement :mrgreen: et ça ne correspondrait pas forcément à la réalité en plus. On ne sait pas réellement si les participants sont des musiciens pros qui n'ont pas réussi à s'imposer ou si ils ont délibérément choisi de privilégier une autre carrière professionnelle. Une vie de pianiste de concert n'est pas forcément la panacée pour tout le monde, y compris ceux qui ont un incroyable talent pour la musique...Pour moi, le fait d'avoir suivi ou non un cursus musical professionnalisant devrait être pris en compte et il pourrait y avoir effectivement 2 catégories. En fait, en France, ce sont des concours différents...je ressens celui-ci comme réservé à l'élite des amateurs...
Enfin, il y avait quand même un "livreur" et une "directrice d'école maternelle" parmi les candidats, je ne suis pas certain qu'ils avaient cependant une chance de gagner.
Par contre, lorsqu'on regarde l'historique, le concept de parité hommes/femmes en prend un sacré coup, ce qui est certain est qu'ils ne pratiquent pas un système de quotas :mrgreen:
C'est sympa de parler mais jouons maintenant...
http://www.youtube.com/user/andante5133

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Re: CGAP 2019

Message par denis_h » lun. 25 mars, 2019 15:21

>>>Une vie de pianiste de concert n'est pas forcément la panacée pour tout le monde>>>

à ce sujet, un très bon livre : le naufragé , de thomas bernard.

mais attention, c'est très sombre.

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Re: CGAP 2019

Message par nox » lun. 25 mars, 2019 15:21

Mais concrètement :
- que proposeriez-vous comme critères pour différencier "vrai" et "faux" amateurs ?
- du coup que reste-t-il à ces personnes qui sont aujourd'hui ni pro ni amateur ? Les concours pros leurs sont inaccessibles...

Et pourtant Dieu sait que je partage votre sentiment, on se sent impuissant face à des profils comme ça...mais c'est juste la réalité, il y a des "non professionnels" redoutables.

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Re: CGAP 2019

Message par Aurele27 » lun. 25 mars, 2019 15:26

Comme le disait Spianissimo il faudrait peut être différencier 2 catégories ?
Probablement que certaines personnes seraient plus difficiles à caser que d’autres... mais cela aurait le mérite d’avoir des groupes un peu plus homogènes je pense.

Mais comme de toutes façons ils ne contrôlent même pas notre identité, 🤣 n’importe quel professionnel pourrait venir « déguisé » en amateur, (même si c’est tiré par les cheveux 😅)

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Message par Spianissimo » lun. 25 mars, 2019 15:34

nox a écrit :
lun. 25 mars, 2019 15:21
Mais concrètement :
- que proposeriez-vous comme critères pour différencier "vrai" et "faux" amateurs ?
- du coup que reste-t-il à ces personnes qui sont aujourd'hui ni pro ni amateur ? Les concours pros leurs sont inaccessibles...

Et pourtant Dieu sait que je partage votre sentiment, on se sent impuissant face à des profils comme ça...mais c'est juste la réalité, il y a des "non professionnels" redoutables.
C'est ce que je dis quand je dis que le mot amateur sonne comme un leurre mais correspond malgré tout à la réalité. Ce concours fonctionne sur énormément de bases qui sont "implicites" visiblement, (comme la distinction entre un programme qui te donne une chance d'aller au bout et un programme avec lequel tu es certain de te planter alors que ce programme est soi-disant libre...). L'hypocrisie est de ne pas faire plusieurs catégories tout en maintenant le terme amateur, mais je ne dis pas ça pour polémiquer. Il y a des règles implicites, il faut savoir lire entre les lignes et savoir décoder le terme amateur dans ce concours particulier, c'est tout. C'est pratique et il serait effectivement certainement trop compliqué de définir des critères permettant de distinguer un "vrai" amateur d'un "faux".
En même temps, quand tu as suivi le cursus du CNSM jusqu'au bout, c'est un peu injuste d'être considéré comme un amateur...même si c'est la réalité au final.
C'est sympa de parler mais jouons maintenant...
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Christof
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Re: CGAP 2019

Message par Christof » lun. 25 mars, 2019 15:52

La suite...

J'en étais resté à : "Vous remarquerez, je n'ai pas coupé dans l'enregistrement : après celui de Roger Luo, on entend directement celui de Johannes Gaëchter. Je vous expliquerai pourquoi j'ai fait cela, dans la suite du compte-rendu..."

On annonce au micro le troisième finaliste. Johannes Gaëchter, qui vient d'Allemagne.
Il va nous jouer : Les variations Abegg opus 1 (en fa majeur) de Schumann, l'intermezzo opus 118 n°2 (en la majeur) de Brahms, la fantaisie impromptu opus 66 (en do# mineur) de Chopin. "Monsieur Gaëchter en jouera la version manuscrite"

C'est fou tout ce qui passe par la tête en une seconde... "version manuscrite", cela me titille. Comme je suis un peu ignare, je ne savais même pas qu'il existait une version manuscrite... ce qui laisserait penser que les autres versions, imprimées, ne seraient pas les bonnes... Je note dans une case de mon cerveau d'aller m'intéresser à la question plus tard.
Mais il faut que je vous dise... Quand on prononce ces mots "Fantaisie-impromptu", me vient un mouvement de recul. Parce que je l'ai souvent entendue jouée et, à mon avis, massacrée. Bon, je sais, c'est idiot, mais j'ai associé ce morceau avec certains pianistes frimeurs que j'ai pu connaître, du genre qui veulent en mettre plein la vue. Et souvent, beaucoup de prétentions, mais peu de moyens... Voilà comment des gens peuvent vous dégoûter d'un morceau... En tout cas, vous empêchent de vraiment le découvrir. Et comme je ne l'ai jamais écouté en disque à ce jour, c'est finalement pour moi terra incognita. Ce que j'en connais, c'est juste les premières mesures, celles si facilement massacrées (et tout ce qui suit sûrement aussi)...

Pour revenir à ce titre de "Fantaisie-Impromptu" (et pour être allé ensuite le soir chez moi chercher de plus amples renseignements), il n'est pas de Chopin lui-même, mais des éditeurs. On pourrait lui préférer le titre "d'impromptu", auquel cas il est le premier des quatre impromptus, sinon celui de "fantaisie" dont le sens courant à l'époque était synonyme d'improvisation, autrement dit, impromptu. Du coup, associer les deux termes, c'est un pléonasme. J'apprends aussi que c'est une œuvre posthume, que l'auteur n'avait pas décidé la voir publiée. Ce serait un certain Fontana, ami d'enfance de Chopin, qui se serait permis d'arranger à son goût la partition, divergeant alors sur certains points avec celle du compositeur...
Bon, je diverge, je diverge aussi, revenons au concert.

Johannes Gaëchter s’assoit au piano.

Image

Comme pour les autres candidats, je suis impressionné par le calme qu'il dégage. Recueillement quelques instants.
Voilà, c'est parti.

Je sais que ce que je vais écrire là m'est finalement très personnel, on peut bien sûr ne pas être de mon avis (d'ailleurs le jury ne l'a pas été).
Je ne peux vraiment expliquer par les mots. Cela n'arrive pas tout de suite, mais finalement quand même très vite. C'est comme une lumière, une voix qui vient me prendre par la main, un chant intérieur, plein de finesse. Et pan, les frissons. "La rivière avait des frissons de lumière" (Fromentin), "un frisson d'eau sur la mousse" (Verlaine).
Comment dire cela ? Une espèce de "force tranquille", qui sait où elle veut nous conduire, une lumière, chaque note comme des étoiles, les phrases la voie lactée, chacune d'elle étant un monde, toujours plus grand, par petites touches, et ça grandit, et ça grandit.
Une autre personnalité, et pourtant le feu sous la braise, mais d'une autre façon.

Voilà pourquoi j'ai laissé bout à bout les deux enregistrements des deux candidats. Dans le premier, on entendait cette puissance, cette impétuosité, ce caractère Beethovénien, cette immense technique aussi, cette maîtrise du discours.
Avec Johannes Gaëchter, nous voilà dans un autre monde, pas moins grand. La magie aussi. Comment expliquer... Un musicien.
Après les variations, voici l'impromptu. Et très vite, cette émotion qui me prend, les larmes... Peut-être n'est ce que "sensiblerie" de ma part ? Mais c'est comme ça, pour moi, c'est un signe. Un signe que ce musicien sait arriver au fond de mon cœur. Un apaisement, une vibration subtile.
Et c'est comme si l'interprète m'avait révélé le morceau, tout comme il m'a révélé le morceau précédent. Mon dieu, ce que j'ai maintenant envie de le travailler cet impromptu !

Et puis c'est au tour de la Fantaisie de Chopin. Et aussi pour moi une révélation. Ah, c'était ça la fantaisie ? Rien à voir avec ce que j'ai écrit de cette aversion plus haut. Cela semble si simple, virtuosité à fleur de peau, mais sans clinquant, noble, pour moi lumineux. Éclats de lumière produit par la note aiguë, sans avoir joué pour autant plus fort les notes inférieures qui la précèdent.

Voilà, nous sommes maintenant à la partie centrale, le tourment qui s'apaise, tourment passant si finement à la tendresse.
"Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
et puis voici mon cœur, qui ne bat que pour vous
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux...
"

Trois morceaux complètement différents, à chaque fois (à mon avis) magnifiés, morceaux qu'on m'a révélés, et au-dessus, une unité, un style, riche, raffiné.
Je pense à cet auteur que j'adore, Alessandro Baricco, à ce livre "Soie". Un mystère. Chaque chapitre dans ce livre fait deux, trois pages. Vous avez lu quinze pages et c'est soudain comme si vous en aviez lu cent cinquante, un monde... Un souffle, tout le long de l'ouvrage.

Savoir ces personnes ici au monde, cela me rassure.

Excusez-moi, encore une digression : les idées se convoquant les unes les autres, me revient aussi ce j'ai senti en écoutant Aurele28 le jour des éliminatoires. J'avais pu entendre avant elle trois autres candidats, très bons aussi, un homme, deux femmes (qu'ils en m'en veuillent pas si jamais ils lisent un jour)... Car lorsque Aurèle a commencé à jouer, quelque chose immédiatement de différent m’a rejoint, cette belle présence, ce son comme une très douce lumière, flamme douce, mais puissante, pleine de simplicité, mais justement… Cette simplicité, c’est la grandeur.
Au lieu de simplicité, peut-être faudrait-il dire plutôt clarté ? Qui a jailli soudain.
Comment la définir, la saisir avec les mots ? Un mystère.
Le premier candidat que j'ai pu écouter était, à mon avis, trop dans la démonstration, et l'on sait soudain comme son toucher était dur. Et il bougeait beaucoup. Une confusion de la puissance avec la dureté.
Ensuite, cette femme asiatique. Au début, cela m’a impressionné, voir touché et puis très vite, j'ai senti qu’elle en faisait trop, appuyant trop sur les changements de couleurs, comme un tic, ce qui à la longue salissait le discours et finalement en faisait quelque chose d’un peu maniéré, comme une faute de goût. Et des mimiques pas possibles, trop, finalement qui nuisent à la fluidité de l'énergie.
Puis cette femme venue de Tokyo. Ravel. Inattaquable question technique, mais si lisse, si lisse, si lisse.

Pourquoi je dis tout ça (j'espère qu'Aurèle ne va pas rougir de tout ce que j'écris) ? Parce que c'est là que j'ai peut être approché d'où venait le mystère : cette impression que c’est si simple à faire, quand on vous regarde jouer. Quelque chose qui n’a pas l’air d’y toucher, de si subtil dont on ne saurait finalement vraiment y mettre les mots. Simple et distingué. Une grâce. Et alors j'ai vraiment compris un peu après, lorsque je suis venu lui rendre son téléphone portable : Aurèle avait le visage défait. Alors qu'avant de rentrer en scène, ce visage était si rayonnant, présent (mais avec déjà dans les yeux, cette concentration sur les moments qui allaient suivre). Et c'est là qu'on comprend cette maîtrise, tout cela paraissait si simple, alors que derrière, il y a eu la convocation absolue de toute cette énergie de vie, de toutes la force de son être délivrée dans un savant dosage, au plus profond des fibres, sans aucune faute de goût, pour servir la musique comme jamais.

Et c'est là que j'en reviens à Johannes Gaëchter. ici, on ne peut pas faire de comparaison avec le candidat précédent. Lui aussi était dans la transcendance. Mais différente. Mais ce qui compte, ce qui m'a bousculé, c'est ce mystère dont je parle au-dessus, qui me touche particulièrement et qu'on pourrait peut-être résumer par cette phrase que j'emprunte à Chopin : "Après avoir épuisé toutes les difficultés, après avoir joué une immense quantité de notes et de notes, c'est la simplicité qui sort avec tout son charme comme le dernier sceau de l'art. Quiconque veut arriver de suite à cela n'y parviendra jamais ; on ne peut commencer par la fin".

Alors voilà, Johannes Gaêchter a distillé sur moi sa magie, si difficile à définir...
Je ne savais pas - car n'ayant pas assisté ce jour-là aux auditions - qu'il avait finalement été éliminé en demi-finale. C'est à la fin de ce concert que j'apprendrai, lors du discours de Gérard Beckerman, que cette décision l'avait suffisamment turlupiné après coup pour qu'il soit décidé qu'il viennent concourir en finale...

Vous voyez, il y avait eu la magie, subtile. On pouvait peut-être penser à un jeu plus "faible", devant d'autres candidats. Mais non. Il y a la quelque chose de sublime.

Cette magie, je l'ai aussi sentie à la teneur, à la vibration de ce long silence qui a envahi la salle, avant les applaudissements.

De mon côté, je lui donne pour l'instant le Premier prix.
Mais c'est vrai que le candidat précédent était aussi à sa façon exceptionnel.
Attendons la suite....

Line-Marie

Re: CGAP 2019

Message par Line-Marie » lun. 25 mars, 2019 16:25

:D
http://www.johannes-gaechter.de/
et un exemple de saison de concert en 2018 :

14.12.2018 19:00 Steinway Galerie Stuttgart, Silberburgstr. 143
Konzert auf 2 Klavieren (mit Andrej Jussow): Mozart, Rachmaninoff
16.11.2018 19:30 Kapstadt (Süd-Afrika), Baxter Hall
Festival-Konzert: 2 Klaviere (mit Matthias Fischer) & Solo: Rachmaninoff, Chopin, Skrjabin
11.11.2018 16:30 Stellenbosch (Süd-Afrika), Endler's hall
Festival-Konzert: 2 Klaviere (mit Matthias Fischer): Mozart, Rachmaninoff
10.11.2018 19:00 Kapstadt (Süd-Afrika), City Hall
Festival-Konzert: Bilder einer Ausstellung
14.10.2018 19:00 Shanghai (China), CIMEN
Festival-Konzert: 2 Klaviere (mit Matthias Fischer) & Solo: Mozart, Rachmaninoff, Chopin, Skrjabin
12.10.2018 19:00 Suzhou (China), Royal Art Town
Festival-Konzert: 2 Klaviere (mit Matthias Fischer) & Solo: Mozart, Rachmaninoff, Chopin, Skrjabin
06.10.2018 19:00 Zaiser GmbH Hemmingen, Patronatstr. 23
Konzert auf 2 Klavieren (mit Matthias Fischer) & Solo: Mozart, Rachmaninoff, Chopin, Skrjabin

03.06.2018 18:00 Hôtel Dosne-Thiers, Paris, 27 place Saint-Georges
Pianestival-Konzert: Mozart, Beethoven, Fauré, Rachmaninoff
13.05.2018 17:00 Oswald-Gemeindehaus Stuttgart-Weilimdorf, Ludmannstr. 10
Klavierabend: Mozart, Beethoven, Grieg, Fauré, Rachmaninoff
06.05.2018 11:00 Klavierwerkstatt Balas, Wien, Märzstraße 103
Clavio-Konzert mit mehreren Teilnehmern
29.04.2018 19:00 Glasperlenspiel Asperg, Kelterstr. 5
Klavierabend: Mozart, Beethoven, Grieg, Fauré, Rachmaninoff
22.04.2018 17:00 Kirche St. Maria, Esslingen-Mettingen, Lerchenbergstr. 4
Klavierabend: Mozart, Beethoven, Grieg, Fauré, Rachmaninoff
21.04.2018 19:30 Forum König-Karls-Bad, Bad-Wildbad, König-Karl-Str. 1
Klavierabend: Mozart, Beethoven, Grieg, Fauré, Rachmaninoff

son père Pianiste Concertiste, fabuleux musicien (j'ai eu la chance de l'écouter et de le connaitre ) joue sur pianoforte et on redécouvre des sonorités oubliées. Il donne sur 5 années , l'intégrale des sonates de Beethoven sur Pianoforte :
http://www.asamos.org/18-03-1er-concert ... l-gaechter
Modifié en dernier par Line-Marie le lun. 25 mars, 2019 17:33, modifié 3 fois.

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Christof
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Re: CGAP 2019

Message par Christof » lun. 25 mars, 2019 17:24

La suite, mais je vais faire court, car je pense que vous êtes impatient(e)s de pouvoir écouter les trois autres candidats.

Le quatrième candidat est annoncé. Jérémy Mätzener, vue de Suisse. Il va jouer la sonate en si bémol majeur D 960 (1, 2)

La petite porte s'ouvre. Je ne sais pourquoi, je le sens plus tendu que les autres candidats, mais c'est infime.
De bien belles choses, mais finalement, je ne décolle jamais. Peut-être une erreur dans le choix de la pièce pour cette finale ?
Et puis, je me rends compte aussi du truc terrible... Si en jazz, aucune importance si on plante sa phrase, d'ailleurs cela ne se voit presque pas, sachant que c'est beaucoup d'improvisation et qu'on peut changer en une fraction de seconde les choses, ici à un moment, un bel accroc, qui a obligé le candidat à reprendre toute la phrase...
Et c'est la dure loi aussi dans ce concours. Sur ce point, jusqu'à présent, les autres candidats ont été absolument sans faille. Et pour ne pas perdre, dissiper ce handicap, alors là, il faudrait avoir pu donner quelque chose de bien plus fort, avec plus "de jus".

Je me suis un peu ennuyé, mais j'insiste, il y a eu des moments avec de bien belles choses.

Image
Ecouter


Viens ensuite le cinquième candidat. Julien Eyraud, France. Il va jouer la sonate n°2 en si b mineur opus 35.

Lui aussi semble très calme. C'est puissant, mais je ne suis pas convaincu. Peut-être trop en force, des attaques parfois un peu trop dures ? Pas assez de véritables contrastes ? Et puis, il faut vous dire qu'on a beau faire, je suis toujours sous l'emprise de la subtilité de Johannes Gaëchter...

Image.
Ecouter


Le sixième et dernier candidat est annoncé au micro : Sébastien Amenabar, venu du Chili. Il va jouer Les variations sérieuses, opus 54 et la grande étude n°6 en la - (études d'après Paganini) de Frantz Listz.

Je suis encore une fois de plus étonné du calme qui émane de la démarche du candidat. Tranquille.
Il s'assoit au piano. Recueillement, bref. Et cela démarre.

Et là, je ne peux non plus trop expliquer. Aussitôt son discours ne me lâche pas. Et puis je ne connaissais pas ces variations sérieuses. En réécoutant l'enregistrement, j'entends des imperfections, mais je ne les ai pas du tout entendues en direct. Il se passe autre chose en direct... Ce sentiment d'une maîtrise absolue, d'une clarté. Vous savez, pour faire une image, un peu comme les variations Goldberg jouées par les meilleurs, où l'on comprend tout, chaque variation, bien ancrée subtilement dans l'ensemble, et qui ne le détruit pas.

Ce qui m'étonne aussi : en réécoutant maintenant la bande son, on entend par moment le voisin de la rangée à droite de moi, qui fait du bruit, ce qui m'avait vraiment échappé pendant l'écoute en direct...

Sentir aussi les vagues, et là finalement, cette réverbération monstrueuse et bien pourrie dans la salle devient aussi comme un atout, comme si les murs vibraient de musique. Je ne sais pas comment c'était quand on était placé juste en face, mais d'où j'étais, j'étais complètement baigné.

Bon, je pourrais en écrire beaucoup, mais j'arrête-là.
Qu'est-ce qui fait que j'ai aussi envie de lui donner le premier prix, avec Johannes Gaëchter, plutôt qu'à Roger Luo ? Peut-être parce que j'aurais aussi voulu entendre ce dernier dans un autre morceau, complètement différent, pour voir... Et puis l'Appassionata (qui bien sûr est d'une difficulté sans nom et demande une virtuosité extraordinaire), cela fait toujours son effet.


Image
Ecouter

Du coup, pour le prix du public, je vote comme suit :
Premier prix, ex aequo : Johannes Gaëchter ET Sebastien Amenabar
Deuxième prix : Roger Luo
Troisième prix : Julien Eyraud
Quatrième prix : Jeremy Mätezner
Cinquième prix : Hiroshi Oe

PS : rappelez-vous, dans un autre post, j'avais dit que, de l'endroit où j'étais, un détail m'avait sauté au yeux... On le voit sur les photos. C'est que, ceux qui manquaient pour moi de jus, jouait le plus souvent les épaules remontées... Mauvais pour la projection du son (mais bon, je ne suis pas un spécialiste).

En tous cas, bravo à tous ! Et, à un tel niveau, cela me pose toujours cette question de savoir comment ils font, avec un travail, vie de famille, pour arriver si haut dans la pratique de l'instrument ?

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Re: CGAP 2019

Message par Oupsi » lun. 25 mars, 2019 17:37

Merci Christof pour ces magnifiques récits et les enregistrements! quels trésors!

denis_h
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Re: CGAP 2019

Message par denis_h » lun. 25 mars, 2019 17:42

oui merci christof pour ces comptes rendus.

un bémol cependant sur cette assertion qui me semble excessive :

>>>Si en jazz, aucune importance si on plante sa phrase, d'ailleurs cela ne se voit presque pas, sachant que c'est beaucoup d'improvisation et qu'on peut changer en une fraction de seconde les choses>>>

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Re: CGAP 2019

Message par Okay » lun. 25 mars, 2019 17:45

J'ai réécouté le vainqueur, et comme je ne suis pas de mauvaise foi, je viens reposter dire ici que mon impression dans l'enregistrement est beaucoup plus avantageuse que celle qui m'est restée du live.

Je ne saurais dire vraiment pourquoi, car c'est presque toujours l'inverse qui se produit. Il faut dire qu'à part dans certaines églises, la musique n'est jamais aussi confuse. Mais là, c'est tout de même beaucoup plus discouru et surtout senti que dans mon souvenir, et entendant mieux ce discours et cette sensibilité (que je trouve désormais bien plus intéressante que la cohérente solidité du second prix), les imperfections me dérangent moins, voire presque plus. Je les réentends là où elles étaient, mais elles "passent" dans le tissu et l'élan, dans une acoustique qui favorise aussi il faut le dire la complaisance. Mais j'entends là un vrai musicien qui sait vraiment jouer du piano, qui a des idées souvent bien réalisées, parfois un peu plus à la peine (surtout dans certaines pages du Liszt), mais à qui je dois quelques excuses si je veux conserver toute mon intégrité...

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Christof
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Re: CGAP 2019

Message par Christof » lun. 25 mars, 2019 18:01

denis_h a écrit :
lun. 25 mars, 2019 17:42
oui merci christof pour ces comptes rendus.

un bémol cependant sur cette assertion qui me semble excessive :

>>>Si en jazz, aucune importance si on plante sa phrase, d'ailleurs cela ne se voit presque pas, sachant que c'est beaucoup d'improvisation et qu'on peut changer en une fraction de seconde les choses>>>
Oui, oui, je schématise... Mais là, on vous pardonne, parfois, surtout si juste après, on se sert de cette erreur, pour en faire quelque chose... comme un d'oeil, dans une autre phrase...

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Re: CGAP 2019

Message par Aurele27 » lun. 25 mars, 2019 18:06

Merci Christof pour ce superbe récit, je suis très heureuse de pouvoir revivre cette belle soirée de musique !
(Et merci pour tes louanges qui me vont droit au cœur, je suis infiniment touchée ☺️)

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