Keith Jarrett en Concert à Bruxelles - Regards croisés (Cécil)

Pour bien comprendre prennez connaissance des papiers publiés dans les principaux quotidiens francophones belges:
Article du quotidien Le Soir
Article du quotidien La Libre Belgique

Même si, disons-le tout de go, je n'ai pas été convaincu par ce concert, j'aime assez bien la critique de La Libre sur le spectacle - ce qui me fait dire que je ne regrette pas du tout d'être allé à ce concert, je n'avais jamais vu Jarrett, il y a indéniablement une dimension visuelle importante.
Je passe en revanche sur l'article du Soir qui nous parle des retardataires (Qui a commencé le concert à presque 20h15 ?) ou de l'interview rare et exceptionnelle de l'artiste qui aurait dit de sa méthode d'improvisation : "Vous savez ce que vous voulez parce que vous savez ce que vous voulez." Avec ça, on est bien avancé.

Aucun doute que l'on a affaire à un étonnant pianiste, apte à coller à plusieurs rythmes, parfois très inspiré (j'ai pensé à Rachmaninoff dans son 1er morceau et ses arpèges de début de concert sonnaient en général classique) et qui ose entrer progressivement dans la matière en commençant par des ébauches, sans chercher à aboutir absolument - sans filet.
J'ai aussi apprécié de ne pas avoir eu droit à la soupe sentimentaliste dans laquelle Jarrett s'abime parfois (genre The Melody at Night, album de 1998 totalement oripilant ; ou le morceau Over the Rainbow du concert à la Scala ; et d'autres). Malheureusement, quand je vais écouter de la musique à un concert, je m'attache essentiellement au son. Et fondamentalement, j'ai eu 2 problèmes à l'écoute de ce concert :

1. Le son, justement - quel piano pauvre, alors que j'étais au 1er rang ! Je l'ai trouvé petit, doucereux, gentillet, une palette de nuances limitée, pas d'éclat, pas de vrai silence inattendu, tout contrôlé dans un son enjolivé. Pour moi, c'est déjà un pan entier de l'improvisation qui disparaît. L'objectif, ce n'est pas de faire du beau mais du vrai : j'aurais tellement aimé être heurté, dérangé, trouvé cela parfois laid ou un peu dingue, absurde. Ces dimensions n'existent pas (plus ?) chez Jarrett. On croirait entendre ses enregistrements classiques (incursions dans Bach, Chosta, Mozart), tous mornes. Ecoutez Bregenz (1981) ou Dark Intervals (1987), ou même La Scala (1995), on est dans un autre registre, on frémit, ça secoue. Et je ne parle pas de ses autres tournées au Japon. 

2. L'improvisation - je ne prétends pas dire qu'il n'improvise pas, je dirais plutôt que (presque) tous les élans de ce soir-là ont été brisés. Et quand c'est plus maitrisé, on avait l'impression d'un gentil ronronnement. Les bis ? J'ai entendu les 2 ou 3 premiers (je ne sais plus), c'était comme le blues de la première partie, encore plus comme celui de la 2ème : mélodieux, abouti, rond et chaleureux, on reconnaît bien le style Jarrett... mais sans surprise ! Rien de remarquable selon moi.

*Cecil est en vert sur le plan de la salle

Cecil

17 octobre 2009