Keith Jarrett en Concert à Bruxelles - Regards croisés (Malik)

En mai 2003 j'avais vu Keith Jarrett (KJ) pour la première fois avec son trio au Palais des Beaux Arts de Bruxelles. Le concert m'a laissé un souvenir agréable et j'étais déjà très impressionné, pas tant par la personne ni sa musique, mais par l'évènement lui même. Autant dire que vendredi 9 octobre 2009 était d'une autre envergure, j'allais le voir en solo.

 

Köln 1975 ou Osaka 2004?

Le dernier concert solo enregistré dans la veine de ceux qui ont fait la réputation de Keith Jarrett - des impros totales - est Radiance. C'était une rupture avec ce qu'il a lui-même qualifié de "cage" (le concert de Cologne) et une nouvelle sensation pour ses aficionados, parfois choqués.

Je pressentais Osaka, j'espérais Köln. Ce ne fut ni l'un, ni l'autre.
Ou alors les deux.

Introduction

En guise de présentation, un monsieur vient nous seriner les recommandations habituelles (pas de photos ni d'enregistrement video ou audio) et pour que le public réprime sa toux (le verbe est fidèle) pour cause de prise de son.
Les gens se regardent, expectorent, raclent, toussottent, murmurent et ricanent. 
Le décor est planté, l'ambiance déterminée.
C'est loin d'être un détail, la peur (de voir Jarrett interrompre son concert et partir?) était palpable et les rires nerveux.
L'annonce m'a semblée totalement contre productive avec l'instauration de ce climat.

Musique?

Et c'est comme si KJ lui même avait mis 35 minutes (durée de la première partie) pour se détendre et communiquer avec son public. Le petit blues dont il reprendra le thème en rappel nous évite l'ennui total. La musique ne s'installe pas dans ses pièces de quelques minutes. Les doigts qui balayent le clavier laissent voir la trame, la structure. Mécanique atonale. KJ Jarrett cherche, survole, sans jamais se poser.

La deuxième partie nous fera entendre l'exact opposé.

Le public (un peu alcoolisé?) était-il plus détendu? Etait-ce KJ lui-même dont l'attitude était plus avenante ?
Le son était libre de cheminer, les esprits disposés à recevoir, l'alchimie fonctionnait, enfin. Ses tortillements sous le piano, ses gémisssements, qu'il joue debout en battant le tempo de son pieds n'ont plus d'importance. Le spectacle est sa musique transcendentale, son invention exceptionnelle.

Après le premier départ formel, KJ acceptera (nécessité pour le prochain CD oblige?) 5 rappels. Et la passion ne redescendra pas, même après l'invitation du maitre faite à un indélicat photografiant avec son téléphone portable (son "jouet") de quitter la salle et malgré deux interruptions sur le dernier rappel pour cause de h1n1 ("last take" nous a-t'il prévenu).

*Malik est en jaune sur le plan de la salle

Malik

17 octobre 2009