Yaron Herman au Trianon (Paris) - 10 avril 2019

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Christof
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Yaron Herman au Trianon (Paris) - 10 avril 2019

Message par Christof »

Magnifique concert que celui du pianiste franco-israélien Yaron Herman donné hier-soir au Trianon, accompagné de Sam Minaie* (contrebasse) et Ziv Ravitz (deux musiciens New-Yorkais), durant lequel il interprétait ses derniers compositions de son dernier album "Songs of the Degrees" (c'est son 11ème).
J'avais déjà un peu parlé de Yaron Herman ici.

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C'est chouette parce qu'au Trianon, les places sont numérotées et donc on évite les cohues où les premiers arrivés sont les mieux placés. Bon, j'étais au rang N, un peu sur le côté, mais je m'y étais pris un peu en retard au moment d'acheter ma place.
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Pour ce pianiste (âgé aujourd'hui de 38 ans), la formule en trio représente la liberté, avec des contraintes, dans laquelle il faut apporter du nouveau. Mais si Yaron Herman reconnaît qu’il n’est pas évident de trouver des choses nouvelles, de faire chanter une mélodie ou d’arriver à émouvoir avec cette formule de trio acoustique déjà largement explorée par des musiciens de génie, nul doute qu'il a un style très personnel, même si son jeu peut parfois faire penser à Keith Jarrett [Yaron Herman ne dédaigne pas non plus Paul Bley, Lennie Tristano ou Brad Mehldau, s'inspirant aussi de musiciens plus "classiques", tels Scriabine ou Ravel, ou encore de musiciens de musique traditionnelle, si ce n'est pas aussi d'artistes de pop musique].
«Je n'ai jamais conçu d'exercer la musique avec une simple optique de musicien»., explique ce passionné de science, devenu pianiste professionnel presque par hasard.

«J'ai commencé à jouer à 16 ans et ça m'a sauvé. J'avais en moi une énergie qui aurait pu me détruire si je n'avais pas pu la canaliser avec la musique», explique-t-il.
Yaron Herman a donc débuté le piano relativement tard avec Opher Brayer, son seul et unique professeur. "Avec lui, j'ai eu comme une révélation. J'ai découvert la force, la méthode, la profondeur et la magie de la musique et, en particulier, le jazz et l'improvisation".
"La méthode d'enseignement d'Opher Brayer est très originale et basée dans son aspect technique sur l'utilisation des mathématiques, inspirée des modèle de Shilllinger qui étaient ajustée pour être appliquée sur la musique improvisée"

Le travail du théoricien russe Joseph Schillinger (1895-1943) s'inscrit dans la lignée de Schoenberg, poussant la mathématisation de la musique dans ses retranchements, avec son ouvrage "The Mathematical Basis of the Arts" qui a été publié en 1942. Son œuvre édicte un système complet de théorèmes, arithmétiques et géométriques, appliqués à la musique. Heureusement, Yaron Herman, féru de Coltrane et Pollock, précise que son dispositif, s'il s'inspire des méthodes scientifiques de Schillinger, les détourne largement au profit de l'improvisation et de la création.
Un des morceaux du concert était d'ailleurs complètement improvisé.

"Quand j'ai commencé le piano avec Opher Brayer, je n'ai pas attaqué par les gammes, les modes ou le solfège, mais plutôt par les chiffres. Apprendre la musique par ce système très complet et organisé est une bonne façon d'explorer : on apprend à voir et à prévoir toutes les possibilités musicales, qui sont bien sûr infinies en vue de l’utilisation de tout le clavier et de sa dynamique (...). Notre travail était aussi d'ordre philosophique et psychologique. Souvent, on perd notre innocence avec l'âge et un système de blocages et peurs s'installent en nous et ces blocages sont la plupart du temps ce qui nous empêche de créer, de parler avec notre propre voix. Et dans le jazz, l'improvisation nous donne cette chance de "parler avec notre propre voix". Et pour cela, il faut se libérer de toutes peurs et blocages. Ce travail a fait le lien entre ma vie et la musique.".
Ainsi, en plus d'être un pianiste indiscutablement brillant, en évolution stylistique permanente, Yaron Herman a toujours entretenu une pensée et un discours musical intrigants, avec pour credo "la real time composition" : "improviser à partir de rien, sans forme, sans harmonie, ni mélodie. C'est un exercice qu'on ne fait jamais ! Pouvoir entendre et anticiper la mesure 17 alros qu'on n'est encore qu'à la première, voici tout l'intérêt de la composition en temps réel."
[Pour en savoir plus, on peut consulter la thèse de doctorat d'Alan Brown (2013) : "The application of the teaching methods of Opher Brayer in the compositions of jazz pianist Yaron Herman" ]

C'est ainsi qu'à 17 ans, il gagne le prestigieux prix de la Rimon School of jazz dans la catégorie "Jeune talent", cas unique dans l'histoire de la musique et du piano : Yaron Herman est un surdoué.


Concert magistral !

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Écouter le concert
(nb : concert en deux parties, avec une interview de Yaron Herman entre les deux).

* ancien élève de Charlie Haden
pianojar
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Re: Yaron Herman au Trianon (Paris) - 10 avril 2019

Message par pianojar »

Un très beau concert de Yaron enregistré en 2022 au studio 104
https://www.radiofrance.fr/francemusiqu ... io-4257670
pianojar
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Re: Yaron Herman au Trianon (Paris) - 10 avril 2019

Message par pianojar »

La présentation de son dernier album en solo
https://www.radiofrance.fr/francemusiqu ... io-4257670
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