l'Histoire et la musique

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Thrond
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l'Histoire et la musique

Message par Thrond »

Je ne sais pas pourquoi (peut être parce que je suis en train de réécouter Rostropovitch devant le mur de Berlin) je me suis mis en tête de rechercher les "musiques qui ont fait l'histoire", en tout cas celles qui ont eu une influence sur l'Histoire avec un grand H. Finalement, à part les chansons populaires, et encore, qui sont plus des chansons "en réaction" à l'Histoire (Imagine, Fortunate Son, le Temps des cerises, Blowin in the wind, Chant des partisans...) , les hymnes et les chants de guerre, je sèche un peu.
La musique est-elle condamnée à rester spectatrice de l'Histoire ou peut elle influencer celle ci?
Capucine
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Re: l'Histoire et la musique

Message par Capucine »

J'ai pu voir sur medici.tv un documentaire sur le sujet.
En cherchant sur la chaine , je n'ai pas retrouvé ce documentaire , mais ce commentaire :

Depuis l'époque classique, la tradition littéraire veut que le théâtre traite de sujets nobles, et partant, a longuement raconté les complots à la cour et les aventures des empereurs antiques. Ainsi, chez Racine comme chez Haendel, on a souvent affaire à des personnages historiques. Par exemple, dans Le Couronnement de Poppée (Monteverdi) ou Jules César (Haendel). Plus tard, Mozart composait La Clémence de Titus à l'occasion du couronnement du roi de Bavière, Léopold II. Dans tous les cas ici cités, l'action se bâtit moins sur la situation politique que sur des intrigues intimes et particulières.

Très vite, l'histoire n'a plus seulement servi de prétexte aux compositeurs et rédacteurs de livrets. À partir du XIXe siècle, lorsque l'opéra se sert du matériau historique, il le place au centre de l'intrigue, et en fait le sujet de l'œuvre à part entière. C'est le cas par exemple de Khovanchtchina de Moussorgski, qui raconte la révolte opposant les Vieux Croyants et les Nouveaux Orthodoxes en Russie au XVIIe siècle ; mais c'est aussi le cas de nombreux opéras de Verdi, qui comme Don Carlo, relatent directement des grands événements historiques et politiques. Wagner, de son côté, remonte au Moyen-Âge pour animer ses récits. À chaque fois, les personnages sont dotés d'une grande profondeur psychologique.

Mais il faut attendre le XXe siècle pour que les compositeurs cessent de faire appel à des époques révolues et traitent au contraire de problèmes d'actualité, comme l'a fait par exemple Chostakovitch dans ses Septième et Huitième symphonies, directement inspirées par les conflits qui sévissaient lors de la Seconde Guerre mondiale. John Adams, lui, compose Doctor Atomic, un opéra relatif à Robert Oppenheimer et à la Bombe A. Récemment, le réalisateur Larry Weinstein sortait Mulroney : L'Opéra, une comédie consacrée à l'ancien premier ministre canadien Brian Mulroney.

C'est au XXe siècle également que les hommes politiques prennent pleinement conscience de l'utilisation qu'ils peuvent faire de la musique. Quelques décennies plus tôt déjà, les partisans de l'unification de l'Italie taguaient sur les murs « Viva Verdi », prenant pour héros le compositeur de Patria oppressa, dont le nom est aussi l'acronyme de « Vittorio Emanuele Re d'Italia ». Cette approche atteint son apogée dans les années 1930 en Allemagne nazie, où le IIIe Reich pointe du doigt des compositeurs, le plus souvent juifs, dont il interdit les œuvres. En parallèle, Hitler et ses hommes mettent en valeur des compositeurs germaniques dont ils s'approprient l'idéologie (Wagner en tête), ou qu'ils cherchent à utiliser à des fins politiques (comme Beethoven, dont la Neuvième Symphonie sera jouée de nombreuses fois entre 1933 et 1945, avant d'être choisie pour un tout autre usage, comme hymne de l'Union Européenne). Après la guerre, certains musiciens sont accusés d'avoir collaboré avec les nazis (comme Furtwängler, dont la figure est aujourd'hui controversée), alors que d'autres, comme Toscanini, sont portés aux nues pour s'être engagés en défaveur de l'Allemagne nazie. En URSS, le Parti communiste presse les compositeurs soviétiques à s'adonner au réalisme socialiste. C'est dans ce contexte que Chostakovitch compose la musique du ballet Bolt, qui chante la gloire du prolétariat. Aujourd'hui encore, la politique continue de se mêler de musique, comme en Israël où Daniel Barenboim a eu toutes les peines du monde à faire jouer Wagner en 2001, ce qui lui a valu un appel au boycott de la part de la commission culturelle de la Knesset.


De vastes projets musicaux à visée politique ont également vu le jour ces dernières années : de concert avec Edward Said, Daniel Barenboim a par ailleurs fondé un orchestre réunissant des jeunes issus d’Israël et des territoires palestiniens, le West-Eastern Divan Orchestra. Au Venezuela, José Antonio Abreu fonde El Sistema, qui se sert de la musique comme d'un facteur d'intégration sociale. El Sistema a vu naître des branches un peu partout dans le monde ces dernières années. Quelle histoire peut-on lire à travers le répertoire musical ? Comment les compositeurs se sont-ils faits les témoins des climats politiques dans lesquels ils ont vécu ? Quelle utilisation les hommes politiques ont-ils fait de la musique, et comment des artistes actuels mettent-ils la musique à leur service pour poursuivre des fins politiques ?
Capucine
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Re: l'Histoire et la musique

Message par Capucine »

j'ai retrouvé le nom du documentaire :
"Musique, guerre et révolution" en 3 volets

1. La musique au temps de la Grande Guerre :
Le premier volet d'une série documentaire sur la musique avant, pendant, et après la Première Guerre mondiale, ce volume nous dévoile l'impact de la guerre sur les compositeurs européens et le paysage musical de l'après-guerre.

Au cours de ce film, Andreas Morell nous présente un vaste aperçu de cet évènement historique tumultueux et dramatique, durant lequel les courants artistiques fourmillaient, s'affrontaient ou cohabitaient. Les tragiques récits sur les destins brisés abondent, comme celle du prometteur Rudi Stephan, compositeur emporté par la guerre à l'âge de 28 ans. C'est aussi le cas des histoires édifiantes, parmi lesquelles ressort notamment celle du pianiste Paul Wittgenstein, qui perdit sa main au combat avant de reprendre sa carrière, inspirant Ravel, Britten, Korngold, et Prokofiev à composer des œuvres pour la main gauche.

Les compositeurs autrichiens Schoenberg, Berg, et Webern sont également mis en valeur, leur ferveur nationaliste faisant petit à petit place à la désillusion profonde au fil de la guerre et de ses atrocités. Cette crise se transformant chez ces artistes en un trouble permanant de leur foi et de leur créativité, qui marqua à jamais leurs vies et leurs œuvres.

2. Les compositeurs en Russie révolutionnaire

« Toute personne créative en URSS était une victime du régime », c’est le constat que dresse l’auteur Levon Hakobian en ouverture de ce documentaire intitulé Silenced: Composers in Revolutionary Russia. Alors que de nombreux artistes fuyaient le régime soviétique, certains ont préféré rester, enthousiastes à l’idée d’avoir la chance de créer un monde nouveau. La suppression de la créativité libre par les autorités ont néanmoins rendu cette tâche presque impossible.
Qu’auriez-vous choisi à leur place ? L'exil ? La soumission ? Ou encore un dangereux double-jeu ? Voici l’occasion de vous poser la question avec des interprètes, des compositeurs et des experts comme Gidon Kremer, Andreas Seidel, ou encore Igor Vorobyov, sur fond d’œuvres d’artistes tels que Roslavets, Mosolov, et Lourié, victimes de la censure et aujourd’hui tombés dans l’oubli. Second volet de la trilogie documentaire Musique, guerre et révolution, ce film réalisé par Anne-Kathrin Peitz a notamment reçu le Czech Crystal Prize lors de l’édition 2017 de l’International Television Festival Golden Prague.

3. Le pourvoir de la musique :

« Les mots sont indirects, [...] la musique parle d’une âme à l’autre ». Cette phrase de Schopenhauer illustre le pouvoir de la musique, sa capacité à exprimer ce qui ne pourrait être dit autrement. Plus que tout autre langage, la musique est toutefois sujette à l’interprétation de ceux qui l’écoutent, et son utilisation par certains peut faire débat. Les musiciens sont alors confrontés à un choix difficile : ignorer toute signification non-musicale de leur art, ou bien y contribuer, car comme le dit la pianiste et compositrice Gabriela Montero, « la musique parle de l’humanité ».

Comment la musique mobilise-t-elle, et est-elle affectée par les pouvoirs en place ? Est-elle plus qu’un art ? Comment a-t-elle été détournée au cours de l’histoire, pour le meilleur et pour le pire ? Quel est la portée de son pouvoir ? Peut-elle changer le monde ? C’est à ces questions que tente de répondre ce documentaire, dernier volet de cette série en trois parties, qui compare la situation actuelle des relations entre musique et pouvoir, à celle de l’époque des guerres mondiales. De l’Allemagne au Venezuela en passant par le Proche-Orient, des figures telles que Iván Fischer, Daniel Barenboim, et Anita Lasker-Wallfisch, l’une des dernières survivantes de l’Orchestre des femmes d’Auschwitz, offrent leurs témoignages...
nox
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Re: l'Histoire et la musique

Message par nox »

Merci. Très intéressant ! Je note !
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Frely
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Re: l'Histoire et la musique

Message par Frely »

En Belgique : c'est durant une représentation d'un opéra, La muette de Portici, représentation donnée le 25 août 1830 à Bruxelles, qu' éclatent les premiers mouvements de révolte et qui mèneront à la révolution et l'indépendance du pays le 4 octobre 1830.
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Thrond
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Re: l'Histoire et la musique

Message par Thrond »

Merci Frely pour cette anecdote, apparemment cet Opéra est tombé dans l'oubli et n'a pas été joué depuis 1930 en Belgique à cause justement de son potentiel politique... Exemple pertinent donc!
roulroul2
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Re: l'Histoire et la musique

Message par roulroul2 »

https://www.youtube.com/watch?v=FwgbyLScUFg
Paint il Black des Stones fait irrémédiablement penser à la guerre du Viet Nam, par exemple.
nox
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Re: l'Histoire et la musique

Message par nox »

Thrond a écrit : jeu. 19 mai, 2022 1:12 apparemment cet Opéra est tombé dans l'oubli
Un tout petit peu épargné grâce à Liszt malgré tout, notamment avec la redoutable tarentelle
https://www.youtube.com/watch?v=foLRaWAfGZo
https://www.youtube.com/watch?v=dxoReFM6_a0
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Jacques Béziat
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Re: l'Histoire et la musique

Message par Jacques Béziat »

L'Art a de tout temps servi, selon les périodes, de support politique, soit délibérément, soit par récupération, que ce soit en musique, en peinture, en littérature, en architecture, etc...

Pour prendre une œuvre archi connue, la 5ème de Beethoven, ce dernier l'a bien composée comme un hymne à la République, et à Napoléon, même si par la suite, il fut fort déçu de ce dernier.
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nox
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Re: l'Histoire et la musique

Message par nox »

Tu veux dire la 3ème ?
fritz
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Re: l'Histoire et la musique

Message par fritz »

Jacques Béziat a écrit : jeu. 19 mai, 2022 12:16Pour prendre une œuvre archi connue, la 5ème de Beethoven, ce dernier l'a bien composée comme un hymne à la République, et à Napoléon, même si par la suite, il fut fort déçu de ce dernier.
Sacré Ludwig, encore un islamo-gauchiste ! :mrgreen:

J'ai quand même l'impression que l'art en règle général sert plus de support à des idées (que ce soit à dessein, inconsciemment ou même lorsqu'il est récupéré, un cas récent par exemple avec le film Bac Nord) qu'il n'en fait naître. Tout au plus peut-il éveiller les consciences sur des causes à un instant T
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floyer
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Re: l'Histoire et la musique

Message par floyer »

Dans l’ode à la joie Beethoven écrit « Tous les hommes sont des frères ». (La version initiale était « Les mendiants deviennent frères avec les princes », mais c’était trop osé)
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erichard9999
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Re: l'Histoire et la musique

Message par erichard9999 »

Entre 1933 et 1945 les nazis interdisent Mendelssohn parce qu'il est juif.
En URSS Chostakovitch est forcé de rejoindre le parti communiste, dès lors il compose le quatuor n°8. L'adhésion au parti signifiait pour Chostakovitch l mort.
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Frely
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Re: l'Histoire et la musique

Message par Frely »

En Italie,l'expression "Viva VERDI" était un signe de ralliement des soutiens à Victor Emmanuel et à l'unification de l'Italie durant la période du Risorgimento. Viva VERDI signifiait en réalité Viva Vittorio Emanuele Re D‘Italia (Vive Victor-Emmanuel Roi D’Italie).

Verdi lui-même n'était pas tellement impliqué dans la vie politique mais était cependant proche de Camillo Cavour qui a été un des grands artisans de l'unification italienne. Tout qui a déjà un peu parcouru l'Italie a déjà croisé les nombreuses "Via Cavour" ou "Piazza Cavour"...
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floyer
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Re: l'Histoire et la musique

Message par floyer »

Je ne suis pas sûr sur les artistes aient un si grande influence sur l’histoire, c’est plutôt l’inverse.

Néanmoins, certaines œuvres font connaître des faits à un plus grand nombre (j’ai entendu Sunday Bloody Sunday de U2 avant de connaître la répression sanglante de 1972)… ce n’est pas si neutre.
roulroul2
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Re: l'Histoire et la musique

Message par roulroul2 »

Proximus.be :

John Lennon a sorti le single ‘Imagine’ à la fin de l’année 1971. Il a écrit cette chanson pour protester contre la Guerre du Vietnam et la Guerre froide.

Sunday Bloody Sunday était l’un des titres phares de l’album ‘War’ de U2 sorti en 1983. C’est sans doute la chanson la plus politiquement orientée du groupe britannique. Sunday Bloody Sunday évoque les bains de sang qui ont eu lieu en Irlande du Nord, comme le précise si bien floyer.

Another Brick in the Wall de Pink Floyd date de 1979. Ce titre, dédié à la jeunesse rebelle, critiquait non seulement la seconde Guerre mondiale mais aussi le système éducatif. Au-delà du Rideau de Fer, la chanson était interdite.

Le chanteur et compositeur Sting signait son titre le plus politiquement orienté avec Russians. Cette chanson est sortie en 1985, soit à la fin de la Guerre froide. Sting y exprimait ses critiques envers les bombes atomiques et les deux côtés du Rideau de Fer.

Je connais par cœur ces chansons. Par contre, j'ignorais le lien avec des événements historiques. Merci d'avoir proposé ce fil intéressant.
Serge
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Re: l'Histoire et la musique

Message par Serge »

Sans oublier Bob Dylan, Blowin'in the wind!
pianoforte
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Re: l'Histoire et la musique

Message par pianoforte »

Et Joan Baez !!
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Thrond
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Re: l'Histoire et la musique

Message par Thrond »

Finalement quand la musique a porté un message politique ou historique, c'est toujours en réaction ou en soutien à un évènement en cours ou en hommage à un homme politique ou historique... mais jamais l'inverse, on dirait. Bon c'est vrai que la musique adouci les moeurs, mais au delà des chants de hooligans, je ne pense pas qu'on ai pu provoquer une guerre avec un chant.
Autant la science provoque en permanence des bouleversements politiques ou religieux importants (Religions, maîtrise des énergies, armements, photo, télévision, internet...), autant l'Art me semble "inoffensif"; au mieux il peut aider à changer la vision du monde pour le spectateur, mais on dirait qu'il n'est jamais en première ligne de l'Histoire.
roulroul2
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Re: l'Histoire et la musique

Message par roulroul2 »

Le message politique et de société à été porté en France par le chanteur Renaud, assez poétiquement, souvent avec de beaux textes, a base d'usines, de comptoirs en zinc, de blousons noirs, et de mobylettes. Perso, je suis fan.
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