Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

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Christof
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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par Christof » jeu. 09 nov., 2017 9:57

pianojar a écrit :
mer. 01 nov., 2017 10:40
Christof a écrit :
mar. 31 oct., 2017 22:32
Oui, c'était ce concert, mémorable. Ce blues, il l'a joué en rappel. Je me souviens encore de tout. Et j'avais passé tout le temps du retour en métro à me chanter cette basse, de peur de l'oublier.
arrivé chez moi, je m'étais jeté sur le piano. Heureusement, j'avais des voisins très compréhensifs...
Bon il n'y a plus qu'à nous faire une transcriptio ncomplète du morceau .......... :D
Je vais te faire ça !

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Christof
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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par Christof » jeu. 09 nov., 2017 11:32

Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?...

Tout dépend des jours, des heures, des instants. Il y a des moments où tu écoutes, et cela sauve tout. Tu sais que ta journée sera merveilleuse.
Il m'arrive souvent d'écouter de la musique tout en travaillant et puis, tout d'un coup, c'est plus possible, il faut que toutes mes fibres soient dans cette écoute, rien d'autre ne peut plus exister. La beauté qui nous sauve. Par exemple quand j'écoute ce morceau "Mother" que Jacky Terrasson a écrit pour sa mère. C'est d'une telle tendresse. Je suis foudroyé.



Pour en savoir plus sur ce disque des deux artistes (Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo), on peut réécouter cette émission qui est passée sur France Inter en septembre 2016, durant laquelle Jacky Terrasson joue aussi en solo à plusieurs moments en direct (à 5'56 : "que reste-t'il de nos amours" ; à 32 '00 : "Mother" (et là c'est en solo..., que c'est beau).

En fait quand j'écoute la musique et qu'un morceau me touche comme c'est pas possible, à la première écoute, je ne cherche pas à comprendre, je vibre, je frissonne. Ensuite, je voudrais le jouer, l'approcher ce morceau. Alors je réécoute et j'essaie de deviner les harmonies pendant l'écoute, cela se passe malgré moi. J'entends par exemple à un moment dans Mother tel accord, et je sais que c'est un maj 7, mais ce qui me frappe d'emblée c'est la couleur, la saveur. ici il a rajouté une 5# dans l'accord et c'est génial. Idem sur cet accord 7. Tout de suite cela s'imprime en moi. Quand j'irai au piano, j'essaierai de voir ce que cela donne sur d'autres morceaux, cette couleur de quinte augmentée dans certains accords. Je pense alors tout de suite à ce morceau de Keith Jarrett, "Times on my hand". Cela m'avait fait pareil, je l'avais entendu et tout de suite j'avais voulu le jouer (voir sur mon soundloud). J'ai la chance d'avoir une bonne oreille et le plus souvent, je rejoue, à ma façon, d'oreille. Là aussi, j'avais repéré qu'en mettant certains #5, cela apportait une couleur spéciale. J'avais mis cela sur soundcloud en 2015. Et là, dans Mother, en retrouvant un peu cela, cela se fortifie encore dans mon cerveau. Des connexions nouvelles se font. Des choses que j'avais faites un peu par hasard ici retiennent plus mon attention, s'impriment en moi. Comme si d'autres palettes de couleurs pouvaient être maintenant convoquées à tout instant, en toile de fond, elles sont là, maintenant bien à disposition dans mes neurones. Intégrées.
Elles font partie de mon corps. Je sais que ces couleurs pourront s'intégrer à la mélodie dans bien d'autres thèmes, la feront briller d'une certaine manière (pour moi, la mélodie est ce qui est primordial dans un morceau, c'est un chant). Cela rejoint ce qu'expliquait Okay, dans la manière de travailler, savoir ce qu'on a appris, ce qu'on a retiré d'un travail. A chaque instant. C'est une mosaïque. Les choses peuvent vous parler, cela peut venir de n'importe où, d'une peinture, de la musique d'un texte, que sais-je, et cela va fortifier quelque chose dans votre musique. Tout est lié. Et cela ne se passe pas forcément quand on est assis au piano.
Ceci un peu pour expliquer comment j'écoute la musique. Mais on ne peut dire cela qu'a postériori. Au moment où on est pris dans la musique, je ne sais vraiment ce que je pourrais dire du "comment j'écoute la musique". C'est comme en faire partie.

à 45'09, Jacky Terrasson rejoue en direct. J'adore les artistes qui comme ça ne savent pas encore ce qu'ils vont jouer. Cela se décide juste quand ils viennent de s'asseoir devant le piano. Là, c'est "La chanson d'Hélène" tirée du film "Les choses de la vie". Et c'est aussi comme une improvisation, ce qu'il joue à cet instant n'a rien à voir avec ce qu'il a joué dans le disque (cette chanson figure dans le disque Mother, avec Stéphane Belmondo). La musique est une recomposition permanente. Une direction, des couleurs à disposition, et c'est parti.
Et après avoir écouté une émission comme celle-là, je me sens rempli, heureux, un peu moins sot.

Alors voilà, quand j'écoute la musique, certaines choses me parlent. Je voudrais m'en emparer, les jouer au piano, essayer de trouver une manière à moi de les jouer. Une exigence. M'accorder avec un morceau, au mieux de mes possibilités. Le vivre. Ce qui est difficile alors, c'est qu'on est son propre auditeur, avec toutes nos imperfections. Et ce n'est pas forcément simple de trouver les chemins pour encore avancer. Prendre conscience.
Je crois que j'avance en écoutant de la musique, elle me nourrit. Elle me transforme. Cela m'aide aussi à transformer mon jeu au piano. Jamais découragé. La musique me donne l'énergie.

C'est dommage qu'il n'y ait pas plus de pmistes pour écrire dans ce fil. Peut-être Jazzy, aurais-tu dû le mettre au départ dans le fil "piano" ?
En tous cas, ne te sens pas seul quand tu écris quelque chose et qu'il n'y a aucune réponse (par exemple sur ce que tu as écrit concernant ton expérience qui illustre un peu les liens entre écoute de la musique, corps, sensations, sentiments...). J'avais lu, mais n'avais rien trouvé à dire à ce moment-là. Alors ce message c'est aussi une réponse à ce que tu disais "L'intérêt est aussi de croiser différentes formes d'expressions artistiques: musicale, corporelle, littéraire.". C'est tellement vrai pour moi.

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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par jazzy » jeu. 09 nov., 2017 15:22

Merci pour ton partage Christof. Il est vrai que j'ai pensé que mes questions et témoignages allaient amener plus d'échanges. Je n'ai pas voulu mettre ce fil dans la rubrique piano car il concerne la musique en général. Mais pour moi ces thèmes et questions évoqués sont liés à l’apprentissage du piano. Comment vais-je traduire ce que je ressens de cette musique? (même si ce que j'écoute n'est pas du piano). Mes excuses de reparler encore de mon morceau "estate" que j'ai mis sur youtube (en toute modestie), mais c'est bien l"écoute de la chanson de Nougaro (un été) que je trouve très belle, aussi bien dans les mots de son auteur que dans l'orchestration, qui m'a donné envie de créer cet arrangement. Et j'avais à cœur de vouloir retraduire l'ambiance, des sensations, des sentiments vécus lors de l'écoute de cette chanson.

C'est drôle que tu parles de la beauté qui nous sauve car il y a quelques temps j'ai lu un livre de philo (pas de la philo à se prendre la tête) dont le titre est "Quand la beauté nous sauve"où il est beaucoup question de la valeur esthétique des arts. Il est toujours intéressant de croiser les différentes approches artistiques: musicale, corporelle, littéraire, philosophique,picturale....
Je crois me rappeler que c'est Keith Jarrett qui disait dans un DVD sur l'art de l'improvisation que la création musicale ne vient pas de la musique elle-même mais de plein d'autres choses.

Je pense que nous avons une manière d'écouter la musique qui est assez proche . D'abord laisser simplement entrer la musique pour la ressentir. Ensuite (éventuellement , en tout cas dans un deuxième temps)essayer d'entendre, de comprendre les passages qui nous touchent plus particuliérement. Qu'y a-t-il de particulier dans ce passage qui me plaît? Est-ce le rythme? Est-ce l'emploi de telle harmonie ( de telle extension d'accord)ou d'un enchaînement d'harmonies, Ou est-ce simplement la mélodie? Ou peut-être plusieurs de ces éléments.

A propos du lien corps musique, quand je travaillais avec des enfants en difficulté à l'école, j'ai souvent utilisé des musiques comme support de mon travail pour les amener à un état de détente par exemple. Eh bien il est arrivé que des "petits diables" qui avaient un besoin permanent de bouger réussissent à rester quelques minutes allongés au sol, fermer les yeux et relâcher leur corps.

Belle musique de Terrasson et Belmondo. Je note qu'un rythme d'accompagnement simple au piano ( MG tous les temps)suffit parfois à soutenir joliment une mélodie.
Mon dernier morceau sur youtube
https://www.youtube.com/watch?v=GN9b1mBjlr4

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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par Christof » jeu. 09 nov., 2017 16:22

jazzy a écrit :
jeu. 09 nov., 2017 15:22
C'est drôle que tu parles de la beauté qui nous sauve car il y a quelques temps j'ai lu un livre de philo (pas de la philo à se prendre la tête) dont le titre est "Quand la beauté nous sauve"où il est beaucoup question de la valeur esthétique des arts.
Oui, je connais ce livre. Je le relis souvent. [/quote]
jazzy a écrit :
jeu. 09 nov., 2017 15:22
Belle musique de Terrasson et Belmondo. Je note qu'un rythme d'accompagnement simple au piano ( MG tous les temps)suffit parfois à soutenir joliment une mélodie.
Oui, et tu vois, pour Letting you go de Thomas Enhco, c'est pareil. Pas besoin d'en mettre des tonnes. La pulsation est au dessus.

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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par Christof » jeu. 09 nov., 2017 16:23

Comment écoutez-vous la musique (suite de mon précédent message)

Faisant suite avec le ce que j'écrivais au-dessus sur Jacky Terrasson, j'ai repensé aussi à ce morceau-là : Sunday Song, de Richard Beirach.
Je me rends compte que chaque morceau qui me touche (il y en a bien d'autres...) ne m'a finalement jamais quitté. Un jour j'étais tombé par hasard sur un de ses disques "Elegy fo bill Evans" qui m'avait séduit. Je ne savais pas qui était Beirach, mais comme il rendait hommage à Bill Evans, j'avais acheté les yeux fermés. J'avais été séduit. Alors j'ai voulu tout savoir sur ce pianiste. Mais on trouvait finalement peu de choses dans les bacs (alors qu'il avait une discographie plus que conséquente en 1981... plus de 11 disques étaient sortis sous son nom. Souvent des imports venant du Japon...). Plus tard, un ou deux ans plus tard je suis tombé sur son disque "Hubris" paru chez ECM (ce disque en fait était sorti en 1977). Là encore, j'avais acheté les yeux fermés. Arrivé à la maison, disque posé sur la platine, premier morceau... "Sunday song". Je me souviens encore de cet instant. Le choc.
Et là, pareil que pour ce que j'expliquais au-dessus, concernant le morceau de Jacky Terrasson, une envie inextinguible de savoir le jouer ce morceau. Oh, pas comme lui, parce que c'est hors de portée, et puis à l'époque ce l'était encore plus pour moi, mais déjà si j'arrivais à trouver les accords, jouer simplement cela, cette suite à la mg et pouvoir mettre un peu de mélodie, ce serait pour moi être le plus heureux des hommes.

Écouter le morceau


On ne sait pas vraiment pourquoi de tels morceaux vous touchent à ce point. Je ne cherchais pas à savoir ce qui avait pu inspirer Richard Beirach, ce qu'il y mettait dans ce morceau. De toutes façons, rien n'était expliqué sur le disque. Et puis, pas besoin de savoir, tellement immédiat. La musique qui vous parle, c'est comme une télépathie. Je sentais une espèce de sérénité dans ce morceau, ressentant le bel instant qu'avait dû vivre Beirach pour écrire un truc pareil, peut-être la vue d'un beau paysage. Instant pur, aussi pur que cet artiste dans toute cette musique. Ce morceau pour moi, c'est comme un Haiku, un cristal. Une cellule de 8 mesures, parfaite. Qui se suffit à elle même.

Peut-être que Richard Beirach pensait aussi à cet instant-là à Bill Evans (je sais que Beirach l'adore), peut-être devant le beau paysage,tout son corps avait vibré de Bill Evans



Quoi qu'il en soit, j'avais cherché au piano. A l'époque, je n'avais pas les facilités que j'avais maintenant pour trouver... Mais bon, j'étais arrivé à un petit quelque chose.
Et ce morceau m'a toujours poursuivi, tôt ou tard, il me revenait, à des moments où je ne l'attendais pas. Vous savez, quand vous avez pas mal travaillé le piano et que vous vous offrez une espèce de pause, jouer, laisser venir, sans savoir ce qui va se présenter. Sans savoir le morceau qui va se choisir. C'est étrange ces choses-là. Un jour, il revient là, sous vos doigts, du moins cette suite harmonique, alors vous essayez de l'habiter, d'y mettre quelque chose de bien à la md. Et puis vous sentez que vous n'en êtes pas encore là, mais le morceau se rappelle à vous, tôt ou tard... Il est dans votre vie. Je me souviens avoir écrit dans un autre fil "On voudrait toujours réduire à l'extrême le délai entre un désir et sa réalisation. C'est une manière angélique de nier l'épaisseur et la lourdeur du temps. Mais l'amour qui est envol a besoin de cette épaisseur et de cette lourdeur. Il prend son essor en s'appuyant sur elles. Effacer l'acquis, désapprendre, tout reprendre. Comme un arbre au gré des saisons qui pousse, bourgeonne, fleurit. Fleurs qui tombent mais l'arbre ne meurt pas. Et je m'y perds, je m'y engloutis. Ainsi va la vie.Tout est musique. Jouer, c'est vivre. Texte oublié qu’on aimera redécouvrir, ce soir, dans dix ans, quand la vie confirmera ses dires ?"

Et ce morceau, pour moi, c'est exactement ça. Peut-être qu'en fait, j'avais écrit sans le savoir ces lignes pour lui, pour ce morceau précis. En quelque trente années, j'ai dû le jouer peut-être dix fois ce morceau, faisant tourner cette suite harmonique, encore, encore et encore. Mais ces dix-fois là, c'était à chaque fois pendant plus de trente minutes (je ne saurais même pas dire, quand je joue je ne suis plus vraiment là). Découvrant à chaque fois des petites choses, des subtilités. Quelquefois des moments de grâce. Jamais eu de partition, je ne savais d'ailleurs pas si elle existait. Et puis, pas besoin, et surtout ne pas l'écrire, de peur de figer quelque chose.
Et comme je n'ai cessé d'avancer pendant toutes ces années, notamment en ce qui concerne l'harmonie, je ne cessais de trouver des petites subtilités (un peu comme ce que j'explique plus haut dans le message d'avant), des couleurs nouvelles, imprimées alors à tout jamais à l'intérieur de mon corps.
Et finalement à chaque fois, savoir qu'on n'est pas encore prêt pour lui.

Si je vous raconte tout ça, c'est que hier, vraiment par hasard, je suis tombé sur une bibliothèque municipale que je n'avais pas cherchée. Je me promenais à l'heure du déjeuner au Jardin des Plantes. Et là, une personne vient vers moi et me demande si je connaissais la bibliothèque municipale du quartier. Il cherchait la rue Buffon... La rue Buffon, je connais bien. Donc je lui indique où la trouver. Et vous savez comment c'est... Tiens, une bibliothèque rue Buffon ? Je ne savais pas. Du coup, j'y suis allé voir. Et là !!!

Figurez-vous qu'au 5ème étage du 15 rue Buffon (je conseille à tous les parisiens), c'est réservé à la musique... On y trouve des tonnes de partitions, des livres (j'y ai par exemple trouvé - et emprunté - une autobiographie de Martial Solal), des CD. Toutes les musiques. Une vrai caverne d'Ali Baba. Des trésors. Et je vous le donne en mille... J'ai trouvé un recueil, je ne savais même pas qu'il existait : "The music of Richard Beirach" (volume 1), sorti en 1999.

Image

Dans la préface Beirach écrit ceci (je vous traduit) :
"J'ai enseigné et joué professionnellement pendant déjà quelque trente années et même si nombre de personnes m'ont demandé souvent d'écrire un livre sur mon enseignement, sur la théorie et aussi une compilation de mes morceaux, je ne l'avais jamais fait, pour certaines raisons.
Et c'est seulement maintenant que j'ai 51 ans que je me sens le droit de commencer à publier des livres.
Parce que je sens que c'était maintenant le temps juste pour documenter mes idées sur l'enseignement, la théorie, l'harmonie, la technique de composition et, le plus important, ce livre, qui est la première compilation de certaines de mes compositions originales.
L'expérience accumulée toutes ces années où j'ai composé, enregistré ou me suis produit en concert, m'a finalement permis de perfectionner ces pièces jusqu'au point où je sens qu'elles sont maintenant prêtes à vous être livrées.
Pour certaines d'entre elles, j'ai inclus deux versions séparées, soit parce que je les ai révisées au fil des ans pour différents paramètres d'enregistrement ou quelqu'un d'autre les a enregistrées dans un arrangement très différent de l'original.
J'ai pensé qu'il serait intéressant pour l'étudiant ou le professionnel de voir le développement, le réarrangement et la recomposition de mes pièces"


Et cette fameuse pièce "Sunday song" y est dans ce recueil. Une façon pour ce morceau de se rappeler à moi, de me faire des clins d’œil, de me dire "Alors Christophe, tu croyais avoir tout compris ?"... Il n'y a pas toute la partition de ce qu'on entend dans le disque, mais simplement la structure de base (et écrite comme une vraie partition classique, et pas comme des grilles (mais il y a aussi écrit le chiffrage au dessus). Et là, je m'aperçois que des petites subtilités m'avaient échappées dans la mg. Qui ouvrent des portes nouvelles. Et le chiffrage me dévoile pas mal de choses aussi (et ça, on pourra en reparler).
A propos de cette pièce, il écrit : "c'est l'une de mes premières compositions. C'est vraiment la chose la plus simple que j'ai jamais écrite. Je marchais un beau dimanche à Central Park et quand je suis rentré, je me suis assis au piano et je l'ai joué comme si c'était déjà écrit."

Alors rentré chez-moi le soir, je m'y suis remis.
Modifié en dernier par Christof le lun. 31 déc., 2018 15:16, modifié 5 fois.

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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par jazzy » jeu. 09 nov., 2017 17:38

Belle histoire qui montre bien ce que peut apporter la musique et comment elle nous "tient" parfois.
J'ai écouté les 2 morceaux (pas en entier pour celui de Bill Evans) et c'est assez chouette. Mais il faut s'appeler Bill Evans ou Beirach pour maintenir une attention sur 4 accords (2 seulement pour Bill Evans)....
Mon dernier morceau sur youtube
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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par Appogiature » dim. 09 sept., 2018 2:00

jazzy a écrit :
mar. 24 oct., 2017 14:38
Par où entend-on la musique?
Bien sûr la 1ére réponse est qu'on l'entend par les oreilles mais elle arrive très vite au cerveau et c'est là qu'elle produit des effets qui peuvent se propager dans tout le corps: modification de la respiration, du rythme cardiaque, relaxation ou tension musculaire et encore bien d'autres sensations parfois surprenantes.
Ah merci Jazzy pour ce fil que je ne découvre que maintenant. Tu abordes une question centrale sur laquelle j’avais envie d’échanger depuis un certain temps. Ça fait plaisir de lire des impressions identiques aux miennes, j’ai toujours le sentiment d’être un extra-terrestre quand j’évoque le corps en musique classique ! Désolée, je vais être longue...

Lors d’une rencontre avec Gaspard Proust la semaine dernière dans le cadre des Variations Classiques d’Annecy, Lucas Debargue avouait ne pas toujours voir de justification dans les applaudissements. En tant qu’auditeur et selon la nature des œuvres interprétées, lui-même aurait plutôt envie de danser ou, au contraire, de garder le silence mais en tout cas pas d’applaudir.

Merci à lui pour cette intervention ! C’est clair pour moi qu’il y a un problème au niveau de la réception des concerts par le public, en tout cas en ce qui concerne la musique classique et aussi une certaine musique jazz, je dirais tous les concerts où le public reste passif, affalé dans son fauteuil ! Avec au final une frustration chez moi, le sentiment désagréable, presque une colère, de ne pas être en phase avec le reste de l’auditoire, d’être dans le trop ou le pas assez : soit j’aimerais applaudir à tout rompre, crier, piétiner pour exprimer mon enthousiasme et rendre un peu de l’énergie que la musique m’a transmise, mais alors la tiédeur du public alentour m’en dissuade ; soit je voudrais ne plus bouger et rester dans le silence longtemps après l’extinction des feux, mais déjà le public bavarde et s’agite pour quitter les lieux. Cet entre-deux consensuel et feutré que nous impose le milieu du classique ignore complètement la réponse du corps au son et nous déconnecte des deux dimensions sacrées de la musique : celle de la transe (qui nous relie à la terre) et celle du silence (qui nous relie au ciel). Il suffit d’observer la musique des sociétés traditionnelles ou tribales pour s’en convaincre.

Un musicien complet vit profondément ces deux dimensions, j’en suis persuadée, peu importe la tradition musicale dans laquelle il s’inscrit. Il incarne ces deux axes dans l’espace par son corps, et dans le temps par le cycle de son jeu qui part du silence, entre dans une pulsation, se matérialise, se propage vers le public puis retourne au silence. Alexandre Tharaud décrit très bien ce cycle à la fin de cette interview :



Quel est notre rôle d’auditeurs face à ce processus ? La réponse est dans la question de Jazzy :
jazzy a écrit :
mar. 24 oct., 2017 14:38
Je me demande si à certains moments les vibrations de la musique ne parviennent pas directement au corps sans passer par le cerveau? J'ai un peu cette impression quand j'écoute certains morceaux de jazz swing où le rythme semble aller directement au niveau du ventre et se propager à partir de ce niveau.
--- et dans la remarque de Christof :
Christof a écrit :
mar. 24 oct., 2017 15:53
Je pense qu'on entend aussi la musique par la peau. La peau nous situe dans l'espace. Par ailleurs, étant pianiste, quand j'entends une musique jouée au piano, je ne peux m'empêcher de sentir le tactile au bout de mes doigts, le ressenti tactile du musicien face à l'oeuvre. Et ce qui est intéressant, c'est que si ce n'est pas du piano, l'intention de la phrase, je la sens aussi très fort dans le corps. Elle ne se situe plus au bout des doigts, mais dans le ventre.
L'hypothèse d'une écoute qui parviendrait directement au corps sans passer par le cerveau me plaît, même si j'ignore si c'est recevable scientifiquement. Ecouter un concert devient alors idéalement une forme de méditation qui accompagne le jeu de l’interprète par une attention très fine au corps pour sentir comment la trajectoire de la musique opère sa révolution, comment sa vibration nous traverse, comment elle sédimente dans nos entrailles puis retourne au silence. Le son devient alors très nourricier, vivifiant, électrisant.

Il y a bien sûr des œuvres sur lesquelles on réagira plus facilement que d’autres et ça ne peut pas se faire à chaque fois. Pour ma part, c’est lors d’une écoute du dernier mouvement de la 15ème symphonie de Chostakovitch, chez moi, que j’ai vécu le plus beau moment de synchronicité entre le corps et le son. J’étais devenue la fosse d’orchestre, la musique elle-même. Depuis lors, je cherche à retrouver cette impression d’unité quand je vais à un concert, avec plus ou moins de bonheur.

Le problème c’est que ça exige de la présence et une certaine intériorité. Or qu’observe-t-on pendant le concert ? Des toux nerveuses, des éternuements, des reniflements, précisément dans les moments où la musique flirte avec le silence, les moments où l’artiste lève le voile sur un espace de calme et d’enchantement, comme si la dimension qui s’ouvrait alors était insupportable pour une partie du public. Bien sûr c’est un peu radical de parler ainsi car personne n’est à l’abri d’une quinte de toux mais si l’on écoute la tonalité de ces manifestations sonores, on entend très bien qu’elles ont quelque chose de forcé, qu’elles ne sont pas une réponse physiologique mais plutôt psychologique. Oui, notre psychisme essaie de contrer l’appel du corps à l’abandon, la majesté de la beauté éveille un malaise, on pressent qu’on pourrait s’y perdre alors on toussote, on crachotte pour rompre le sortilège. Les critiques musicaux en particulier ne peuvent pas du tout s’autoriser cet abandon car ils perdraient alors toute distance à l’égard de ce qu’ils sont censés juger. Il y a ainsi deux façons d’écouter un concert : une approche analytique, contrôlée, où le son est filtré et interprété par le cerveau, forcément très subjective; et une écoute organique, beaucoup plus objective parce que le corps ne sait pas mentir mais qui nous laisse peu de mots pour témoigner de l’expérience.

Je pense qu’on peut s’entraîner à écouter mieux. On peut devenir attentif à tout ce qui fait obstacle à la trajectoire naturelle de la musique, nos distractions, nos tics sonores, notre refus d’abandon. A cet égard, nos applaudissements aussi, dans certains cas, peuvent être une offense portée à la musique et à l’interprète. Alexandre Tharaud dit en tout cas que les applaudissements lui reviennent comme « une gifle » et qu’il n’est pas enchanté du retour dans les coulisses. Lucas Debargue, lui, y voit un prétexte pour réintégrer au plus vite notre réalité ordinaire, un signe de notre propension à nous couper de la dimension sacrée dans laquelle la musique nous a transportés. La veille, à la fin de son concert où il avait joué l'opus 111 de Beethoven, il avait gardé longtemps ses doigts sur le clavier pour rester dans le silence. Mais ce silence ne peut naître que du corps des auditeurs, il se cueille et ne s’impose pas, et c’est un moment très rare.

Virgule
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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par Virgule » dim. 09 sept., 2018 7:14

Merci Appogiature pour cette contribution intéressante à la discussion! Merci entre autres pour le lien vers l'interview de Tharaud, que je n'avais pas entendue (j'ai lu son livre par contre).
Appogiature a écrit :
dim. 09 sept., 2018 2:00
C’est clair pour moi qu’il y a un problème au niveau de la réception des concerts par le public, en tout cas en ce qui concerne la musique classique et aussi une certaine musique jazz, je dirais tous les concerts où le public reste passif, affalé dans son fauteuil ! Avec au final une frustration chez moi, le sentiment désagréable, presque une colère, de ne pas être en phase avec le reste de l’auditoire, d’être dans le trop ou le pas assez : soit j’aimerais applaudir à tout rompre, crier, piétiner pour exprimer mon enthousiasme et rendre un peu de l’énergie que la musique m’a transmise, mais alors la tiédeur du public alentour m’en dissuade ; soit je voudrais ne plus bouger et rester dans le silence longtemps après l’extinction des feux, mais déjà le public bavarde et s’agite pour quitter les lieux.
Comme je suis en phase avec toi ! Je n'ai pas souvent vécu de frustrations devant un public tiède - pas souvent, car le public québécois est très chaleureux et se lève même très facilement - mais oui, à quelques occasions. Frustrée par la réaction inverse, par contre, oui, tout le temps. Tout le temps je trouve que le public applaudit trop vite, se lève trop tôt, ne laisse pas respirer la musique - le plus exaspérant étant ces imbéciles qui hurlent leurs bravos à tout rompre avant même que le dernier accord ait fini de résonner (c'est quasi automatique à tous les concerts de l'OSM) ! Des snobs qui veulent non pas exprimer leur appréciation, mais montrer 'qui c'est Raoul' - ce sont les mêmes qui à l'intermission clament leur point de vue sur l'oeuvre ou les artistes à tue-tête pour que tout le monde les entende.

La majorité des gens, sans snobisme, applaudissent néanmoins trop vite la plupart du temps, ce qui pour moi veut dire qu'ils n'ont pas écouté attentivement. Mais bon, qui suis-je pour les juger ? Au moins ils vont au concert ! Et il arrive aussi, exceptionnellement, que tout le monde soit en phase - comme ce fut le cas l'an dernier à un concert d'Augustin Hadelich avec l'OSM dans le concerto de violon de Tchaikovsky le plus ahurissant d'émotion, d'engagement et de prise de risque que j'aie entendu - l'émotion avait tellement touché tout le monde qu'on trépignait au point que tout le public (pas juste ceux qui pensaient que c'était fini) s'est levé comme un seul homme dès le premier mouvement fini, applaudissant et criant bravo - avec un tel enthousiasme, une telle spontanéité que le soliste et l'orchestre ont réagi par de grands sourires étonnés, visiblement ravis. Se lever 'trop vite', c'est relatif, donc, briser le silence, c'est parfois impulsif et nécessaire aussi. Mais ça devrait dépendre des oeuvres et surtout de l'interprétation. Aux artistes donc de nous faire savoir qu'ils veulent le silence à la fin d'une prestation - certains le disent au public. Autrement, le public a carrément peur que s'il n'applaudit pas, les artistes croiront qu'on ne les a pas aimés.

Tu mentionnes les sempiternelles toux. Par chance, je les tolère généralement bien (sauf chez mon voisin immédiat ou, pire encore, moi-même); bien concentrée et captivée, je sais faire abstraction des bruits 'physiologiques' ambiants. Les bruits dus à la négligence ou au manque de respect, les cellulaires qui sonnent, les gens qui chuchotent ou développent des bonbons pendant le concert, ça, ça m'exaspère. Mais la toux, je remarque surtout son absence. Je me souviens avoir été renversée il y a deux ans, lors d'un concert piano-violoncelle (Chamayou-Gabetta), quand j'ai soudain pris conscience du silence soutenu, de l'écoute extraordinaire du public... même pendant la sonate de Britten !! Je dois dire qu'à mon grand étonnement j'étais moi-même complètement captivée par l'interprétation de cette oeuvre que généralement j'apprécie peu.
Appogiature a écrit :
dim. 09 sept., 2018 2:00
L'hypothèse d'une écoute qui parviendrait directement au corps sans passer par le cerveau me plaît, même si j'ignore si c'est recevable scientifiquement. Ecouter un concert devient alors idéalement une forme de méditation .
[...| Il y a ainsi deux façons d’écouter un concert : une approche analytique, contrôlée, où le son est filtré et interprété par le cerveau, forcément très subjective; et une écoute organique, beaucoup plus objective parce que le corps ne sait pas mentir mais qui nous laisse peu de mots pour témoigner de l’expérience.
Pour moi, l'écoute attentive se fait les yeux fermés, tout mon être concentré non pas sur les réactions de mon corps, mais sur la musique comme si elle existait à l'extérieur de moi, comme si mon esprit sortait de mon corps pour entrer dans le son - expérience d'ailleurs parfois carrément visuelle, dans mon oeil intérieur. 'Idéalement une forme de méditation' ? Ça dépend de ce qu'on entend par méditation: pour moi c'est quelque chose d'assez passif, c'est un état de réceptivité non dirigé. Lorsque j'écoute avec attention sans me laisser distraire, j'écoute au contraire la musique de manière très active, presque comme si je dansais avec elle dans mon fors intérieur. Il y a carrément une interaction quelque part et il m'arrive d'être excitée au point d'avoir envie de danser (sur certaines sonates de Scarlatti, si si). Mais je ne suis pas d'accord avec ton affirmation que l'écoute organique serait plus objective car le corps ne saurait pas mentir. Pas du tout. D'abord oui, le corps sait très bien mentir, ensuite pour rien au monde je ne voudrais d'une écoute objective de la musique !

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jean-séb
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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par jean-séb » dim. 09 sept., 2018 9:21

Merci pour avoir réactivé ce fil avec des commentaires si pertinents. Un bonheur de lecture en ce dimanche matin.

jazzy
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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par jazzy » dim. 09 sept., 2018 11:48

Je suis content que des Pmistes comme Virgule et Appogiature, apparemment plus axées sur le classique, prennent la parole sur ce sujet.
J'aime bien le forum Pianomajeur, mais j'ai parfois l'impression d'une non-rencontre entre les Pmistes qui sont "musique classique" et les autres (jazz, musiques de film, variétés, création, ...). C'est un peu dommage.
Bien sûr il y a quelques Pmistes qui pratiquent ou écoutent des styles différents mais ils me semblent peu nombreux....

J'aime bien l'idée que l'écoute de la musique pourrait être une sorte de "méditation", bien que je ne connaisse pas vraiment la méditation. Le point commun de ses deux "activités" semble être l'écoute de son corps et le lâcher prise.
Oui, s'abandonner à la musique n'est pas si facile que ça, sans doute par peur de sentiments, d'émotions, de ressentis, voire d'idées qui peuvent nous sembler parfois bien saugrenues. Mais c'est souvent très vivifiant. Encore faut-il décrocher du quotidien, retrouver cet état particulier qui justement me semble proche de la méditation.
L'idée des 2 dimensions, celle qui nous relie à la terre et celle qui nous relie au ciel est très présente dans la "philosophie chinoise" et dans les arts énergétiques chinois tels que le Qi Gong par exemple (que je pratique). Ces 2 dimensions sont parfois présentes à mon esprit et à mon corps quand j'écoute ou fait de la musique.
Peut-être la dimension "ciel" est-elle plus présente dans le classique et la dimension "terre" plus évidente dans le jazz? Encore que tout ceci demanderait à être pas mal nuancé...
Mon dernier morceau sur youtube
https://www.youtube.com/watch?v=GN9b1mBjlr4

Appogiature
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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par Appogiature » dim. 09 sept., 2018 23:17

Virgule a écrit :
dim. 09 sept., 2018 7:14
Pour moi, l'écoute attentive se fait les yeux fermés, tout mon être concentré non pas sur les réactions de mon corps, mais sur la musique comme si elle existait à l'extérieur de moi, comme si mon esprit sortait de mon corps pour entrer dans le son - expérience d'ailleurs parfois carrément visuelle, dans mon oeil intérieur. 'Idéalement une forme de méditation' ? Ça dépend de ce qu'on entend par méditation: pour moi c'est quelque chose d'assez passif, c'est un état de réceptivité non dirigé.
Contente de te lire, Virgule ! J’observe qu’il faut être prudent avec le terme de méditation. Pour moi, disons que c’est un état à la fois actif et passif : actif dans le sens d’un acte de présence, de volonté de tout mettre en œuvre pour que les choses puissent advenir ; passif dans le sens qu’on accueille sans intervenir, on laisse advenir… et d’ailleurs des choses très dynamiques peuvent surgir, comme l’envie irrépressible de danser par exemple :
Virgule a écrit :
dim. 09 sept., 2018 7:14
Lorsque j'écoute avec attention sans me laisser distraire, j'écoute au contraire la musique de manière très active, presque comme si je dansais avec elle dans mon fors intérieur. Il y a carrément une interaction quelque part et il m'arrive d'être excitée au point d'avoir envie de danser (sur certaines sonates de Scarlatti, si si).
Que fais-tu Virgule quand, en concert, l'envie te vient de danser ?
jazzy a écrit :
dim. 09 sept., 2018 11:48
Je suis content que des Pmistes comme Virgule et Appogiature, apparemment plus axées sur le classique, prennent la parole sur ce sujet.
J'aime bien le forum Pianomajeur, mais j'ai parfois l'impression d'une non-rencontre entre les Pmistes qui sont "musique classique" et les autres (jazz, musiques de film, variétés, création, ...). C'est un peu dommage.
Bien sûr il y a quelques Pmistes qui pratiquent ou écoutent des styles différents mais ils me semblent peu nombreux....
Si c’est bien le cas, Jazzy, c’est en effet dommage. Je suis très nouvelle sur le forum, pas du tout assidue et je fréquente presque toujours le même fil donc je ne peux pas réagir à ta remarque. Sauf que pour ma part, j’adore le jazz sans bien le connaître. J’ai un grand respect pour les jazzmen qui sont des musiciens très complets, qui n’ont pas besoin du support d’une partition pour s’exprimer et qui font preuve d’une liberté dont très peu d’interprètes classiques peuvent se prévaloir.

Voici d’ailleurs un trio de jazz de ma région que j’aime bien :



Impossible d’écouter cette musique assise dans son fauteuil ! C'est pourtant ce qui m'est arrivé.
jazzy a écrit :
dim. 09 sept., 2018 11:48
Peut-être la dimension "ciel" est-elle plus présente dans le classique et la dimension "terre" plus évidente dans le jazz? Encore que tout ceci demanderait à être pas mal nuancé...
Oui, à nuancer. Il me semble que la transe est partout en musique classique aussi, et pas seulement dans Carmina Burana ou le Boléro ; chez Bach par exemple, je trouve mille occasions de danser, c’est une musique très dynamique... Un contrepoint très serré, tenu sur toute une œuvre donne cette même impression de transe.... ou certaines œuvres de polyphonie vocale, par exemple dans le Messie, où les entrées des différentes voix s’enchaînent selon un plan très dense, ça donne le même effet pulsatile, de répétition. Et puis, la pratique de la transe c'est peut-être aussi une porte ouverte vers le ciel….

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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par jazzy » lun. 10 sept., 2018 8:57

Virgule a écrit :
dim. 09 sept., 2018 7:14
Pour moi, l'écoute attentive se fait les yeux fermés, tout mon être concentré non pas sur les réactions de mon corps, mais sur la musique comme si elle existait à l'extérieur de moi, comme si mon esprit sortait de mon corps pour entrer dans le son - expérience d'ailleurs parfois carrément visuelle, dans mon oeil intérieur. 'Idéalement une forme de méditation' ? Ça dépend de ce qu'on entend par méditation: pour moi c'est quelque chose d'assez passif, c'est un état de réceptivité non dirigé. Lorsque j'écoute avec attention sans me laisser distraire, j'écoute au contraire la musique de manière très active, presque comme si je dansais avec elle dans mon fors intérieur. Il y a carrément une interaction quelque part et il m'arrive d'être excitée au point d'avoir envie de danser (sur certaines sonates de Scarlatti, si si).
L'écoute de la musique est quelque chose d'assez mystérieux, surtout dans ces moments un peu magiques, comme tu les décris.
Il m'est arrivé parfois d'avoir l'impression que le pianiste jouait pour moi, dans une proximité intime. Jusqu'à avoir parfois l'illusion que c'est moi qui jouait, qu'il me prêtait ses mains ou inversement que je lui prêtais les miennes.
En fait je pense que ces phénomènes d'illusion sont très "primaires", dans le sens où ils renvoient à des phénomènes psycho affectifs, psycho sensoriels d'identification ou de projection du petit enfant...
Bon, c'est pas tous les jours que ça arrive...

Appogiature, j'aime assez le morceau du trio jazz. Chapeau au pianiste
Mon dernier morceau sur youtube
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Lazur84
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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par Lazur84 » mar. 11 sept., 2018 14:34

Appogiature, Virgule, Jazzy, c’est un plaisir de vous lire – surtout pour moi qui ne suis pas une grande mélomane - dans des développements aussi fins et précis. En vous lisant, je me disais juste que Proust aurait toute sa place dans ce fil car il a écrit de nombreuses et merveilleuses pages sur l’écoute de la musique, sans doute parce qu’il plaçait cet art au-dessus des autres, et aussi parce qu’il était lui-même un grand mélomane (et parce que cela participe de son projet littéraire). Dans ce passage, Swann entend pour la première fois la fameuse sonate de Vinteuil (fictive). Proust, à sa façon minutieuse, rend alors compte des mécanismes de la mémoire et de toutes les étapes qui mènent de la première impression, à la fois confuse et sensuelle, à la conscientisation de la mélodie - purement intellectuelle - qui « permet de se rappeler la musique » et qui aboutit à la rencontre / découverte de cet inconnu, c’est-à-dire au plaisir esthétique…
[Swann] avait cherché à recueillir la phrase ou l’harmonie – il ne savait lui-même – qui passait et qui lui avait ouvert largement l’âme, comme certaines odeurs de roses circulant dans l’air humide du soir ont la propriété de dilater nos narines. Peut-être est-ce parce qu’il ne savait pas la musique qu’il avait pu éprouver une impression aussi confuse, une de ces impressions qui sont peut-être pourtant les seules purement musicales, inétendues, entièrement originales, irréductibles à tout autre ordre d’impression . Sans doute que les notes que nous entendons alors, tendent déjà, selon leur hauteur et leur quantité, à couvrir devant nos yeux des surfaces de dimensions variées, à tracer des arabesques, à nous donner des sensations de largeur, de ténuité, de stabilité, de caprice. Mais les notes sont évanouies avant que ces sensations soient assez formées en nous pour ne pas être submergées par celles qu’éveillent déjà les notes suivantes ou même simultanées. Et cette impression continuerait à envelopper de sa liquidité et de son “fondu” les motifs qui par instants en émergent, à peine discernables, pour plonger aussitôt et disparaître, connus seulement par le plaisir particulier qu’ils donnent, impossibles à décrire, à se rappeler, à nommer, ineffables - si la mémoire, comme un ouvrier qui travaille à établir des fonctions durables au milieu des flots, en fabriquant pour nous des fac-similés de ces phrases fugitives, ne nous permettait de les comparer à celles qui leur succèdent et de les différencier. Ainsi, à peine la sensation délicieuse que Swann avait ressentie était-elle expirée, que sa mémoire lui en avait fourni séance tenante une transcription sommaire et provisoire, mais sur laquelle il avait jeté les yeux tandis que le morceau continuait, si bien que, quand la même impression était tout d’un coup revenue, elle n’était déjà plus insaisissable. Il s’en représentait l’étendue, les groupements symétriques, la graphie, la valeur expressive ; il avait devant lui cette chose qui n’est plus de la musique pure, qui est du dessin, de l’architecture, de la pensée, et qui permet de se rappeler la musique. Cette fois, il avait distingué nettement une phrase s’élevant pendant quelques instants au-dessus des ondes sonores. Elle lui avait proposé aussitôt des voluptés particulières, dont il n’avait jamais eu l’idée avant de l’entendre, dont il sentait que rien autre qu’elle ne pourrait les lui faire connaître, et il avait éprouvé pour elle comme un amour inconnu. D’un rythme lent elle le dirigeait ici d’abord, puis là, puis ailleurs, vers un bonheur noble, inintelligible et précis. Et tout d’un coup, au point où elle était arrivée et d’où il se préparait à la suivre, après une pause d’un instant, brusquement elle changeait de direction, et d’un mouvement nouveau, plus rapide, menu, mélancolique, incessant et doux, elle l’entraînait avec elle vers des perspectives inconnues. Puis elle disparut. Il souhaita passionnément la revoir une troisième fois. Et elle reparut en effet, mais sans lui parler plus clairement, en lui causant même une volupté moins profonde. Mais, rentré chez lui, il eut besoin d’elle. Il était comme un homme dans la vie de qui une passante qu’il a aperçue un moment vient de faire entrer l’image d’une beauté nouvelle qui donne à sa propre sensibilité une valeur plus grande, sans qu’il sache seulement s’il pourra revoir jamais celle qu’il aime déjà et dont il ignore jusqu’au nom.
(Un Amour de Swann)

Plaisir d’esthète, assurément. A ne pas confondre avec l’écoute mondaine dont rend compte le très ambigu baron de Charlus, dans ce passage délicieusement cinglant… Ah, ce fa dièze…
Est-ce assez beau, cet adagio ! Mais où est-il le jeune violoniste ? je voudrais pourtant le féliciter, c'est le moment des attendrissements et des embrassades. Avouez, Brichot, qu'ils ont joué comme des Dieux, Morel surtout. Avez-vous remarqué le moment où la mèche se détache ? Ah ! bien alors, mon cher, vous n'avez rien vu. On a eu un fa dièse qui peut faire mourir de jalousie Enesco, Capet et Thibaud ; j'ai beau être très calme, je vous avoue qu'à une sonorité pareille, j'avais le coeur tellement serré que je retenais mes sanglots. La salle haletait ; Brichot, mon cher, s'écria le baron en secouant violemment l'universitaire par le bras, c'était sublime. Seul le jeune Charlie gardait une immobilité de pierre, on ne le voyait même pas respirer, il avait l'air d'être comme ces choses du monde inanimé dont parle Théodore Rousseau, qui font penser mais ne pensent pas. Et alors, tout d'un coup, s'écria M. de Charlus avec emphase et en mimant comme un coup de théâtre, alors... la Mèche ! Et pendant ce temps-là, gracieuse petite contredanse de l'allegro vivace. Vous savez, cette mèche a été le signe de la révélation, même pour les plus obtus. La princesse de Taormine, sourde jusque-là, car il n'est pas pires sourdes que celles qui ont des oreilles pour ne pas entendre, la princesse de Taormine, devant l'évidence de la mèche miraculeuse, a compris que c'était de la musique et qu'on ne jouerait pas au poker. Oh ! ça a été un moment bien solennel.
(La Prisonnière)

J'espère ne pas vous ennuyer avec mes "pages de littérature" et ne pas être hors-sujet... Après réflexion, Jazzy, il me semble que tu questionnais plutôt "l'écoute avec le corps" (pour autant qu'on puisse séparer le corps et l'esprit, ce dont je ne suis personnellement pas très convaincue) ?

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jean-séb
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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par jean-séb » mar. 11 sept., 2018 15:56

Ces textes sont parfaitement à leur place ici. Merci.

roulroul
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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par roulroul » mar. 11 sept., 2018 22:13

Comment j' écoute de la musique ? J' ai cru comprendre dans quelles circonstances, et avec quels moyens.
Principalement en voiture, ça couvre magnifiquement les bruits du moteur, et de la circulation, bien que celle ci ne soit pas particulièrement bruyante, si je roule en local, ou si je fait 500 bornes, j' enquille direct une clé et hop, de la musique, classique, pop rock, tout y passe, c'est obligatoire, je n' aime pas trop la radio FM, a de rares exceptions, trop de pubs criardes, les animateurs sont quelquefois relous, et les infos politiques, style tout va mal, non merci, on zappe. Je tiens compte de l' avis de Madame, par courtoisie, (ou obligation ?) qui est très variété Française, Souchon, Michel Berger, c'est pas ma tasse de thé, mais c'est finalement pas si désagréable a écouter, surtout en roulant, de toute façons, elle sait très bien changer de musique toute seule ( rires) quand je met les Scorpions un peu fort, parce que ça elle aime moyennement. Avec plus de 20 clés USB dans la boite a gants, j' ai de quoi voir venir, si j' ai bien compté ça représente 25000 morceaux ! Donc je me revendique comme un fou de musique, tout genres confondus,
Comment recevez vous la musique ? J'ai cru comprendre quelles émotions elle vous procure, et ce qu'elle représente pour vous ?
Réponse un peu bateau, la même chose que tout un chacun ici, je pense, en plus elle meuble et couvre de fort belle manière les silences et les bruits qui ne servent a rien, un peu comme un tableau qui meublerait un grand mur vide.
La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu'encadrer ce silence.
J' aurais jamais trouvé une citation pareille, en fait elle est de Miles Davis. #-o

Appogiature
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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par Appogiature » mar. 11 sept., 2018 22:53

Lazur84 a écrit :
mar. 11 sept., 2018 14:34
Appogiature, Virgule, Jazzy, c’est un plaisir de vous lire – surtout pour moi qui ne suis pas une grande mélomane - dans des développements aussi fins et précis. En vous lisant, je me disais juste que Proust aurait toute sa place dans ce fil car il a écrit de nombreuses et merveilleuses pages sur l’écoute de la musique, sans doute parce qu’il plaçait cet art au-dessus des autres, et aussi parce qu’il était lui-même un grand mélomane (et parce que cela participe de son projet littéraire). Dans ce passage, Swann entend pour la première fois la fameuse sonate de Vinteuil (fictive). Proust, à sa façon minutieuse, rend alors compte des mécanismes de la mémoire et de toutes les étapes qui mènent de la première impression, à la fois confuse et sensuelle, à la conscientisation de la mélodie - purement intellectuelle - qui « permet de se rappeler la musique » et qui aboutit à la rencontre / découverte de cet inconnu, c’est-à-dire au plaisir esthétique…
Oh merci Lazur84. Je suis très émue que tu cites Un Amour de Swann, quelle coïncidence!!! C'est à travers ce livre que j'ai découvert Proust et que je suis tombée amoureuse de cet auteur. il parle en effet de la musique comme personne, d'une manière si touchante, si bouleversante... Seul un homme profondément habité par l'amour de la musique peut écrire de telles choses. Et quelle observation fine des processus internes induits par la musique; quelle poésie aussi...

A mon tour de citer mon passage préféré (mais il y en a tant de si beaux); il y parle toujours de la petite phrase de Vinteuil..:

"Et le plaisir que lui donnait la musique et qui allait bientôt créer chez lui un véritable besoin, ressemblait en effet, à ces moments-là, au plaisir qu'il aurait eu à expérimenter des parfums, à entrer en contact avec un monde pour lequel nous ne sommes pas faits, qui nous semble sans forme parce que nos yeux ne le perçoivent pas, sans signification parce qu'il échappe à notre intelligence, que nous n'atteignons que par un seul sens. Grand repos, mystérieuse rénovation pour Swann - pour lui dont les yeux, quoique délicats amateurs de peinture, dont l'esprit, quoique fin observateur des mœurs portaient à jamais la trace indélébile de la sécheresse de sa vie - de se sentir transformé en une créature étrangère à l'humanité, aveugle, dépourvue de facultés logiques, presque une fantastique licorne, une créature chimérique ne percevant le monde que par l'ouïe. Et comme dans la petite phrase il cherchait cependant un sens où son intelligence ne pouvait descendre, quelle étrange ivresse il avait à dépouiller son âme la plus intérieure de tous les secours du raisonnement et à la faire passer seule dans le couloir, dans le filtre obscur du son. Il commençait à se rendre compte de tout ce qu'il y avait de douloureux, peut-être même de secrètement inapaisé au fond de la douceur de cette phrase, mais il ne pouvait pas en souffrir. Qu'importait qu'elle lui dît que l'amour est fragile, le sien était si fort! Il jouait avec la tristesse qu'elle répandait, il la sentait passer sur lui, mais comme une caresse qui rend plus profond et plus doux le sentiment qu'il avait de son bonheur."

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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par roulroul » mer. 12 sept., 2018 9:04

J'aime bien le forum Pianomajeur, mais j'ai parfois l'impression d'une non-rencontre entre les Pmistes qui sont "musique classique" et les autres (jazz, musiques de film, variétés, création, ...). C'est un peu dommage.
Oui, c'est effectivement dommage, mais je trouve ce forum assez calme et tolérant, par rapport a d' autres, ça compense largement.
C’était plutôt un sujet a lancer durant les longues soirées d' hiver, tellement les posts sont longs a lire et riches d' infos très pointues. :D

J' ai consulté la définition Larousse de mélomane, qui s' applique surtout a la musique classique,
alors comment qualifie t'on ceux qui écoutent les autres genres ? Des amateurs de musique ? Ça sonne pas bien...

Hélas, ne comptez pas sur moi pour intervenir sur la littérature, ni même sur les raretés du classique, pas de sifflets dans la salle SVP !
alors je me contente de rester dans l' aspect technique, et les moyens d' écoute,
Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?
car je suis assez pointilleux sur la qualité du son :
Inutile de vous dire que pour écouter du classique et surtout du jazz
( très exigent question son :arrow: Keith Jarrett, entre autres ) dans de bonne conditions,
il faudrait pour bien faire des HP de qualité, type Focal, Bose ou autres.Ceux d' origine Renault sont une fabrication d' origine Pioneer, pas trop mal, mais juste acceptables. Je regrette également que les autoradios d' origine se contentent de lire le format courant MP3, et ne lisent pas les autres formats bien plus performants.
j' en ai fini sous l' angle de la technique pour aujourd'hui.
Pour moi, la musique est avec l' amour de vos proches les quelques choses capables de vous faire oublier une journée bien pourrie, et la misère du monde.
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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par jazzy » dim. 16 sept., 2018 18:39

Lazur84 a écrit :
mar. 11 sept., 2018 14:34


J'espère ne pas vous ennuyer avec mes "pages de littérature" et ne pas être hors-sujet... Après réflexion, Jazzy, il me semble que tu questionnais plutôt "l'écoute avec le corps" (pour autant qu'on puisse séparer le corps et l'esprit, ce dont je ne suis personnellement pas très convaincue) ?
Non,non, ce n'est pas du tout hors sujet.
Simplement je n'ai pas les qualités littéraires de Proust !
Il est vrai que ce qu'il décrit est beaucoup plus fin que des ressentis corporels, mais ces ressentis vont ensuite se traduire par des images, des sentiments, des impressions, des idées, de la poésie,...
Comme toi, je ne pense pas qu'il soit intéressant de séparer le corps et l'esprit.
J'ai beaucoup parlé du corps car comme je l'ai expliqué dans le début de ce fil je faisais, il y a longtemps, des séances genre expression corporelle, avec musique- parfois classique - qui m'ont ouvert une dimension d'écoute qui m'a parfois étonné et un peu fasciné...
Mais la manière dont en parle Proust est pour moi dans la même lignée.
J'aime bien l'idée que la rencontre avec la musique est un peu comme une rencontre amoureuse.

Roulroul , je n'avais pas en tête les questions pratiques que tu évoques, mais finalement pourquoi pas?
Mon dernier morceau sur youtube
https://www.youtube.com/watch?v=GN9b1mBjlr4

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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par Lazur84 » dim. 16 sept., 2018 19:43

jazzy a écrit :
dim. 16 sept., 2018 18:39
J'ai beaucoup parlé du corps car comme je l'ai expliqué dans le début de ce fil je faisais, il y a longtemps, des séances genre expression corporelle, avec musique- parfois classique - qui m'ont ouvert une dimension d'écoute qui m'a parfois étonné et un peu fasciné...
Mais la manière dont en parle Proust est pour moi dans la même lignée.
Au sujet du corps et de l'esprit, je me dis que l'apprentissage (et l'écoute) de la musique est avant tout une affaire culturelle et individuelle...
J'ai pu par exemple observer l'apprentissage de la musique par mes enfants, inscrits à l'école de musique de la ville. Il se trouve qu'ils sont assez rétifs vis-à-vis du solfège (pour faire bref, ça les ennuie profondément...) ; au bout de quatre ans de musique, l'un de mes fils n'avait toujours pas compris un rythme assez simple, noire pointée croche (in situ, c'était clairement du pifomètre) ; comme j'en parlais au prof d'instrument (saxo) il m'a rassurée en me disant : "Oui mais cette année on a mis en place au solfège une nouvelle pédagogie, absolument révolutionnaire (j'abuse à peine), qui passe par le corps ; on apprend les rythmes aux enfants par la marche, le mouvement" (je ne me souviens plus du nom de cette méthode) Et là, il me montre un exemple, je trouve ça très séduisant (waouh, un truc qui passe par le corps !) et je me dis que mon fils va peut-être rapidement comprendre.
Sauf que pas du tout. Pas plus qu'il n'était capable d'intellectualiser le rythme, il n'était capable de le "marcher"...
A la maison, j'ai repris les choses en mode "bourrin" (la seule chose que je sache faire en musique car je ne suis pas pédagogue de cette discipline) : bâtons pour marquer les pulsations sous la partition, battements avec les pieds... et ça a marché (mais ça aurait peut-être autant marché si j'avais insisté avec la méthode plus intuitive de la marche)
Je ne sais pas quelles conclusions en tirer, sinon que le corps et l'esprit ne font qu'un et que selon les individus et leur culture, l'apprentissage se fera mieux d'une façon ou d'une autre...

Appogiature
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Re: Comment écoutez-vous et recevez-vous la musique?

Message par Appogiature » dim. 16 sept., 2018 22:23

Lazur84 a écrit :
dim. 16 sept., 2018 19:43
(...) comme j'en parlais au prof d'instrument (saxo) il m'a rassurée en me disant : "Oui mais cette année on a mis en place au solfège une nouvelle pédagogie, absolument révolutionnaire (j'abuse à peine), qui passe par le corps ; on apprend les rythmes aux enfants par la marche, le mouvement" (je ne me souviens plus du nom de cette méthode) Et là, il me montre un exemple, je trouve ça très séduisant (waouh, un truc qui passe par le corps !) et je me dis que mon fils va peut-être rapidement comprendre.
Peut-être qu'il s'agissait de rythmique? Mais dans ce cas ce n'est rien de révolutionnaire, cette méthode ayant été mise au point il y a plus d'un siècle par Emile Jaques-Dalcroze.

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