Les mots peuvent-ils dire la musique ?

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Christof
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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par Christof » jeu. 12 sept., 2019 12:50

Petite musique de nuit

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D'abord il y a ce silence, cette ambiance. Le seul bruit de la flammèche d'une bougie. Ce son de la nuit. Un tête à tête avec soi-même à la lueur d’une flamme toujours présente. L'énergie de la nuit intérieure, mêlée de rêverie. La nuit, comme un feu de braises qui exerce son ascendant comme un regard. C'est la nuit qu'on se mêle vraiment à sa vie quand dévêtu, alors que nous songeons à nous coucher, un songe vide, un retour à soi s'arrête en nous. C'est l'envie, la nuit, de se laver parfois le cœur dans le silence. Quelque chose qui te choppe et qui te dis : "non, ce soir, tu ne te reposeras pas"... instant ressenti si intensément que le temps s'efface devant l'éternité.

S’asseoir, songer à l'univers du sommeil où ce soir nous ne pénétrons pas, au jour qui n'est plus. Regarder alors son lit, s'inquiéter peut-être de la journée à venir, de la lumière à venir, qui ne vient pas. Qui ne viendra pas tellement l'aube est lointaine pour celui que l'insomnie retient au-delà du jour.

Ce rapt de l'esprit, la nuit. C'est là aussi là que se transfigurent les fantômes.
La nuit quelquefois on crie à l’intérieur… on transforme sa vie en son résumé.
Et les étoiles tout là-haut continuent de briller...

C'est souvent aussi la nuit que vient l'inspiration, les moments de création.
Écrire la nuit. Les textes du jour ne peuvent grésiller ainsi. C’est pareil pour le piano, la nuit, le son n'est plus le même. Et si les mots parfois me font un peu peur, la musique toujours me rassure. Fermer les yeux, se lire le morceau, le penser très fort, voir courir ses doigts. Beau dans ma tête mais sûrement bien mieux au piano... Se lever, rejouer sur la pointe des pieds cette composition que j’avais appelée «Corps et âme» : on ne saurait mieux dire. Parce que je dis âme comme je dis enfant, l’enfant qui ne nous quitte pas, qui ne nous quittera jamais, quel que soit notre âge, cette enfance-là qui n’a rien à voir avec l’inexpérience ou la puérilité enfantine vit en nous comme la voix muette de l’infini. C’est un silence de neige autour de quoi tout se tait et écoute..
Qui n’a jamais entendu son silence murmurer en lui ? Il s’est élevé tôt en moi, et une fois entendu, je n’ai pu l’oublier.

Cette composition corps et âme à l'image d'un grand jardin : on y rencontre des bosquets isolés, de vastes pelouses, exactement comme dans le grand parc de Saint-Germain. Quelques heures durant sous la même charmille qui désormais bruissent pour toujours, une douceur qui rend grave comme devant les choses profondes et sacrées.
L’été s’était prolongé, l’automne avait été tardif.

La nuit, moments aussi pour relire Stefan Sweig, sa compassion présente dans chacune de ses nouvelles, la compassion qui console. Il y a chez Sweig non seulement quelqu'un qui vous dépeint des malheurs mais aussi quelqu'un qui vous caresse en même temps pour vous consoler de tous les malheurs qu'il vous donne à lire. On n'est jamais seul quand on lit du Stefan Sweig.

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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par sylvie piano » jeu. 12 sept., 2019 16:00

Merci Christophe.

".... Souviens toi de toi-même et retire à l'instinct
Ce fil (ton doigt doré le dispute au matin)
Ce fil dont la finesse aveuglément suivie
Jusque sur cette rive a ramené ta vie......"
La Jeune Parque. P. V.
Modifié en dernier par sylvie piano le jeu. 12 sept., 2019 22:17, modifié 1 fois.

Ninoff
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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par Ninoff » jeu. 12 sept., 2019 21:13

Cette composition « corps et âmes » pourrait s’apparenter au jardin de ton cœur où on y rencontre un jardin magnifique.
Les fleurs, les arbres, les plantes y sont magiques, les chants des oiseaux y est mélodieux et envoûtant, et la présence d’êtres aimés évoquent en toi une poésie des plus attachantes.
Un réel bonheur de te lire, tu as raison d’avoir peur des mots car comme en Musique leur justesse est tout un Art.

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elenajalan
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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par elenajalan » mer. 29 juil., 2020 16:35

Assez nouvelle venue par ici, je découvre ce fil littéraire via une autre discussion, je vais en savourer ces pages cet été : le peu que j'en ai lu m'a complètement ravie. Quelle jolie plume! =D>
L'instant présent, le seul moment qui glisse entre nos doigts et que l'on savoure pourtant...

roulroul2
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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par roulroul2 » mer. 29 juil., 2020 17:05

https://www.youtube.com/watch?v=a4EAZpzGsQs
Les poèmes d'un Léautaud
Ceux d'un Brassens, d'un Nougaro
La plume d'un Victor Hugo
Éclairent ma vie comme un flambeau
Alors gloire à ces héros
Qui par la magie d'un stylo
Et parce qu'ils font vivre les mots
Emmènent mon esprit vers le haut
Emmènent mon esprit vers le haut
La voix de l'Ancien déraille un peu, mais c'est pas grave. "Les mots", composée en 2016 par Renan Luce, très touchante.
Les mots peuvent-ils dire la musique ?
Ça ne fait aucun doute.

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Christof
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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par Christof » jeu. 30 juil., 2020 12:30

elenajalan a écrit :
mer. 29 juil., 2020 16:35
Assez nouvelle venue par ici, je découvre ce fil littéraire via une autre discussion, je vais en savourer ces pages cet été : le peu que j'en ai lu m'a complètement ravie. Quelle jolie plume! =D>
Merci elenajaln

roulroul2
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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par roulroul2 » jeu. 30 juil., 2020 13:46

J'ai oublié de remercier l'auteur des jolis textes sur ce fil. "Se revoir après des années" est de loin mon préféré. C'est non seulement bien écrit, et en plus tellement vrai.

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Christof
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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par Christof » dim. 13 sept., 2020 20:49

roulroul2 a écrit :
jeu. 30 juil., 2020 13:46
J'ai oublié de remercier l'auteur des jolis textes sur ce fil. "Se revoir après des années" est de loin mon préféré. C'est non seulement bien écrit, et en plus tellement vrai.
Merci beaucoup Roulroul, avec beaucoup de retard. Je ne viens de voir ton message que maintenant.

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Christof
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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par Christof » dim. 13 sept., 2020 20:54

Mais n'était-il pas déjà trop tard ?

Lorsque j’informai le professeur de mon intention de me présenter, il crut d’abord que je visais le degré au-dessous, appelé « concours d’honneur », et cette supposition me parut bien injurieuse parce qu’elle sous entendait que je ne pouvais prétendre à un titre élevé. Aussi précisai-je sans ambages que je ne visais à rien de moins qu’au degré le plus difficile, dit « concours d’excellence », après quoi je vis passer sur sa face ronde une ombre de contrariété. Mais, se reprenant aussitôt, il m’assura que, puisque tel était mon désir, je devrais aborder l’étude de ce morceau avec tout le sérieux dont il me savait capable, car ce ne seraient pas les concurrents de valeur qui manqueraient. Le doute que je lus dans ses yeux n’avait fait que renforcer ma décision : j’étais prêt à affronter tout ce que le monde comptait de pianistes aguerris.

Le jour-dit, qui avait lieu un samedi, le tirage au sort m’attribua le numéro treize : je devais être le dernier à passer sur scène. C’est d’un cœur serein que j’attendais mon tour dans une salle attenante. De là, j’entendais aussi d’autres candidats s’échauffer au piano. De celle juste à côté sourdait une belle sonorité d’un concurrent que j’avais croisé en arrivant. Et si ce que j’entendais alors - une technique qui semblait sans faille, la mienne n’avait rien à lui envier : j’esquissai d’un air nonchalant deux ou trois passages particulièrement ardus du morceau de concours imposé, à l’écriture hérissée et un peu tarabiscotée, pièce d’esprit romantique, bien que de composition récente. Il répliqua en me jetant la Campanella au visage et ce n’était pas mal non plus, mais alors, Dieu sait pourquoi, me virent sous les doigts quelques mesures de la Danse du sabre, qu’il reprit au vol en les complétant, cependant que j’étais déjà branché sur les cinq et sixième doubles de la Gavotte de Rameau, les dévidant un peu plus vite que je ne l’eusse dû d’un point strictement musical. A cette incursion dans le dix-huitième siècle, il fit écho en citant la Chaconne de Bach-Busoni. Alors, pour lui damner le pion, je revins au morceau du concours, dont j’exécutai de façon éblouissante la page quatre, de loin la plus redoutable, ce qui força quelques-uns des autres concurrents qui s’échauffaient encore à venir assister à cette joute qui commençait à ressembler au prologue d’un combat homérique, quand les héros s’apostrophent avant de brandir leur glaive.
Mais de combat il n’y eut point car l’appariteur ouvrit la porte qui donnait sur le théâtre et appela le concurrent, à trois reprises, en écorchant à chaque fois un peu plus son nom. Il disparut du côté de la grande salle et je repris plus sagement le cours de mes exercices de mises en train.
Mon veston neuf me gênait légèrement à l’entournure droite, habitué que j’étais aux pull-overs, mais surtout l’épaisseur du tissu commençait à m’inquiéter car la tiédeur ambiante eût exigé un vêtement plus léger.

En attendant mon tour, je ne cessai de m’essuyer le front et les paumes. Cette transpiration qui suintait de toute part, je voulais ignorer qu’elle était annonciatrice d’un accès de trac à la mesure de l’entreprise, un trac comme je n’en avais jamais éprouvé et qui tomba sur moi comme une chape au moment où l’avant-dernier concurrent fut appelé. Alors, dans cet endroit où les quelque minutes précédentes résonnaient encore les notes d’une ultime et hâtive répétition des traits les plus délicats, on n’entendit plus que le son d’un seul piano, le mien, et il me sembla que ce son s’amenuisait, devenait étriqué parce que mes bras avaient perdu de leur détente, ma vue s’obscurcissait, la peur s’insinuait dans mes membres qui se raidissaient comme si j’avais été pris de vertige.

Puis la chose la plus atroce se produisit : la porte s’ouvrit alors que je n’étais pas prêt et l’appariteur me fit signe de le suivre mais je ne le pouvais pas, mes jambes étaient à la fois rigides et molles. Je me dirigeai quand même vers cette porte qu’avaient franchie avant moi douze concurrents dont aucun n’avait reparu. Il me vint la pensée que le jury était un Minotaure qui se nourrissait des candidats, de leur chair, de leurs espoirs.

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Je ne sais trop comment je me trouvais tout à coup sur l’estrade, devant le beau Steinway. J’entendis le président du jury protester parce que quelqu’un dans la salle avait déclenché un flash pour prendre une photo : "Ce n’est pas la salle Wagram ici ", vociféra-t-il à peu près, et pourtant je devais ressembler à un boxeur groggy qui vient d’en prendre plein la tête et ne sait plus ce qu’il fait, sauf que le combat continue… Pour moi, il n’avait pas encore commencé et sans que je le sache encore, j’étais déjà knock-out.
Je tirai un kleenex de ma poche et fis une dernière tentative pour sécher deux rigoles poisseuses qui m’encombraient les mains.

Je fis face : j’écrasai le premier arpège et le piano couina de douleur sous cette agression… Il produisit un son étrange, un heurtement un peu suave. Le Steinway savait toutefois garder un ton courtois en toute circonstance et, pendant toute la première page, il ne cessa de traduire ma hargne avec une espèce d’aménité qui lui venait de l’époque lointaine où on l’avait mis au monde. Cela ne m’empêchait pas de me rendre compte avec une grande lucidité que mon bras droit, qui avait perdu toute souplesse, pesait trop lourdement dans les touches et que ma main gauche tremblait trop pour que tout cela ressemble vraiment à quelque chose. Ces informations que ma conscience enregistrait n’altéraient toutefois en rien, à ce stade, le sentiment de confiance que j’entretenais depuis que j’avais décidé de m’inscrire à ce concours.

Pour l’instant, j’étais battu sur tous les fronts mais je me disais en bas de la page deux que ce point d’orgue et longue respiration me permettraient de reprendre tout cela par une belle phrase chantante, déployant alors toute la beauté de mon style… Soudain nous y étions, et ce fut pire : ma main gauche se mis à trembler de plus belle, et ma droite aussi. Le son était affreux. Je jugeai avoir encore laissé une chance de me distinguer. Mais rien n’était perdu car, dans le passage de pure virtuosité qui allait suivre, celui-là même que j’avais si bien joué tout à l’heure, il était impossible que ma technique et musicalité me lâchât. Or sur ce plan - hormis le concurrent que j’avais entendu s’entraîner dans la salle d’à côté -, j’étais à peu près sûr de n’avoir pas de rival dans ce concours : il suffisait de franchir la page trois et sa mélodie lyrique qui maintenant m’indisposait - je venais juste de prendre conscience de sa mièvrerie - et d’atteindre la page quatre. Et je l’atteignis. Mais là se produisit un phénomène surprenant, analogue à la fin d’une bataille lorsque les différents corps d’une armée se disloquent et que survient la déroute : une soudaine et totale désynchronisation se profila entre une main gauche qui récitait impeccablement la leçon apprise, enfilant les tierces et ajustant octaves et dixièmes sans la moindre défaillance, et une main droite qui échappait désormais totalement à mon contrôle, bredouillant, prenant du retard, à moins que ce ne fut de l’avance. Je me sentais comme un canard décapité poursuivant sa course vaine, toute perte consommée, qu’interrompit enfin le crépitement strident de la sonnette que le président agita pour me signifier d’arrêter toute affaire cessante, me causant finalement un immense soulagement car cette machine complètement déréglée qu’était devenu tout mon corps, je n’eusse pu l’arrêter de moi-même et je ne sais à quelle profondeur d’abstraction musicale elle m’eût entraîné : seuls peut-être quelques solistes de free jazz ont atteint dans l’histoire un stade de dyskinésie aussi avancée.

Il ne me restait plus qu’à saluer, ce que je fis avec dignité.
Je sortis de scène, tandis que la salle me tournait le dos.

Derrière ce soudain silence, je n’entendais plus aucune musique, si ce n’est celle d’un terrible désespoir qui me fit promettre, à cet instant, de ne plus jamais toucher, jamais, à la musique.
Mais qui sait s’il n’était pas trop tard, déjà bien trop tard…

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roulroul2
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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par roulroul2 » lun. 14 sept., 2020 13:39

Alors, pour lui damner le pion,
On ne dit pas plutôt damer ?
Je chipote, car tes mots a toi peuvent non seulement dire de la musique, mais en plus raconter une belle histoire. C'est rudement bien écrit, c'est très imagé et ça me plait.
Derrière ce soudain silence, je n’entendais plus aucune musique, si ce n’est celle d’un terrible désespoir qui me fit promettre, à cet instant, de ne plus jamais toucher, jamais, à la musique.
La conclusion est un peu amère, terrible...


Manque plus qu'un polar avec en toile de fond un piano.... :D

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Christof
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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par Christof » lun. 14 sept., 2020 15:03

"Alors, pour lui damner le pion" : On ne dit pas plutôt damer ?
Je chipote, car tes mots a toi peuvent non seulement dire de la musique, mais en plus raconter une belle histoire. C'est rudement bien écrit, c'est très imagé et ça me plait.
Merci de m'avoir lu aussi attentivement. Ouh là là, elle est pas mal celle là ! Je devais penser à "damnation". Oui, tu as raison, c'est "damer". Je ne corrige pas car j'aime bien cette image de damnation...
roulroul2 a écrit :
lun. 14 sept., 2020 13:39
Derrière ce soudain silence, je n’entendais plus aucune musique, si ce n’est celle d’un terrible désespoir qui me fit promettre, à cet instant, de ne plus jamais toucher, jamais, à la musique. La conclusion est un peu amère, terrible...
Oui, mais il reste une note d'optimisme dans la phrase suivante... Tout est dans le "déjà trop tard" (quoique un peu terrible quand même)...
roulroul2 a écrit :
lun. 14 sept., 2020 13:39
Manque plus qu'un polar avec en toile de fond un piano.... :D
J'y ai souvent pensé... façon "mélodie pour un tueur"
Modifié en dernier par Christof le lun. 14 sept., 2020 15:14, modifié 5 fois.

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amalfi
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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par amalfi » lun. 14 sept., 2020 19:20

Très beau texte Christof. Il a dû évoquer des moments difficiles à quelques-uns de nous :lol:

Je me souviens d'une audition (pas celle récente que j'ai ... subie, grmpf) où la jeune pianiste a commencé la Marche turque, en décalant sa main gauche d'une quarte ou d'une tierce, et d'y aller gaiement. L' effet est joli par moments mais terriblement dissonant à d'autres, retombant de-ci de-là sur ses pieds (c'est la beauté du jazz). L'obstination qui se met en place lorsqu'on ne sait plus est très drôle ! Ce fut remarquable ! Ce sont des moments dont on se remet, et qui sont je crois formateurs.

Encore merci pour ce texte.

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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par roulroul2 » mar. 15 sept., 2020 3:04

J'y ai souvent pensé... façon "mélodie pour un tueur"
Je plante le décor, quoique je n'ai pas ton talent pour raconter...
Un bon polar bien noir avec comme personnages principaux un truand grand, beau, en débardeur blanc, tatoué sur chaque bras et une jolie pianiste avec des doigts tout fins, vêtue d'une robe a fleurs, qui tombent bien sur amoureux l'un de l'autre. Faudrait rajouter des grandes pièces dans de belles demeures avec de beaux plafonds ornés, et aussi de beaux parquets en chêne ciré qui craquent, avec un beau piano noir laqué posé au milieu. Ne surtout pas oublier les horribles méchants mal rasés, cigarette aux lèvres et casquettes de travers sans foi ni loi qui découpent les coffres au chalumeau, qui impriment dans la cave de faux billets de 50 francs, et qui n’hésitent pas a buter si besoin les gêneurs d' une rafale de mitraillette. Et comme dans toute bonne série noire les bruits de silencieux des pistolets par la vitre baissée d'une DS noire. Et des flics pas futés en gabardine et chapeau, qui arrivent toujours trop tard avec leur 404 Peugeot.

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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par Christof » mar. 15 sept., 2020 15:17

roulroul2 a écrit :
mar. 15 sept., 2020 3:04
Et des flics pas futés en gabardine et chapeau, qui arrivent toujours trop tard avec leur 404 Peugeot.
Merci Roulroul.
Genre ambiance :
https://www.youtube.com/watch?v=jHeFg45Tz98#t=6m16s

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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par Christof » mar. 15 sept., 2020 15:22

amalfi a écrit :
lun. 14 sept., 2020 19:20
Très beau texte Christof. Il a dû évoquer des moments difficiles à quelques-uns de nous :lol:

Je me souviens d'une audition (pas celle récente que j'ai ... subie, grmpf) où la jeune pianiste a commencé la Marche turque, en décalant sa main gauche d'une quarte ou d'une tierce, et d'y aller gaiement. L' effet est joli par moments mais terriblement dissonant à d'autres, retombant de-ci de-là sur ses pieds (c'est la beauté du jazz). L'obstination qui se met en place lorsqu'on ne sait plus est très drôle ! Ce fut remarquable ! Ce sont des moments dont on se remet, et qui sont je crois formateurs.

Encore merci pour ce texte.
Merci beaucoup Amalfi de ce retour. Oui, j'imagine qu'on a tous eu des expériences plus ou moins similaires... Il y en aurait à raconter !!

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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par roulroul2 » mer. 16 sept., 2020 8:22

Gabin...Blier...Bébel...On en redemande.

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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par Ninoff » jeu. 17 sept., 2020 18:40

Expérience terrible a vivre...
Il ne faut jamais être trop sûr de soi, nos réactions sont parfois imprévisibles.
C’est pourquoi il faut se préparer intensément et rester humble et solitaire avant de se confronter au jury...
😓😓

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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par Christof » ven. 18 sept., 2020 10:33

Ninoff a écrit :
jeu. 17 sept., 2020 18:40
Expérience terrible a vivre...
Il ne faut jamais être trop sûr de soi, nos réactions sont parfois imprévisibles.
C’est pourquoi il faut se préparer intensément et rester humble et solitaire avant de se confronter au jury...
😓😓
J'aime beaucoup écrire, liberté d'inventer. Mais le plus souvent, il semble que la réalité dépasse la fiction...

Comme tu le rappelles si bien Ninoff, le piano est une école de modestie.
Jouer est un art difficile qui à mon avis doit marier une certaine confiance au doute permanent.
Tout est aussi dans le mot "jouer", qui suppose que l'on ait à dire, dans sa voix la plus originale et émerveillée. A la fois légère et poignante...

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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par roulroul2 » ven. 18 sept., 2020 11:26

Ou se trouve la limite entre la poésie et la musique ? De nos jours les deux réunies donnent le plus souvent une "chanson".
J'avais lu, mais je ne sais plus trop ou que les grecs, puis les romains dans leurs théâtres déjà à l'époque avaient inventés une sorte de poésie chantée. Je crois, sans être balèze en histoire antique que l'un des symboles de la poésie serait justement une lyre.

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Re: Les mots peuvent-ils dire la musique ?

Message par Christof » ven. 18 sept., 2020 11:51

Dans la mythologie grecque, la lyre proviendrait d'Hermès, qui fut le premier à en fabriquer une. Ce dernier l'a donna à Apollon*, dieu des arts, de la musique et de la poésie.
* Phébus, chez les Romains

Il y a aussi Orphée, qui dans l'esprit grec représente la musique qui apaise et transforme, la parole qui persuade, et la poésie indissolublement liée à la musique. Lui aussi tient une lyre à la main, figure du musicien, amant de la musique.

Erato (la charmante), nymphe marine, muse de la poésie, tient aussi une lyre dans les mains.
Modifié en dernier par Christof le ven. 18 sept., 2020 12:11, modifié 3 fois.

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