Claude Bolling n'est plus

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Jacques Béziat
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Claude Bolling n'est plus

Message par Jacques Béziat »

Claude Bolling nous a quittés, le fameux compositeur de la musique de Borsalino, et de tant d'autres morceaux, prof de jazz, à 90 ans.
« Être pianiste... n'est pas une profession. C'est une philosophie, un style de vie. »
Michelangeli
piano bien tempéré
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Re: Claude Bolling n'est plus

Message par piano bien tempéré »

:(
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Christof
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Re: Claude Bolling n'est plus

Message par Christof »

Oui, triste.. C'est comme un peu de ma vie qui fout le camp aussi. Cela dit, quatre-vingts dix ans, c'est un très bel âge. Une belle vie. J'ai su que Claude Bolling existait quand j'en avais neuf... Un attachement particulier pour moi (je remets ci-dessous quelque chose que j'avais écrit dans un autre fil...):

"J'adorais jouer ce morceau, ce style de musique ("Le troisième homme"). Certainement son côté dansant. Alors vous imaginez ma joie lorsque pour mon anniversaire, je devais avoir 9 ans, mes parents m'ont offert ce disque de Claude Bolling : "Original ragtime". Ils avaient bien senti combien cela me plairait.
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Et alors là... cela a été la révélation. On ne pouvait plus me décoller du tourne disque. Cette musique (et peut-être juste un peu plus tard quand j'ai découvert Fats Waller), c'était ma plus grande joie, comme si j'avais vécu à cette époque. Ragtime, qui veut dire "temps déchiré, déchiqueté, en lambeaux". Je ne sais pas pourquoi, mais alors je suis vraiment tombé en syncope, je veux dire par là adoré ces décalages, et que c'est certainement en écoutant cette musique que j'ai dérivé après vers le jazz.

J'aimais tout dans ce disque, mais trois morceaux ont alors particulièrement retenu mon attention : bien sûr, "Mapple Leaf rag", mais je crois que mon préféré d'alors, c'était "Temptation rag". A l'époque, j'avais demandé à mon père de me trouver la partition chez les marchands, mais cela n'existait pas (le marchand avait bien des partoches de ragtime, mais pas celle-là). Du coup, j'essayai de copier à ma façon. Le résultat était un peu nul, mais j'essayais, j'essayais.

Heureusement, est sorti finalement (mais bien plus tard), le recueil de toutes les partoches des morceaux de ce disque.

D'ailleurs, concernant "Temptation rag", on peut faire de très bons exercices... Finalement, je n'en ai presque jamais fait des exercices, ni vraiment des gammes (je veux parler ici du Hanon ou autres...). J'ai toujours appris cela directement dans les morceaux.

Exemple :
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Et ça : montée chromatique, à la tierce, avec ruse à la fin...
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nb : il y a 3 b à la clé


Ici, la version complète, jouée par Claude Bolling :


Enfin, dans ce disque "Original ragtime", ce morceau incroyable "Kitten on the keys" (de Zez Confray) .... qui finalement inclut un passage qui sonne un peu boogie woogie
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Ici jouée par Claude Bolling


Peut-être que cela vous donnera envie de les jouer, d'acheter le CD et les partochs aussi !

Ce disque, je l'ai toujours, pochette un peu déchirée (forcément, c'est du ragtime)... Finalement, c'est grâce à lui que j'ai pu découvrir cette musique.

J'ai toujours aimé sa musique en big band (finalement pas tant que cela son jeu au piano - sauf lorsqu'il joue le ragtime), et ses musique de film (par exemple Borsalino...).


A signaler cet ouvrage :

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Extrait :
Premiers sons
Bien avant tout cela, mes parents habitaient une impasse dans le quinzième arrondissement, appelée square du Champ de Mars. Cette enclave dans un groupe d'immeubles servait de terrain de jeux aux enfants du quartier. Je devais avoir quatre ou cinq ans quand le Père Noël m'a apporté une bicyclette. Comme mes mains étaient encore trop petites pour en serrer les freins, mes élans n'étaient arrêtés que par les murs, les bordures de trottoirs ou les malheureux passants. Je n'étais que plaies et bosses et j'en ai encore des marques !

À cette époque, il y avait des musiciens et des chanteurs de rues. Ces artistes se plaisaient à venir exercer leur talent dans cette impasse dont l'acoustique faisait caisse de résonance et favorisait leurs voix. Ils y allaient de bon coeur avec des chansons populaires de l'époque ; Le temps des cerises, Le chaland qui passe, Le plus beau de tous les tangos du monde, ponctués par le tintement des pièces de monnaies jetées des fenêtres et accueillies par des «Merci bien, m'sieurs-dames !»

Et moi, à mon tour d'imiter ces chanteurs, si bien qu'aux dîners, on me faisait monter sur la table au dessert et j'y allais de mon refrain : «C'est nous les gars de la marine, quand on est dans les cols bleus, on n'a jamais froid aux yeux» que je concluais comme les artistes des rues par : «Merci bien, m'sieurs-dames !», ce qui me valait quelques pièces pour ma tirelire. Mes premières prestations !

J'allais à l'école primaire de mon quartier, près de l'Église Jeanne d'Arc. À la fête de l'école, la directrice jouait au piano la Marche Militaire de Franz Schubert, réunissant autour d'elle les enfants à qui elle donnait à chacun un instrument de percussion, qui un triangle, un tambourin, des castagnettes. La maîtresse, trouvant que j'étais celui qui avait le plus le sens du rythme, m'avait attribué le tambour. Suivait la distribution des prix de fin d'année scolaire. Tous recevaient une récompense sauf moi ! Maman racontait plus tard qu'elle croyait qu'on m'avait oublié... mais j'ai été appelé en dernier, car j'avais obtenu le prix d'excellence ! Ce qui est étonnant, c'est que je n'avais pas la notion d'avoir travaillé à l'école. Ce prix était ce qui me semblait un énorme livre, Les mémoires d'un âne de la Comtesse de Ségur, rouge, doré sur tranche. Sans le savoir, j'avais été le meilleur de l'école en tout. Quand je pense que des années plus tard, à la période niçoise pendant la guerre, j'étais devenu si mauvais que j'étais parmi les derniers de la classe. Il se passe des choses mystérieuses dans le cerveau ! Avec soixante-dix ans de recul, je réalise qu'après avoir tenu le tambour à l'école, on m'avait mis à la grosse caisse de la musique militaire.
Modifié en dernier par Christof le jeu. 31 déc., 2020 13:18, modifié 4 fois.
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Jacques Béziat
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Re: Claude Bolling n'est plus

Message par Jacques Béziat »

Je pense que la plupart d'entre vous connaissez cette vidéo, mais pour ceux qui ne la connaissent pas, un régal !

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Jacques Béziat
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Re: Claude Bolling n'est plus

Message par Jacques Béziat »

Robert Hossein, le comédien et metteur en scène, vient de nous quitter également, juste après Claude Brasseur.
Chaque hiver, c'est l'hécatombe parmi les gens ordinaires comme pour les artistes... :(

Et ça, c'est aussi l'effet de l'âge : plus on vieillit, et plus tous les gens qu'on a connus, famille, amis, gens célèbres qu'on a admirés et aimés, disparaissent autour de soi. C'est tout une époque, un monde, qui disparaissent avec.
Je pense que vivre trop longtemps n'est pas souhaitable, surtout si on n'a pas (ou plus) d'enfants. :roll:
« Être pianiste... n'est pas une profession. C'est une philosophie, un style de vie. »
Michelangeli
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