Le fil de Poppotame - Standchen et 4 mains avec le fiston

Théorie, jeu, répertoire, enseignement, partitions

Modérateur : Modérateurs

Répondre
fritz
Messages : 227
Enregistré le : ven. 13 nov., 2020 23:37
Mon piano : Yamaha U3

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par fritz »

C'est très bien interprété, on sent que tu mets beaucoup de toi là-dedans. J'adorais le poppotame technicien mais je me demande si je ne préfère pas le poppotame poète finalement. Bon courage pour traverser cette période difficile, puisse la musique t'y aider.
Avatar du membre
Presto
Messages : 4250
Enregistré le : sam. 19 juil., 2014 17:07
Mon piano : Roland FP80, Erard/Schimmel 130 cm
Localisation : Liège

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par Presto »

Beau Fauré, émouvant, mais navré de lire ces nouvelles Alain. Je ne sais que dire alors je te remercierai de ton post et aussi bêtement d'être là sur ce forum avec tes connaissances, le soutien sans failles que tu nous apportes mais surtout ta très grande gentillesse . Et puis, comme dit mon prof dans les moments durs "heureusement qu'il y a la musique", ce n'est pas un vain mot.
"Vivi felice" Domenico Scarlatti
Avatar du membre
elenajalan
Messages : 348
Enregistré le : sam. 21 mars, 2020 17:03
Mon piano : Rameau
Localisation : Morvan (Bourgogne)

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par elenajalan »

Je découvre toujours Fauré avec bonheur : d'abord ce fut le Requiem joué dans une cathédrale... Sublime... Paradisiaque...
Au piano, j'adorais déjà ses Nocturnes (joués par Eric Le Sage), surtout les 7 premiers, alors cette "petite" pièce m'a enchantée illico. Belle tonalité comme toujours chez Gabriel, et qui te sied à merveille. Entre parenthèses, =D> pour ce premier prix de déchiffrage. Comme quoi, les difficultés sont toutes relatives ! :wink:
Alors, entre le Poppotame technicien et le Poppotame poète, moi je choisis le Poppotame musicien, car depuis quelques mois que j'erre sur ce forum, découvrant des sensibilités artistiques différentes chez ceux qui partagent avec les lecteurs un peu de leur coeur, de leur âme, par leur amour du piano, j'ai toujours trouvé le Poppotame fort musicien.
Quelle poésie indicible dans le Nocturne op 27 2, et dans l'Etude op.25 6 ! Quant à la dentelle des Scarlatti, elle m'a envoûtée comme une drogue... sans parler du Prélude 2 de Bach, si vivant, si dynamique, si moderne je dirais.
Pour moi il n'y a pas de choix à faire, même si je comprends ce dont veulent parler les autres PMistes qui t'ont commenté. Je trouve que ta magnifique et impressionnante technique "s'efface" derrière la poésie parce qu'elle la sert avec rigueur, sans concession, sans faille (à mes yeux). Comme en tout art, le summum c'est de faire croire à la simplicité, que les morceaux que l'on entend nous embarquent avec facilité vers un ailleurs : rêverie et contrastes chopiniens, chants d'oiseaux baroques et dynamiques, swing, jazz et lunettes noires sur un Lucas Debargue ébouriffant....
Belle continuation à toi Poppotame, c'est toujours un immense plaisir que de t'écouter.
Avatar du membre
quazart
Messages : 3629
Enregistré le : dim. 04 juin, 2017 0:06
Mon piano : Yamaha C1X, Kawai CA67
Localisation : ND du Guildo (22) et Rueil Malmaison (92)

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par quazart »

Bravo pour ce très beau moment de poésie qui sort de tes sentiers habituels, tu te glisses avec bonheur dans cet univers si subtil et raffiné...

Bon courage pour les moments difficiles que tu traverses !
Dieu a créé le chat pour que l'homme puisse caresser un tigre

Mes enregistrements
poppotame
Messages : 1062
Enregistré le : ven. 26 juin, 2015 15:23
Mon piano : Yamaha C2X
Localisation : Cagnes sur Mer
Contact :

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par poppotame »

mh_piano a écrit : mar. 23 mars, 2021 15:05 Merci Poppotame pour cette belle interprétation débarrassée du stress du déchiffrage en 1h ! Et agrémentée sans doute des remarques approfondies du jury, belle récompense de ta participation à ces épreuves. Ayant joué ce morceau cela m'intéresserait évidemment beaucoup d'en savoir plus sur leurs remarques.
Merci beaucoup mh_piano !!! Oui je vais essayer de préparer ça cette semaine, toutes ces explications qui ont été données sont extrêmement utiles et seront très profitables à tous !

@Presto :
Merci beaucoup à toi pour ton écoute toujours bienveillante !
fritz a écrit : mar. 23 mars, 2021 18:24 C'est très bien interprété, on sent que tu mets beaucoup de toi là-dedans. J'adorais le poppotame technicien mais je me demande si je ne préfère pas le poppotame poète finalement
Un grand merci à toi fritz pour ton commentaire qui me fait vraiment très plaisir !!!!!

@elena :
Merci infiniment pour ces gentils mots ! Ton commentaire est vraiment une très belle poésie, je vais m'en inspirer pour mes interprétations futures !!!
quazart a écrit : mer. 24 mars, 2021 1:16 Bravo pour ce très beau moment de poésie qui sort de tes sentiers habituels, tu te glisses avec bonheur dans cet univers si subtil et raffiné...
Je suis ravi quazart que tu aies apprécié ce moment, je sais que tu aimes beaucoup Fauré, content que cela t'ait plu !!

@tous :
Même si mon prochain post sera un Liszt plutôt virtuose, le Poppotame postera davantage de poésie à l'avenir, car trop content que vous appréciiez !
Avatar du membre
Christof
Messages : 3701
Enregistré le : lun. 18 avr., 2016 17:08
Mon piano : Yamaha G3
Localisation : Paris 75020

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par Christof »

Merci Poppotame d'avoir mis en ligne la vidéo que tu as présentée pour le déchiffrage du concours dans ton autre fil. Je suis assez époustouflé par la vitesse de réalisation que tu as pu avoir, et surtout de la compréhension si vive que tu as eue de ce morceau par rapport à cette épreuve en temps limité.
Et c'est super intéressant d'avoir les retours du jury. Cela m'intéresse beaucoup parce que je travaille aussi ce morceau.
L'erreur dont tu parlais, question solfège, est-ce dans la mesure 7 ou tu joues la première double croche mg comme une croche ? Tu joues croche double double à la mg alors qu'il aurait fallu jouer double double, croche. C'est bien cela ? En fait, il est pas facile ce passage. Je ne sais pas si cela t'a fait ça : c'est exactement la même chose qu'au début de la partition, même esprit (croche puis doubles.. mais on a tendance à ne pas le voir, on a aussi tendance à ne pas comprendre la fluidité, la dynamique de la même façon, alors qu'elle est semblable....

J'ai mis aussi pas mal de temps à réagir à ton fil parce que je voulais trouver le temps de pouvoir écrire tout ce qui suit :
C'est aussi très intéressant de voir pour moi aussi ton choix d'interprétation (là je parle de ta vidéo sur ce fil), le tempo que tu retiens. Tu dois être autour de 120 à la noire. Après, je pense aussi que c'est une question de goût, le choix du tempo. De mon côté, je reste beaucoup plus lent, autour de 70 à la noire.
J'ai la chance d'avoir pu étudier ce morceau (je suis encore dessus d'ailleurs) avec une prof assez géniale et je m'autorise alors à te dire des petites choses qui pourrait peut-être te permettre de peaufiner plus. Disons aussi que tout n'est pas forcément à prendre à la lettre, il y a aussi des choix qui sont propre à chacun.

- Mesure 2, dernier temps MD joue beaucoup moins fort pour aller faire mourir sur le sol et pareil mesure 4
Il faut aussi bien penser dans ta tête, mesure 2, ce do# MD avec ce si grave MG (donc une 9e), c'est pour cela que je te dis de jouer moins fort ensuite, pour mieux faire sentir la résolution.
C'est encore plus prégnant mesure 4, ce la MD avec cette basse Sol# (9eb), qui fait qu'on doit sentir cette tension, et cette détente ensuite, qui est encore plus géniale parce qu'au lieu de ramener sur le I, amène sur VI, donnant un effet de surprise.

- mesure 5, 3ème et 4e temps, essaie de jouer encore moins fort les doubles, pour que la première note, le do# soit mis en valeur, sans qu'on ait besoin de trop marquer un accent, et le crescendo va être justement à chaque fois dans les mesures suivantes dans le dosage de cette croche, qui permet alors d'encore mieux faire entendre cette suite do#, ré#, mi# et c'est à partir de ce mi# que tu dois encore faire monter ce crescendo jusqu'à la résolution. Pour donner aussi plus d'ampleur à ce crescendo, ralenti les 4 doubles croches du 4ème temps de la mesure 7 en leur donnant le juste poids qui t'amène au forte sur le si # , ce qui donnera plus d'ampleur à ce passage.

Mesure 9, 3ème temps : joue encore moins fort ta première note de l'arpège (le sol # et encore plus douce) en visant l'intensité finale du la (1er temps et demi mesure 10.

Mesure 11 : attaque bien moins fort le triolet... il faut penser la montée du crescendo à partir de cela pour arriver au climax, ce la MD mesure 16 et donc il faut super doser cette montée progressive... là tu pars de trop fort pour que cela prenne vraiment toute son ampleur. Il faut aussi vraiment veiller à jouer le moins fort possible, mesure 12 ce mi ré do # et en fait y penser à chaque fois que cela se représente dans la suite (en fait on ne doit presque pas l'entendre pour ne pas brouiller le chant de mélodie, 3 notes que tu joues bien trop fort mesure 15 (le lab solb fa bécarre) [ nb : rassures-toi, je fais pareil, alors que je le sais tellement ce truc, c'est pour cela que dans un des messages de mon fil j'ai mis cette remarque que lorsqu'on s'enregistre (ou pire quand on est en condition de "concert", on ne pense plus bien... on oublie ce qu'il faut vraiment faire, le juste dosage.

Idem, pour arriver à ce climax, ce forte, cette note (le la) qui en fait est le point le plus important du morceau, qui va nous faire basculer ensuite dans quelque chose de nouveau, tu dois ralentir ce sib dob réb MD mesure 15 pareil que ma remarque précédente en donnant un poids à chaque note et pareil sur les notes qui suivent, en visant cette arrivée sur le la (tu cavales un peu trop) et jouer l'accompagnement sur la syncope du 3ème temps, encore moins fort que tu ne le fais
Il faut aussi que tu penses encore plus le sol# qui suit comme un autre monde où l'on pénètre, et donc jouer cela un peu différemment, et aussi moins fort MG et MD les doubles qui accompagnent, sauf la première (1er temps), 1ere troisième temps, ainsi de suite pour bien faire entendre cette descente : do# si, la#, la bécarre,ré bécarre, ré dièse, mi, sol#, sol#, do# (ce que tu fais déjà très bien), mais tu joues trop fort l'accompagnement (tu peux ainsi encore plus faire ressortir le chant MD).

Mesure 20, tu dois absolument couper la pédale pour qu'on n'entende plus que le mi de mélodie tout seul sur cette syncope de fin du deuxième temps, pareil syncope du 4 e, pour qu'on entende juste le ré de mélodie à cet instant. Tu verras, l'effet est saisissant.

Mesure 22 : on ne doit presque pas entendre aux deux mains les notes de triolets pour mettre en valeur ce sol# de mélodie, pareil mesure 24 (j'ai beau le savoir, je n'ai pas respecté aussi quand j'ai joué en concert live).

Bon, j'ai mis le principal. Il y aurait tellement à dire. C'est sans fin.

Dans un autre domaine, j'ai trouvé aussi autre chose de très intéressant avec ton fil, c'est de parler de "petit morceau" (je comprends que tu voulais dire "seulement deux pages") et que cette interprétation jouée venait du plus profond de toi même. Et là, je ne comprends pas bien. Comme si tu nous disais qu'avant cela n'était pas du plus profond de toi-même ? Que là, tu étais poète.

Tu écris "Même si mon prochain post sera un Liszt plutôt virtuose, le Poppotame postera davantage de poésie à l'avenir"
Pourquoi ne serait-on pas poète avec la virtuosité ? Tu veux dire qu'avant, tu n'étais pas poète dans ta tête Je ne comprends pas bien.
Ou alors veux-tu dire que tu es arrivé à un passage très important dans ta progression, une prise de conscience grâce au retour de ce jury, qui montre l'infinité de ce que recèle une partition, l'immensité du génie du compositeur (il y aurait tellement de chose à dire harmoniquement par exemple sur ce joyau qu'est cette improvisation), pour faire vivre au plus profond la musique, la comprendre et pouvoir alors la livrer au prisme de notre ferveur de musicien, en faire un peu sa propre création.
Alors c'est super chouette. Se trouver soi-même dans une partition. On est sans arrêt en évolution.
Trouver toute ses forces dans le piano, dans la richesse de la musique et notre ferveur à vouloir l'approcher.

J'adore ma prof. Elle ne me passe rien, mais c'est toujours fait avec une grande gentillesse. Elle va toujours me chercher au plus profond de moi. La technique n'est pas grand chose (bien sûr il en faut), l'essentiel c'est qu'on ne la voit pas (bon, moi, j'en ai pas des masses, et c'est sûrement aussi pour ça qu'on ne la voit pas :D ).
Je suis en train de travailler Hivernale, de Reynaldo Hahn et cela fait pas mal de temps. Quand on regarde la partition, cela n'a l'air de rien comme ça. Je trouve que c'est un des morceaux les plus difficiles que je n'ai jamais joué. 3 pages. Je pense que c'est du niveau de 3 ans de piano, mais de 40 ans de vie de pianiste... Donner à voir cette ambiance d'hiver, ces pas feutrée dans la neige, quelque chose de tragique aussi. Une harmonie comme figée par le froid, mais c'est comme si on avait pris la neige à même la peau dans ses mains, sentir ses mains qui brûlent.
poppotame
Messages : 1062
Enregistré le : ven. 26 juin, 2015 15:23
Mon piano : Yamaha C2X
Localisation : Cagnes sur Mer
Contact :

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par poppotame »

Merci beaucoup Christof d'avoir pris le temps de m'écouter et d'avoir longuement commenté !!!!

Alors, je commencerai par répondre en partie à ton message.
Christof a écrit : mer. 24 mars, 2021 17:58 C'est aussi très intéressant de voir pour moi aussi ton choix d'interprétation (là je parle de ta vidéo sur ce fil), le tempo que tu retiens. Tu dois être autour de 120 à la noire. Après, je pense aussi que c'est une question de goût, le choix du tempo. De mon côté, je reste beaucoup plus lent, autour de 70 à la noire.
Tout d'abord, pour le tempo, je suis surpris de .... ton tempo.
Sur la partition, Fauré a indiqué 72 à la noire et c'est le tempo que je prends.
As - tu la même édition que moi ?
Je ne comprends pas bien le 120 à la noire que tu trouves ....
J'ai mesuré à peu près, et je dois être entre 72 et peut être 76 par moments.
Christof a écrit : mer. 24 mars, 2021 17:58 Dans un autre domaine, j'ai trouvé aussi autre chose de très intéressant avec ton fil, c'est de parler de "petit morceau" (je comprends que tu voulais dire "seulement deux pages") et que cette interprétation jouée venait du plus profond de toi même. Et là, je ne comprends pas bien. Comme si tu nous disais qu'avant cela n'était pas du plus profond de toi-même ? Que là, tu étais poète.
Oui par petits morceaux, j'entendais bien sûr des pièces plus courtes à jouer.
Après tu sais l'interprétation varie aussi beaucoup selon le contexte dans lequel on vit, l'atmosphère dans laquelle on se trouve, l'état d'esprit, etc etc ...
Toutes mes interprétations viennent du cœur, mais peut être celle-ci venait - elle d'une dimension encore différente, d'un autre état d'esprit ?
En général, il est assez rare que je joue un morceau plusieurs fois de la même façon.
Christof a écrit : mer. 24 mars, 2021 17:58 Tu écris "Même si mon prochain post sera un Liszt plutôt virtuose, le Poppotame postera davantage de poésie à l'avenir"
Pourquoi ne serait-on pas poète avec la virtuosité ? Tu veux dire qu'avant, tu n'étais pas poète dans ta tête Je ne comprends pas bien.
Oui, on peut jouer des œuvres très virtuoses avec de la poésie. Je suis tout à fait d'accord avec toi. Je n'ai jamais opposé les deux. Et je n'ai jamais mis en avant l'aspect virtuose par rapport à l'aspect poétique.
D'ailleurs qu'entends tu par virtuosité ?
Comme je le mentionnais sur mon interprétation du prélude de Rach, la partie centrale est d'une poésie remarquable, mais d'une virtuosité époustouflante ... pourtant il n'y a pas tant de notes que ça à la minute.
Même lorsque j'ai abordé les Etudes de Chopin, j'ai toujours mis en avant la partie poétique.
Je prendrais l'Etude en tierces en exemple. C'est la plus dure des 24. Alors oui, j'aime les challenges, je voulais arriver à la "dompter", j'y ai passé deux ans pour cela. Je voulais me "mesurer" à la plus dure. C'est dans ma nature, j'ai toujours aimé les défis (comme le jour où plus jeune j'ai fait du saut à l'élastique !!!)
Mais l'aurais - je fais (je parle d'étudier l'Etude en tierces la!) si je n'avais pas été subjugué par la beauté de cette œuvre et l'interprétation qu'en fait Lucas Geniusias par exemple ?
Jamais.
Mais quel intérêt d'ignorer que c'est également une des plus poétique de l'op 25, d'ignorer la mg qui ne fait pas de tierces ou presque ?
Quel intérêt même de ne pas chanter les tierces ?
La jouer comme une mécanique la rend hideuse, la jouer avec le cœur la rend une des plus belles du recueil.
La virtuosité doit toujours se mettre au service de la poésie, la musique est un art avant tout.

Après quand je dis que je veux poster davantage de poésie, j'entendais par la des morceaux plus abordables "techniquement parlant", sans être obligé de passer trop de temps sur des traits virtuoses, (oui comme tout le monde ça me gonfle de passer une soirée à essayer de faire sortir un arpège correctement). Cela ne voulait pas dire jouer avec plus de poésie dorénavant que dans les morceaux que j'ai déjà postés (même si c'est bien sûr possible !!).
Je prends l'exemple de Saint François de Paule. C'est un morceau extrêmement virtuose que j'ai commencé en début d'année. Je pense poster une version bientôt ici. Mais il est également très poétique. Une dimension mystique et spirituelle unique même. Le premier morceau de ce style que j'aborde. Je l'ai découvert lorsque j'avais 9 ans, lors de ce fameux concert d'élèves avec ma première prof, la rouquine !
La dernière élève jouait ce Liszt, et jusqu'à présent j'étais bien incapable de le jouer car moyens trop limités. Mais j'ai toujours voulu le jouer, toujours. Depuis longtemps.
Mais tu vois, je commence uniquement à bien le maitriser au bout de trois mois. Alors, que pour Fauré, le texte étant moins fourni en note, je me suis fait vraiment plaisir au bout de .... 1H.
C'est cela que j'entendais par la. Un peu moins de virtuosité "digitale" comme dans certains Liszt, et me faire plaisir plus rapidement comme dans certains morceaux assez courts. En ce moment, je commence aussi le Prélude de Bach / Siloti / Gilels. Je me fais déjà plaisir au premier déchiffrage, cela n'a pas été le cas avec Liszt, où il m'a fallu beaucoup de temps pour maitriser le texte.
Et pour quelqu'un qui déchiffre assez mal comme moi, il me faut pas mal de temps pour connaitre le texte ...
En ce moment, j'éprouve le besoin de me faire plaisir très vite, en étant affranchi des problèmes de technique pure qui parfois prennent beaucoup de temps. Mais ce n'est pas une constante, ca peut changer avec le temps.

Mais dans tous les morceaux, j'ai toujours pensé poésie avant tout. Toujours. Mes professeurs me l'ont appris. Même ma première prof, la rouquine. C'est même elle qui m'a fait aimer Chopin. Même si j'aime aussi bien sûr les challenges de technique "digitale" pure. Oui j'aime ça. Mais l'un n'a jamais empêché l'autre, cela n'a jamais été antinomique.
Après peut être que cela ne s'est pas ressenti dans mes interprétations, c'est tout à fait possible.
Certains ont pu croire que j'aime faire uniquement des effets de style, un show permanent. Non il n'en n'est rien.
Parfois dans mon travail, je passe des heures sur une seule ligne mélodique. Si je ne voulais faire que des effets de pure virtuosité digitale je ne me donnerais pas cette peine.
Après il est tout à fait possible que dans les œuvres dites "virtuoses" je n'arrive pas assez à faire sortir cette dimension poétique, car surement trop accaparé par l'aspect technique ! Un commentaire récent de fritz me disait qu'il aimait bien le Poppotame virtuose mais qu'il préférait le Poppotame poète. C'est certes un compliment, mais cela voulait peut être aussi sous entendre que je n'étais pas assez musical dans les œuvres très techniques et que j'y arrive peut être mieux dans les œuvres moins exigeantes digitalement.

En tout cas, merci à toi Christof de poser toutes ces bonnes questions, cela permet peut être davantage d'expliquer mon ressenti quand je joue et peut être aussi d'apporter des réponses à ceux qui m'écoutent. C'est cela la magie de ces forums. De connaître le ressenti d'autres musiciens qui nous écoutent.

J'espère que mes réponses t'auront éclairé.
Je répondrai à tes autres points un peu plus tard.
Avatar du membre
Christof
Messages : 3701
Enregistré le : lun. 18 avr., 2016 17:08
Mon piano : Yamaha G3
Localisation : Paris 75020

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par Christof »

Oui, merci Poppotame pour ta longue réponse qui permet de parler du fond de la musique, de ce qui nous relie tous et de me faire mieux comprendre ce que tu avais écrit.

Oups, mille excuses pour l'histoire du tempo.. Dans ma tête, j'ai toujours senti que cette pièce devait être jouée lentement. Mais alors là, pour le coup, c'est vrai que je la joue hyper lentement et pas du tout à celle qu'à voulu le compositeur. J'ai pensé à la croche en pensant que c'était à la noire...

Pour répondre à ta question, la virtuosité pour moi, c'est quand quelque chose est vraiment difficile à jouer tactilement, et que cela paraît tellement simple et lumineux quand on écoute le pianiste. Qui nous révèle chaque beauté, de façon lumineuse
poppotame
Messages : 1062
Enregistré le : ven. 26 juin, 2015 15:23
Mon piano : Yamaha C2X
Localisation : Cagnes sur Mer
Contact :

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par poppotame »

Christof je vais essayer de revenir vers tes remarques que j'ai toutes essayées !
- Mesure 2, dernier temps MD joue beaucoup moins fort pour aller faire mourir sur le sol et pareil mesure 4
Il faut aussi bien penser dans ta tête, mesure 2, ce do# MD avec ce si grave MG (donc une 9e), c'est pour cela que je te dis de jouer moins fort ensuite, pour mieux faire sentir la résolution.
C'est encore plus prégnant mesure 4, ce la MD avec cette basse Sol# (9eb), qui fait qu'on doit sentir cette tension, et cette détente ensuite, qui est encore plus géniale parce qu'au lieu de ramener sur le I, amène sur VI, donnant un effet de surprise.
Alors, je ne le sentais pas tout à fait comme cela. Perso, j'aime bien maintenir encore (un peu) de tension sur ce triolet qui amène ce sol, qui est la dominante et pas la tonique. Et elle est longue. La baisse de tension intervient juste après la syncope de la mg qui va mourir ensuite sur la tonique.
Idem pour la mesure 4 avec l'effet de surprise qui arrive, et qui fait que j'aime bien la aussi maintenir un peu la tension.
Par contre, j'aime bien pour l'effet de surprise mesure 19 premier temps, couper cette tension justement. Je le sens comme cela, mais je ne sais pas pourquoi. J'en parle un peu plus loin dans mon propos. Je ne sais pas ce que tu en penses.
- mesure 5, 3ème et 4e temps, essaie de jouer encore moins fort les doubles, pour que la première note, le do# soit mis en valeur, sans qu'on ait besoin de trop marquer un accent, et le crescendo va être justement à chaque fois dans les mesures suivantes dans le dosage de cette croche, qui permet alors d'encore mieux faire entendre cette suite do#, ré#, mi# et c'est à partir de ce mi# que tu dois encore faire monter ce crescendo jusqu'à la résolution. Pour donner aussi plus d'ampleur à ce crescendo, ralenti les 4 doubles croches du 4ème temps de la mesure 7 en leur donnant le juste poids qui t'amène au forte sur le si # , ce qui donnera plus d'ampleur à ce passage.
Ah oui je suis d'accord sur les doubles, pour faire davantage ressortir les plans sonores.
Par contre j'aime moins l'effet de ralentissement que tu proposes les 4 dernières doubles mesure 7. Cela ne me semble pas correspondre au style de Fauré. C'est un poil trop romantique, trop Brahmsien. Jouer sur la tension oui, sur le volume sonore oui, mais selon moi, pas sur le tempo.
Mesure 9, 3ème temps : joue encore moins fort ta première note de l'arpège (le sol # et encore plus douce) en visant l'intensité finale du la (1er temps et demi mesure 10.
Oui en effet, c'est encore plus beau comme tu le décris. Merci de l'idée !
Mesure 11 : attaque bien moins fort le triolet... il faut penser la montée du crescendo à partir de cela pour arriver au climax, ce la MD mesure 16 et donc il faut super doser cette montée progressive... là tu pars de trop fort pour que cela prenne vraiment toute son ampleur. Il faut aussi vraiment veiller à jouer le moins fort possible, mesure 12 ce mi ré do # et en fait y penser à chaque fois que cela se représente dans la suite (en fait on ne doit presque pas l'entendre pour ne pas brouiller le chant de mélodie, 3 notes que tu joues bien trop fort mesure 15 (le lab solb fa bécarre) [ nb : rassures-toi, je fais pareil, alors que je le sais tellement ce truc, c'est pour cela que dans un des messages de mon fil j'ai mis cette remarque que lorsqu'on s'enregistre (ou pire quand on est en condition de "concert", on ne pense plus bien... on oublie ce qu'il faut vraiment faire, le juste dosage.
Alors, pour le triolet mesure 11, perso je l'aime bien un poil soutenu au contraire. Au début, je me laissais guider par mon oreille, je ne savais pas pourquoi mais après j'ai compris. Enfin je pense. J'ai d'ailleurs fait comme cela le jour du concours. En fait, c'est le 1er triolet montant, tous les autres avant descendent et bien sûr s'il faut en garder sous le coude pour la suite, j'ai aimé marquer cette transition, le fait que ça monte pour la première fois, et remettre un peu de tension dans la machine après la dolce de la mesure 9.
Idem, pour arriver à ce climax, ce forte, cette note (le la) qui en fait est le point le plus important du morceau, qui va nous faire basculer ensuite dans quelque chose de nouveau, tu dois ralentir ce sib dob réb MD mesure 15 pareil que ma remarque précédente en donnant un poids à chaque note et pareil sur les notes qui suivent, en visant cette arrivée sur le la (tu cavales un peu trop) et jouer l'accompagnement sur la syncope du 3ème temps, encore moins fort que tu ne le fais
Il faut aussi que tu penses encore plus le sol# qui suit comme un autre monde où l'on pénètre, et donc jouer cela un peu différemment, et aussi moins fort MG et MD les doubles qui accompagnent, sauf la première (1er temps), 1ere troisième temps, ainsi de suite pour bien faire entendre cette descente : do# si, la#, la bécarre,ré bécarre, ré dièse, mi, sol#, sol#, do# (ce que tu fais déjà très bien), mais tu joues trop fort l'accompagnement (tu peux ainsi encore plus faire ressortir le chant MD).
Alors, ralentir à partir sur sib 3eme temps mesure 15 me semble un peu trop tôt. J'ai essayé, je ne sais pas, je ne le sens pas trop comme ça (trop Brahmsien encore).
Ce que j'aime bien c'est au contraire un léger, un infime rubato sur le re# premier temps mesure 16.
J'imagine que tu connais le sens figuré de climax en anglais ;-) ;-) ;-) Et bien j'aime bien le faire précéder par un léger rubato.
Il faut faire attendre, retarder, mais pas trop tôt, pas trop tard. On sait que le climax va venir. On le sait, on le sent. Il faut le faire sentir à l'auditoire, il faut qu'il communie avec nous à ce moment la, il faut qu'il soit en phase avec l'interprète à ce moment la, mais si tu le fais sentir trop tôt que ça va venir, ca coupe un peu l'effet. Et dans le rubato en général on rattrape le temps perdu, la je ne le fais pas, je ne sais pourquoi. Je le sens comme ça. On va dire que c'est un pseudo rubato.
Pour moi le sol# ne fait pas partie encore de l'autre monde, c'est la phrase qui se poursuit après le climax. Je ne sens pas de rupture à ce moment là, mais plutôt une continuité, le climax a eu lieu certes, mais il ne doit pas s'évanouir aussi vite .... ;-) ;-) ;-) ... ok je m'égare .... :wink: :wink:
La rupture, je la sens plutôt à la mesure 19, premier temps, la rupture harmonique la plus saisissante, le plus surprenante du morceau. Ca ma rappelle la Ballade (de Fauré justement).

Tout à fait de ton avis pour les doubles, en effet. Il faut vraiment que je travaille ce passage.
Mesure 20, tu dois absolument couper la pédale pour qu'on n'entende plus que le mi de mélodie tout seul sur cette syncope de fin du deuxième temps, pareil syncope du 4 e, pour qu'on entende juste le ré de mélodie à cet instant. Tu verras, l'effet est saisissant.
Ah oui, j'ai essayé. Somptueux ! Merci Christof de l'effet. Je n'avais pas vu ...
Mesure 22 : on ne doit presque pas entendre aux deux mains les notes de triolets pour mettre en valeur ce sol# de mélodie, pareil mesure 24 (j'ai beau le savoir, je n'ai pas respecté aussi quand j'ai joué en concert live).
Alors je ne sais pas. Ce que tu proposes est très beau. Mais j'aime bien aussi les appuyer un peu car on sent que c'est la fin. On sent qu'il y a de la douleur (quinte diminuée fa# la do, accord qui représente la douleur), et la j'aime bien faire ressentir cette douleur à ce moment là à ceux qui écoutent. Mais j'aime beaucoup aussi comme tu le décris !!

Tu vois on a des avis convergents, parfois divergents, c'est ça la magie de l'interprétation.
On pourrait en discuter des heures en effet ...
Et merci encore de toutes ces précisions que tu as apportées.
poppotame
Messages : 1062
Enregistré le : ven. 26 juin, 2015 15:23
Mon piano : Yamaha C2X
Localisation : Cagnes sur Mer
Contact :

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par poppotame »

Christof a écrit : mer. 24 mars, 2021 17:58 L'erreur dont tu parlais, question solfège, est-ce dans la mesure 7 ou tu joues la première double croche mg comme une croche ? Tu joues croche double double à la mg alors qu'il aurait fallu jouer double double, croche. C'est bien cela ?
Alors non, ici le rythme est bon. Et je ne fais l'erreur que lors de ma vidéo présentée au concours. Mais ce n'est pas une question de rythme ...
Je viens de recevoir le rapport du jury, il en parle, je mettrai en ligne ce qu'il m'a dit demain.
poppotame
Messages : 1062
Enregistré le : ven. 26 juin, 2015 15:23
Mon piano : Yamaha C2X
Localisation : Cagnes sur Mer
Contact :

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par poppotame »

Christof a écrit : mer. 24 mars, 2021 21:01 Pour répondre à ta question, la virtuosité pour moi, c'est quand quelque chose est vraiment difficile à jouer tactilement, et que cela paraît tellement simple et lumineux quand on écoute le pianiste. Qui nous révèle chaque beauté, de façon lumineuse
Superbe définition !
Je plussoies entièrement, je n'aurais pas réussi à mieux dire.

Voici le rapport du jury à propos de ma prestation sur Fauré que j'ai résumé ici :

"Cette performance était élégante et de belle forme, à un tempo idéal, avec juste ce qu'il faut de flexibilité et de nuances.
Votre suggestion de Mel Bonis [il fallait deviner le compositeur] comme compositeur était inspirée !
Il s'agit en fait d'un contemporain de Gabriel Fauré, mais vous avez parfaitement reproduit l'esprit de la musique de salon française du début du siècle dans votre prestation.
Votre lecture a été très précise, juste quelques très petites erreurs à la mesure 4 et 24.
A la mesure 9, je suggérerais de retarder le sol# de la main droite jusqu'à ce que la main gauche atteigne la fin de l'accord arpégé.
J'ai apprécié le changement de couleur à la mesure 9/10 et toute la progression vers le climax.
(Attention à la mesure 13 - la mélodie la bémol est une enharmonique de sol # et doit donc être liée, et non répétée) [mon erreur de solfège].
Vous avez commencé le diminuendo un peu plus tôt que ce que Fauré a suggéré (mesure 18/19), mais j'ai bien aimé votre idée.
La coda a été très bien menée.
Une performance très convaincante"
Avatar du membre
mh_piano
Messages : 1103
Enregistré le : mar. 24 juil., 2018 20:39
Mon piano : Kawai RX3

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par mh_piano »

Oh c'est passionnant tout ça ! Merci poppotame et christof pour ces échanges approfondis, et merci poppotame de partager le rapport du jury.

J'ai repris ma partition (abondamment) annotée par mon prof, et je vous livre sa position (et un peu aussi la mienne) par rapport à certains points que vous avez discutés.

Mon prof avait indiqué une légère détente sur le triolet de fin de mesure 4 (mais pas en mesure 2).
Pour les 4 dernières doubles mesure 7, pas de ralentissement, il suffit de ne pas précipiter le crescendo.
Mesure 11, le triolet était un peu plus affirmé pour relancer en effet comme dit poppotame.
Le prof m'avait marqué le ré# mesure 16 "+ intense". Il n'avait pas mis de ralenti vers le sib mesure 15 mais un petit decrescendo.
Pour moi le "sempre f" en mesure 17, même s'il y a une "dé-escalade" à partir de là, indique qu'on n'est pas encore à la rupture. Je partage la vision de poppotame. Le prof m'avait mis des decrescendo sur chaque mesure 18 et 19 comme tu as fait poppotame et que le jury souligne comme une bonne idée même si ce n'est pas suggéré par Fauré.
Mesures 22 et 24 : le triolet MD+MG mérite un contraste plus "p" (qui peut le mettre en valeur), mais de là à "ne presque pas entendre" ce serait dommage.

Je ferai peut-être l'expérience de passer 1h entière sur ce morceau pour voir dans quelle mesure je le "récupère" en ce temps limité. Pour moi ce sera déjà un challenge... En tous cas vous me donnez envie de le reprendre !
Dominique Manchon
Messages : 286
Enregistré le : dim. 16 août, 2020 22:32
Mon piano : piano à queue Erard (1909)
Localisation : Puy de Dôme

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par Dominique Manchon »

Fauré ne se livre pas tout de suite, sa musique m'est moins proche a priori que celle de Debussy ou Ravel. Mais ici on est transporté par ta manière d'interpréter cette improvisation, dont toute la profondeur se manifeste. On sent à quel point tu l'as faite tienne en quelques semaines. Pour surmonter les périodes de vents contraires, il est essentiel d'avoir quelques morceaux comme celui-ci, qu'on peut jouer pour soi sans se lasser, cherchant quasi à chaque note l'impossible interprétation parfaite, concentrant ainsi son esprit sur la musique.

Fauré le compositeur s'effaçait parfois devant immense pédagogue, ouvrant un maximum de portes à ses élèves (Debussy, Ravel, Nadia Boulanger, et tant d'autres...) en leur laissant toute liberté. Messiaen jouera un rôle analogue deux générations plus tard. Pour résumer, un grand génie que l'on a tendance à négliger, en raison de l'exquise discrétion du personnage comme de sa musique.
Modifié en dernier par Dominique Manchon le jeu. 25 mars, 2021 17:03, modifié 1 fois.
Avatar du membre
Christof
Messages : 3701
Enregistré le : lun. 18 avr., 2016 17:08
Mon piano : Yamaha G3
Localisation : Paris 75020

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par Christof »

Merci beaucoup Poppotame et Mh-piano pour tous ces échanges. C'est passionnant. Et cela nous montre bien aussi les différentes façons d'envisager une même œuvre. J'aurais rêvé d'avoir accès aux vidéos envoyées par les différent(e)s candidat(e)s du concours à cette épreuve, cela doit être d'une richesse incroyable. Un condensé de créations.
De mon côté, je vais rester sur un tempo plus lent. J'espère que Fauré, tout la haut, ne m'en voudra pas trop...
Ninoff
Messages : 1016
Enregistré le : ven. 11 janv., 2019 11:51
Mon piano : Bechstein

Re: Le fil de Poppotame - Fauré - Improvisation

Message par Ninoff »

Dominique Manchon:

Fauré le compositeur s'effaçait parfois devant immense pédagogue, ouvrant un maximum de portes à ses élèves (Debussy, Ravel, Nadia Boulanger, et tant d'autres...) en leur laissant toute liberté. Messiaen jouera un rôle analogue deux générations plus tard. Pour résumer, un grand génie que l'on a tendance à négliger, en raison de l'exquise discrétion du personnage comme de sa musique.

Tu as parfaitement raison Dominique, ce qui laisse à l’interprète une grande liberté d’expression.
Seul sur le rythme Fauré pouvait être intraitable.
Je me suis intéressé à l’improvisation de Fauré quand notre cher Christof s’est penché dessus avec l’intensité requise.
Découvrant cette œuvre je l’ai aussi travaillé, trouvant au départ le tempo de Christof plutôt lent.
Et puis le temps faisant , je trouve que ce tempo colle parfaitement à l’esprit improvisé, permettant d’aller chercher les notes importantes d’un point de vue presque interrogatif ou plutôt d’étonnement.
En fait on se retrouve dans la peau du compositeur ou de l’improvisateur, dans une recherche intrépide, presque jubilatoire
Christof, en tant qu’improvisateur possède ce sens inné de laisser aller, d’écouter et surtout de suivre son intuition.
Aussi je tenais à te remercier de cette belle découverte, à chaque moment de notre vie l’on découvre les choses avec les yeux émerveillés d’un enfant, ce que nous restons tous au fond de nous mêmes.
Je reste un éternel étudiant, nous avons tellement à apprendre de tous.
🙏🙏🙏
poppotame
Messages : 1062
Enregistré le : ven. 26 juin, 2015 15:23
Mon piano : Yamaha C2X
Localisation : Cagnes sur Mer
Contact :

Re: Le fil de Poppotame - Liszt - Saint François de Paule marchant sur les flots - version 1

Message par poppotame »

Merci beaucoup Dominique, mh_piano er Ninoff pour vos retours sur Fauré !

En parallèle de Fauré et d'autres, voici une première version de Liszt.
Comme je disais c'est un morceau magnifique et je commence vraiment à me faire plaisir avec.
Je sens une véritable dimension spirituelle, mystique dans ce morceau.
Evidemment, tout n'est pas au point, il me reste beaucoup à faire (la technique et la mémoire flanchent par endroits) mais c'est déjà un premier jet.

La partie la plus évocatrice pour moi, d'ailleurs une de celles qui m'a donné le plus de difficultés, c'est au début, juste après les premières notes d'introduction : l'exposition du thème avec la basse tremolando.
Cette basse vibrante me fait penser à un ruisseau que l'on entendrait le soir, dans la nuit, à la fois proche et loin. J'adore cette introduction, elle est très évocatrice pour moi.



N'hésitez pas à me dire ce que vous ressentez à l'écoute, les points d'améliorations, etc etc ... Tous les commentaires sont les bienvenus !
Avatar du membre
elenajalan
Messages : 348
Enregistré le : sam. 21 mars, 2020 17:03
Mon piano : Rameau
Localisation : Morvan (Bourgogne)

Re: Le fil de Poppotame - Liszt - Saint François de Paule marchant sur les flots - version 1

Message par elenajalan »

Quoi de plus fantastique pour une littéraire et oiseau de nuit telle que moi de découvrir et entendre ce Liszt après minuit ?
Quelle découverte ! C'est sublime et sublimement joué !
Ton jeu "raconte" tant de choses, c'est d'une richesse infinie. Je trouve que tu y mets quelque chose de très épique. Je ressens aussi cet aspect mystique notamment au début. Et cette main gauche sombre tantôt veloutée, grondant plus ou moins fort, c'est hypnotique, c'est fascinant de voir que cette main ne semble pas accompagner la m.d. mais mener sa vie seule. Et quand elle rejoint la mélodie (l'élan spirituel ?) menée par la m.d., cela me fait penser aux soubresauts de l'âme un peu torturée de l'homme qui se débat dans sa condition humaine, et est menée à la Lumière...
Ce morceau et ta façon de l'interpréter me ramènent des années en arrière, alors que j'étais étudiante, et qu'en cours sur le Romantisme (un cours passionnant, quelle chance j'ai eue !), on étudiait La Fin de Satan, de Victor Hugo.
Cette histoire d'ange déchu, qui finit par être apaisé et sauvé...
Merci Poppotame ! Je reviendrai inlassablement l'écouter ce Liszt. J'adore...
Capucine
Messages : 267
Enregistré le : jeu. 15 août, 2019 15:46

Re: Le fil de Poppotame - Liszt - Saint François de Paule marchant sur les flots - version 1

Message par Capucine »

voici une version de Saint François de Paule marchant sur les flots déjà bien avancée....
La toute première fois, il y a quelques années que j'écoutais cette œuvre somptueuse , c'était par une Lise de lA SALLE de 15 ans qui la jouait lors d'une Nuit à La Roque :
St François -Liszt- Lise de la SALLE
Elle rend à merveille le caractère de cette pièce. Et pour le décrire , je citerai Guy Sacre , qui l'écrit évidement mille fois mieux que ce que je pourrais écrire .
Donc il écrit :
" Il faudra attendre Debussy (Ce qu'a vu le vent d'ouest) et Louis Aubert ( Sillages) pour retrouver une telle force d'évocation.
La pièce commence par présenter le thème de choral qu'elle emploiera tout au long et qui persistera à travers la tempête: deux mesures dont la découpe ne varie guère . Le voici d'abord tranquillement posé sur l'octave brisée des basses, en trémolo (et il faut veiller, dans ce tout début, à conserver des nuances douces, en dépit de ce registre grave qui s'apprête à gronder.) je trouve que tu le joues très bien ce début !.
Dans un deuxième temps , des remous se forment; la gauche , toujours p, a des allers et retours menaçants -Et bravo à toi c'est très bien amené- la droite s'efforce de garder un air paisible à son choral. Mais peu à peu tout bouillonne, l'instrument entier est mis en branle , des rafales le traversent, des martellements le secouent, chaque main à son tour lui arrache des grappes de notes, jusqu'à ce pilonnage d'octaves des mains alternées qui déchirent l'horizon -et là , c'est sans doute l'enregistrement qui minimise ce déferlement -
On arrive enfin au triomphant allegro maestoso: le saint a atteint l'autre rive, il a vaincu les vagues en furie, un tonnerre d'octaves le salue....
Gageons que si Liszt s'arrêtait à ces pages retentissantes, nous le trouverions puéril, sinon grossier . Mais il ménage un imprévisible point d'orgue, au bout d'un radieux arpège de sol majeur; attend dans ce trou d'ombre et de silence; ajoute quelques lignes sobre (lento), dépouillées, un récitatif qui vaut méditation, action de grâces dans le for intérieur,-avant de redonner tout l'orchestre du clavier pour une rapide conclusion, dans son eternel ton de mi, celui des victoires..."
Oukee
Messages : 640
Enregistré le : mar. 16 juil., 2019 18:47
Mon piano : Sauter 118 R2
Localisation : Yvelines

Re: Le fil de Poppotame - Liszt - Saint François de Paule marchant sur les flots - version 1

Message par Oukee »

J’aime beaucoup les 2 légendes, elles traduisent une des facettes les plus poignantes de Liszt, avec une science époustouflante de l’utilisation du piano.
J’aime beaucoup ta version, justement parce que tu n’en fais pas trop dans l’imagerie parfois un peu naïve (le risque de la musique à programme...), pour aller vers quelque chose de plus stylisé.
Mais je préfère te passer les commentaires de Liszt lui-même lors d’une de ses masterclass. Tu y trouveras des indications intéressantes (parfois absentes de la partition.
Savais tu que Liszt avait produit une version facilitée de cette légende ? Il avait sûrement à cœur que cette musique soit jouée au delà du cercle des virtuoses confirmés.
Pillg
Messages : 248
Enregistré le : lun. 12 oct., 2020 13:14

Re: Le fil de Poppotame - Liszt - Saint François de Paule marchant sur les flots - version 1

Message par Pillg »

Voila, nous y sommes! :D

Je me permet de mettre ma version ci-dessous, pas comme but à atteindre, je n'ai pas cette prétention, mais simplement pour permettre aux autres qui suivent ce fil d'avoir une autre interprétation, un autre point de vue...

Au tout début, les trémolos MG me paraissent très fort (enregistrement ou réalité?) je les verrai beaucoup plus fondus, comme sur un lac avec un petite bise, les vaguelettes sont presque imperceptibles...
Mesure 33 et suivantes avec la MG en montée descente chromatique, Ta MG est vraiment superbe, n'y change rien. par contre la main droite le 3e temps devrait être piano puis crescendo jusqu'au 1er temps. je me rappelle que ce n'est pas évident car le crescendo est a la MD là ou la MG fait un decrescendo... (d'ailleurs sur mon enregistrement ca ne ressort pas bien non plus)
Mesure 73 avec les déplacements en sens contraire. (mon dieu que j'en ai bavé sur ces mesures... ). J'ai envi de te dire qu'on a tous les 2 le défaut opposé... C'est écrit Piano e Crescendo pour aboutir sur Rinforzendo Forte. pour exagérer un peu, pour ma part je démarre sur un MF pour finir sur un FF, toi tu démarres bien sur P, mais tu pourrais augmenter encore plus pour exploser un peu le piano... (un mix de nous 2 ca ferait une belle interprétation.. :lol: ). mais peut être aussi que les prises de sons ne jouent pas en notre faveur...
Mesure 114, la pédale est indiquée effectivement comme tu la fais... cela dit j'aime bien entendre le dernier accord résonner un poil plus...
Mesure 131, je pense que tu pourrais encore plus accentuer les octaves avec les accents (Do# Mi Sol La) quitte à prendre un appui un poil plus long dessus...
Mesure 140 (Lento), attention j'ai l'impression que tu n'est pas bien en mesure, Le sol blanche pointée tu dois attendre 2 temps avant les croches arpégées, et la levée est une noire tu fais plutôt une croche. (je pense que passer 10 15 minutes au métronome tu t'en rendrais compte tout de suite... C'est bizarre mais ce passage lent, parait tellement simple après tout ce qui vient de se passer qu'on a tendance a le négliger, et ma prof m'avait fait reprendre le rythme aussi puisque je jouais exactement comme toi, des croches a la place de noires etc...
Mesure 165, je trouve des tremolos MD un peu trop présents....
Mesure 167, (la aussi j'en ai bavé...) il y a bien écrit accelerando, et tu as des moyens techniques exceptionnels qui te le permettent, mais la je trouve que c'est un peu trop, c'est au détriment de la musique, on ne comprend plus trop... (certes chez moi ca pourrait être plus accelerando, mais je fais avec la technique que j'ai a disposition... :lol: )

Biensur ce n'est que mon humble avis, et suivant mes gouts d'interprétation, ca n'engage que moi :) Dans tous les cas, il y a déjà un très gros travail, et ca s'annonce très bien! bravo.


Répondre