Une histoire du jazz à ma façon...

Théorie, jeu, répertoire, enseignement, partitions

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Ninoff
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Ninoff »

Très belle cette Laurentides Waltz.
Je croyais qu’Oscar Peterson était surtout un interprète et pianiste virtuose de Jazz..
Je découvre son talent de compositeur.
Merci Christof 👌👌
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Jacques Béziat
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Jacques Béziat »

Christof a écrit : mer. 13 nov., 2019 15:50
PS : dommage, la vidéo que tu as mises sur ton message indique "vidéo non disponible" ?
J'ai vu ça.
Je remets le lien, il faut cliquer dessus puis sur Regarder sur Youtube:
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Christof
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Christof »

5ème épisode : Oscar Peterson (2)

Dans le précédent épisode, j’ai parlé des suites canadiennes (Canadia Suite) qu'Oscar Peterson a composées en 1964. Cette suite, constitue un tour d’horizon des caractéristiques les plus remarquables de son pays, le Canada. Elle comprend 8 pièces : Ballad to the East (décrivant les Maritimes, ensemble de trois provinces de la côte sud-est du Canada) ; Laurentide Waltz (les magnifiques paysages de forêts et lacs du Québec, Place St. Henri (Montréal, ville où il habitait), Hogtown Blues (ville deToronto), Blues of the Prairies (les prairies vers l’ouest), Wheatland (les prairies), March Past, Land of the Misty Giants (les montagnes rocheuses en Colombie Britannique).

Chaque mouvement de cette Suite souligne une atmosphère propre au lieu évoqué.
Cette suite a été sélectionnée, en 1965, pour le Grammy Award de la meilleure composition de jazz.

Image
Écouter "Ballad to the East", premier des morceaux de Canadia Suite

Comme je l’avais déjà signalé dans l’épisode précédent, Oscar avait plusieurs raisons de rendre hommage à ce beau pays qu’est le Canada : il était lui-même canadien et surtout son père était steward dans ces trains qui mettaient quatre jours à traverser le pays de part en part (aller et retour).

Son père lui a transmis l’amour de ces paysages, père prégnant et très autoritaire qui avait décidé que ses cinq enfants - Fred, Daisy, Charles (dit Chuck), Oscar et May - feraient de la musique, très, mais alors très sérieusement.
Caribéen d’origine, il avait étudié tout seul la musique lorsqu’il travaillait dans la marine marchande avec un petit orgue portatif qu’il emportait avec lui dans une valise. Et comme souvent, pour certains, lorsqu’on est musicien, on voudrait que ses propres enfants en deviennent d’excellents (et c’est d’ailleurs ce qui arrivé). Oscar a ainsi débuté très tôt la musique.

Lorsqu’il rentrait de ses tournées de steward dans les trains, le père exigeait que tous les enfants lui jouent gammes, arpèges, qui un concerto, qui un morceau… Chacun avait quelque chose à préparer et devait aussi s’occuper de son cadet musicalement parlant. Le résultat devait être parfait, sinon c’était les coups de ceinture…

Il y en a pour qui cette «pédagogie» a réussi, pour d’autres moins : Daisy, excellente pianiste, a toujours été terrorisée ensuite de monter sur scène, redoutant viscéralement de faire une fausse note : elle deviendra professeur de piano, respectée de la communauté noire de Montréal (ses élèves comprendront des musiciens de jazz comme Oliver Jones, Joe Sealy et Reg Wilson). Chuck, de son côté, deviendra joueur de trompette professionnel et son autre sœur, May, enseignera également le piano et travaillera pendant une période comme assistante personnelle d'Oscar.

Oscar, de son côté, ne faisait jamais de fausse note. Pour lui, au départ, quatrième des enfants (né le 15 août 1925 à Montréal, mort en 2007, il a donc a traversé presque toute l’histoire du jazz), l’instrument de prédilection était la trompette mais une crise de tuberculose infantile (maladie qui emportera la vie de son frère aîné, Fred à l’âge 16 ans), mit rapidement fin dans les espoirs en ce domaine.
Sous la tutelle de Daisy, Oscar va découvrir rapidement que le piano est finalement son instrument et s’y consacre exclusivement à partir de 8 ans (avant, dès ses cinq ans, c’était trompette et piano). Il travaille bien sûr sa technique, mais aussi son oreille en écoutant ses frères et sœur pratiquer, au point qu’il était capable de rejouer leurs leçons sans failles. Pas étonnant : il possédait l’oreille absolue.

A quatorze, à l’initiative de Daisy - qui participe également au financement de ses études -, il s’inscrit à un concours amateur parrainé par Ken Soble, une personnalité de la radio, au cours duquel il remporte le premier prix d’un montant de 250 $.
Tout en poursuivant des études auprès de Lou Hooper (pianiste de jazz), il rentre à quinze ans au conservatoire McGill de musique du Québec (mais Oscar avait déjà commencé à étudier la musique classique dès l’âge de 6 ans), avec pour professeur le célèbre pianiste classique hongrois Paul de Marky. Ce dernier avait eu István Thomán comme professeur, qui avait lui-même étudié avec Franz Liszt comme professeur… On pourrait dire alors qu’Oscar Peterson est un peu le petit fils de Franz Liszt : en effet, dans son jeu, sur le plan technique, on y retrouve des similitudes troublantes : la digitalité, les techniques transcendantes, les arpèges, les octaves…

Oscar avait de qui tenir. Et puis c’était vraiment un gros bosseur. Il a énormément travaillé, à en rendre sa famille folle. Le dimanche par exemple, on n’avait qu’une envie, c’est de l’enfermer dans un placard pour qu’il arrête de faire sonner son piano. En effet, si tous les enfants de la maisonnée travaillaient leur instrument très sérieusement, pour Oscar, on était vraiment dans l'obsessionnel et le très pointu. Il adorait ça. Pour lui, la musique était toute sa vie.

Il travaillait tous les grands classiques, comme par exemple Debussy, adorant les larges accords (par exemple dans les Reflets dans l’eau et ses accords de 13ème).

Des choses dans ce genre-là, qu’on retrouvera ensuite dans tout son style :


Il aimait les accords de 13ème, les chromatismes aussi, les accords de 7ème b 5 également, comme ceux qu'on entend dans la musique bebop, qui faisaient par exemple le bonheur de Duke Ellington.

Il travaillait aussi Chopin, surtout pour les grands écarts. Il faut dire qu’Oscar était taillé comme une armoire à glace (on dit qu'arrivé à l’âge adulte, ses épaules étaient équivalentes en taille à la largeur de 4 octaves du piano, voire même un peu plus).
Image

Il avait donc de très grandes mains et pouvait jouer des écarts de 14ème à l’aise (par exemple do-sol), voire de 15ème.
Il adorait les études, qui augmentaient encore l’élongation de ses doigts, jouer en octave, jouer aussi les accompagnement en 10ème à la mg, très à l’aise (souvent utilisé dans le stride, ce qu’il savait faire les doigts dans le nez).

Un peu dans ce genre-là (écouter ci-dessous, mais pour ce qui est d’arriver à jouer systématiquement les dixièmes, lors de la pompe dans le stride … bonjour les dégâts (comme on entend à partir de 0’11). Oscar, lui, dans le domaine, se frisait grave ! ;)) :



Il travaillait Bach, pour le contrepoint, pour les voicings aussi. Il étudiait également Scarlatti pour les doigtés serrés. Parce que lorsqu’on a une grande main, d’autres problèmes surgissent : il est difficile de jouer dans des notes très rapprochées, chromatiques, dans un mouchoir, lorsqu’on a de gros doigts. Il faut pouvoir aussi passer entre les touches.

Oscar a donc joué énormément de musique classique. Un jour il a expliqué : "Je joue Chopin parce qu’il donne de la portée. Scarlatti donne le doigté serré. Ravel et Debussy vous aident sur ces belles harmonies luxuriantes. Bach vous donne le contrepoint. Ce qu’il y a de merveilleux avec la musique, c’est qu’on peut toujours aller plus loin soi-même."
Et voici par exemple ce que disait l’arrangeur et pianiste argentin Lalo Schifrin (vous savez, le compositeur de "Mission impossible") : "Liszt a conquis le piano, Chopin l’a séduit, et pour nous, jazzman, Oscar est notre Liszt et Bill Evans notre Chopin".

«Si vous n’aviez pas été noir, auriez-vous été tenté par une carrière de concertiste de musique classique?». A cette question que lui a posée un jour un journaliste, Oscar a répondu : non.
N’avoir tout le temps qu’une partition à interpréter ne lui suffisait pas. Pour lui, il était très important d’inventer sa propre musique. Oscar était sans arrêt à la recherche d'une créativité. Il fallait qu’il ait cette liberté que permet le jazz d’inventer sa propre musique en temps réel, d’improviser. D’ailleurs l’influence sur lui dans sa jeunesse de pianistes comme Teddy Wilson et James P.Johnson (papes du stride), de Nat King Cole et surtout de celle de son idole absolue Art Tatum (qui inspirait aussi beaucoup de respect de la part de pianistes classique comme Vladimir Horowitz, Arthur Rubinstein ou de compositeurs comme Gershwin ou Rachmaninov), n’est certainement pas pour rien dans son orientation vers le jazz.

On peut citer cette anecdote à propos d'Art Tatum et d'Oscar, qui en dit long sur le sujet : lorsque, durant ses études secondaires, Oscar annonça à son père qu’il voulait quitter l’école pour poursuivre son rêve de devenir pianiste de jazz, sa demande a été immédiatement rejetée. Son père fit jouer alors sur le teppaz le morceau Tiger Rag interprété par Art Tatum et répondit qu’il ne lui permettrait pas de quitter l’école juste pour devenir un autre pianiste de jazz. S’il voulait quitter l’école, il devait être le meilleur... Et Tatum était l’idéal de perfection. Devant le contrôle stupéfiant du piano d'Art Tatum et le mariage parfait de sa vitesse et de sa technique, Oscar connut alors un mois de maladie et d’anxiété durant lequel il ne toucha pas au piano...
Mais il s'y remis très vite. Et on sait ce que cela a donné plus tard... Un géant du piano.

Petite digression : à propos de l’improvisation :
Dans les temps anciens, les musiciens classiques étaient des improvisateurs. Mozart, Beethoven, Bach, Chopin, Liszt, Stravinsky… Tout le monde improvisait. Et curieusement, cette tradition s’est perdue pour beaucoup à la fin du XIXème siècle, au moment où la musique est devenue de plus en plus complexe (on pourrait dater cela à l’arrivée de Wagner avec ses opéras faisant jouer des harmonies de plus en plus complexes ? Ce moment où l'on s’est mis à penser que les musiciens ne pouvaient plus gérer les harmonies en groupe et se mettre d’accord, parce que cela devenait trop difficile ?)
Alors chacun s’est spécialisé : les interprètes d’un côté, et les compositeurs de l’autre. «J’écris de la musique, et vous, contentez-vous de l’interpréter». Ceci permettant peut-être à chacun en se spécialisant, d’aller plus loin, de faire monter le niveau. Écrire des œuvres encore plus complexes pour que les musiciens soient encore plus virtuoses, virtuosité qui a fait son apparition vers le XIXe siècle (mais bon, rappelons tout de même que question virtuosité, avec des compositeurs comme Beethoven, on était déjà pas mal servi).

En tous cas, tout cela parlait à Oscar, aussi bien la virtuosité que l’improvisation.
Il aimait d’ailleurs expliquer : "Vous pouvez déterminer au bout de huit mesures celui qui n’a pas l’entraînement du classique".

Allez, avant de terminer ce post et de prendre congé, voici une improvisation d’Oscar en solo sur son morceau Place Saint-Henri (tiré des suites canadiennes). On y entend qu’il a parfaitement intégré dans son jeu l’histoire du jazz, notamment ici le ragtime et le stride.



Et ici la version en trio du même morceau (qui est encore bien autre chose). Le jazz est en effet une musique de l’instant, création instantanée autour d’un thème.
Écouter


Image

A suivre…
Modifié en dernier par Christof le jeu. 28 nov., 2019 17:14, modifié 3 fois.
Ninoff
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Ninoff »

Merci Christof,
Un régal de connaître la biographie et le parcours de ce musicien.
Très souvent les jazzman ont eu une formation classique..
👌👌
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Jacques Béziat
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Jacques Béziat »

Une bien belle biographie d'Oscar Peterson, ce géant à tout point de vue ! =D>
J'ignorais qu'il connût si bien la musique classique !
Il avait raison quand il disait qu'au bout de huit mesures on reconnaissait qu'un pianiste avait étudié le classique.

Voilà qui rapproche Oscar de Michel Legrand, un concert donné par Oscar Peterson, Michel Legrand, et Claude Bolling, en trio :

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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par pianojar »

Jacques Béziat a écrit : jeu. 21 nov., 2019 14:37 J'ignorais qu'il connût si bien la musique classique !
On pourrait faire la liste des pianistes de jazz qui connaissent parfaitment la musique classique et on se rendrait compte qu'ils sont très nombreux à haut niveau
Jarrett, Mehldau, Peterson, Pieranunzi, Corea, Evans, Hersch, Hancock, Solal, Kühn et la liste est loin d'être exhaustive
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Jacques Béziat »

pianojar a écrit : jeu. 21 nov., 2019 14:45
On pourrait faire la liste des pianistes de jazz qui connaissent parfaitment la musique classique et on se rendrait compte qu'ils sont très nombreux à haut niveau
Jarrett, Mehldau, Peterson, Pieranunzi, Corea, Evans, Hersch, Hancock, Solal, Kühn et la liste est loin d'être exhaustive
Pourrait-on aller jusqu'à prétendre que les meilleurs pianistes de jazz sont passés par le classique ?
Une majeure partie d'entre eux, peut-être ?
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par pianojar »

J'aurais pu ajouter Monk auquel on ne pense pas a cause de son style de piano très particulier mais il a aussi suivi un cursus classique assez avancé
En tout cas il me semble qu'il sont beaucoup plus nombreux que des météores autodidactes genre Erroll Garner qui lui ne lisait même pas la musique ou Yaron Herman qui a une trajectoire quelque peu anachronique
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Jacques Béziat »

La biographie d'Oscar Peterson est passionnante à plus d'un titre.

Pour les jeunes qui rêvent de jouer comme lui, il y a donc l'élément de la musique classique qui a toute son importance : on peut être jazzman dans l'âme et aimer le classique au point de le travailler à fond, et ensuite on a beau avoir un talent énorme, voire du génie, la virtuosité et le succès viennent au bout d'un travail énorme !

S'extasier sur le talent, le génie, comme le font les ignorants ou les naïfs, revient à réduite l'Art au niveau d'une disposition particulière ne nécessitant ni effort ni connaissances, ce qui m'irrite au plus haut point. :roll:
Bach, Mozart, Beethoven, et tous les autres, étaient, outre des génies au talent exceptionnel, aussi des travailleurs acharnés, et les jazzmen ne sont pas en reste, qu'on se le dise !! 8)
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Christof »

Jacques Béziat a écrit : jeu. 21 nov., 2019 14:54
pianojar a écrit : jeu. 21 nov., 2019 14:45
On pourrait faire la liste des pianistes de jazz qui connaissent parfaitement la musique classique et on se rendrait compte qu'ils sont très nombreux à haut niveau
Jarrett, Mehldau, Peterson, Pieranunzi, Corea, Evans, Hersch, Hancock, Solal, Kühn et la liste est loin d'être exhaustive
Pourrait-on aller jusqu'à prétendre que les meilleurs pianistes de jazz sont passés par le classique ?
Une majeure partie d'entre eux, peut-être ?
Oui, pas mal d'entre eux, rajoutons à la liste : Earl Hines, Lennie Tristano, Dave Brubeck (c'est sa mère, excellente pianiste classique qui lui a appris), Bill Evans, Ahmad Jamal, Jacky Terrasson...
Tiens, si on parle de Thelonius Monk (et son style tout à fait particulier - certains ont même pu dire qu'il ne savait pas jouer du piano ;), peu de personnes savent qu'il a aussi appris la musique classique étant jeune (il jouait Liszt,Chopin,Rachmaninov et bien d'autres). Mais qui s'en douterait ?

En tous cas, dire que les meilleurs pianistes de jazz seraient passés par le classique n'est pas forcément exact. Il existe d'ailleurs tant et tant de pianistes de jazz.. de très haut niveau. Pas mal ne connaissent pas bien, voire pas du tout (en tout cas ne l'ont pas jouée) la musique classique.
Errol Garner, par exemple, est un autodidacte complet : il ne savait ni lire, ni écrire la musique, et a toujours fait du jazz.
Duke Ellington n'a pas fait vraiment du classique, apprenant le jazz sur le tas (mais ses deux parents savaient jouer du piano).
Count Basie non plus (c'est sa mère qui lui a appris à jouer, et c'était direct plutôt du gospel et du jazz).
Hank Jones, à ma connaissance n'a pas étudié le classique (il faut dire qu'avec ses frères, c'était vite fait de faire un super groupe de jazz).
Horace Silver non plus, idem John Taylor ou Kenny Baron... Red Garland (qui a commencé par la clarinette et le saxophone et est tout de suite tombé dans le jazz).
On pourrait en citer plein.

Certains ont un peu débuté par le classique, virant tout de suite au jazz :
Bud Powell par exemple (il faut savoir que le père de Bud Powell était pianiste de stride), s'inspirant très vite à ses débuts de Fats Waller.
Art Tatum, s'il est un peu passé par La Telodo School of music, est principalement autodidacte, ayant appris en imitant, en écoutant les musiciens à la radio...

En fait, ce qu'il faut savoir, c'est que nombre de pianistes, dans les débuts du jazz, ont aussi (et surtout) appris au contact des autres musiciens de jazz (il faut aussi considérer qu'il existait une ségrégation raciale... Nina Simone, par exemple, n'a jamais pu être concertiste classique, du fait de la couleur de sa peau. Le contrebassiste Charlie Mingus, non plus... ). Et puis, cela s'est professionnalisé petit à petit. Le jazz était au départ une musique "orale"... On apprenait pas mal "sur le tas". Pas mal de musiciens, d'ailleurs, ne savaient pas bien lire la musique (Chet Baker, le trompettiste, ne savait pas, mais on peut en citer pas mal d'autres).. Mais il leur suffisait d'entendre une seule fois pour se rappeler. Nombreux ne connaissaient pas la théorie, en tous cas, n'ont jamais fait de classe d'harmonie. Ils ont cherché par eux mêmes.

Aujourd'hui (et depuis on pourrait dire depuis les années 80 ?), l'enseignement du jazz s'est de plus en plus professionnalisé. Il existe une classe de jazz dans presque tous les conservatoires. Nombreux pianistes de jazz ont désormais une très solide culture classique à la base et sont passé ensuite au jazz...
Et ils possèdent également une très solide culture en harmonie, pas mal d'entre eux ayant aussi fait des études de composition et d'arrangements...
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Christof »

pianojar a écrit : jeu. 21 nov., 2019 15:02 J'aurais pu ajouter Monk auquel on ne pense pas a cause de son style de piano très particulier mais il a aussi suivi un cursus classique assez avancé
En tout cas il me semble qu'il sont beaucoup plus nombreux que des météores autodidactes genre Erroll Garner qui lui ne lisait même pas la musique ou Yaron Herman qui a une trajectoire quelque peu anachronique
Nos messages se sont croisés. Je n'avais pas vu le tien pendant que j'écrivais (on emploie d'ailleurs les mêmes mots pour Monk : style particulier ;). Monk n'a eu ni prédécesseur, ni vraiment suiveur, si ce n'est un pianiste anglais dont j'ai le nom sur le bout de la langue mais qui m'échappe là).
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Christof »

Jacques Béziat a écrit : jeu. 21 nov., 2019 15:14 La biographie d'Oscar Peterson est passionnante à plus d'un titre.
Oui et elle va faire l'objet d'autres épisodes, où je décrirai aussi un peu plus son style.

Le saviez-vous : à une époque, il a monté une école de jazz (j'en parlerai). Oscar (qui était bien en avance) pensait fermement que le jazz devrait être enseigné selon une méthode systématisée. "Il existe un besoin croissant d'enseignement professionnel du jazz et un avenir prometteur" (...) "Le domaine du jazz est plus grand maintenant. De plus en plus de musiciens veulent acquérir les connaissances du jazz. Je me souviens que lorsque je voulais des informations et des conseils, je ne pouvais tout simplement pas les obtenir. À ce moment-là, il n'y avait pas d'école de jazz.".
Il avait une devise : la méthode des 5 T : Touch (toucher), Time (le rapport à la pulsation, le swing), Tone (tonalité, couleur que vous donnez aussi à votre jeu), Technique (la technique) et Taste (le goût).
Modifié en dernier par Christof le jeu. 21 nov., 2019 16:38, modifié 4 fois.
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par pianojar »

Christof a écrit : jeu. 21 nov., 2019 16:27
pianojar a écrit : jeu. 21 nov., 2019 15:02 J'aurais pu ajouter Monk auquel on ne pense pas a cause de son style de piano très particulier mais il a aussi suivi un cursus classique assez avancé
En tout cas il me semble qu'il sont beaucoup plus nombreux que des météores autodidactes genre Erroll Garner qui lui ne lisait même pas la musique ou Yaron Herman qui a une trajectoire quelque peu anachronique
Nos messages se sont croisés. Je n'avais pas vu le tien pendant que j'écrivais (on emploie d'ailleurs les mêmes mots pour Monk : style particulier ;). Monk n'a eu ni prédécesseur, ni vraiment suiveur, si ce n'est un pianiste anglais dont j'ai le nom sur le bout de la langue mais qui m'échappe là).
Eric Watson ?
Mais Il est américain si c'est lui
J'ai un vinyle de lui "Child in the sky"
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Christof »

pianojar a écrit : jeu. 21 nov., 2019 16:33
Christof a écrit : jeu. 21 nov., 2019 16:27
Nos messages se sont croisés. Je n'avais pas vu le tien pendant que j'écrivais (on emploie d'ailleurs les mêmes mots pour Monk : style particulier ;). Monk n'a eu ni prédécesseur, ni vraiment suiveur, si ce n'est un pianiste anglais dont j'ai le nom sur le bout de la langue mais qui m'échappe là).
Eric Watson ?
Mais Il est américain si c'est lui
J'ai un vinyle de lui "Child in the sky"
Non, pas lui. C'est drôle que tu en parles : je l'ai eu comme prof.
D'ailleurs si tu as ce vinyle, as-tu les moyens de l'enregistrer direct en numérique en MP3 et de m'envoyer le fichier ? J'ai aussi ce vinyle, mais je l'ai tellement écouté et relevé des trucs, qu'il est complètement rayé.
Et en cadeau, je t'enverrai la photocopie de la partoch "Miss Julia", écrite de sa main.

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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par pianojar »

Je pense que mon vinyle doit être plutôt en bon état car à l'époque je les repiquais tous sur K7 !
Je tâcherais de t'avoir une copie numérique ou CD
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Christof »

pianojar a écrit : jeu. 21 nov., 2019 16:45 Je pense que mon vinyle doit être plutôt en bon état car à l'époque je les repiquais tous sur K7 !
Je tâcherais de t'avoir une copie numérique ou CD
Merci ! A ma connaissance, le CD n'est jamais sorti dans le commerce. Mais peut-être que les fichiers numériques existent sur Deezer (que je n'ai pas).
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Géphil »

J'aimerais citer ici Mary Lou Williams (1910-1981) comme pianiste avec plusieurs particularités :
- c'était une femme
- elle avait un oreille exceptionnelle qui lui a servi de formation de base au contact de nombreux musiciens de jazz
- elle jouait et chantait le blues https://www.youtube.com/watch?v=-X4r5ZioIBw
- elle a beaucoup fait pour aider les musiciens de be bop à leur débuts et notamment Monk
- elle a eu une longue carrière qui lui a permis de jouer des styles différents. Ainsi une belle interprétation de All Blues https://www.youtube.com/watch?v=3AotvbbBJRo
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par bernard »

à une époque, il a monté une école de jazz
exact avec des recueils de morceaux divers et progressifs, une méthode rose swing

https://www.amazon.com/Complete-Jazz-Pi ... B000ZLZEPK
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par Christof »

Géphil a écrit : jeu. 21 nov., 2019 17:59 J'aimerais citer ici Mary Lou Williams (1910-1981) comme pianiste avec plusieurs particularités :
- c'était une femme
- elle avait un oreille exceptionnelle qui lui a servi de formation de base au contact de nombreux musiciens de jazz
- elle jouait et chantait le blues https://www.youtube.com/watch?v=-X4r5ZioIBw
- elle a beaucoup fait pour aider les musiciens de be bop à leur débuts et notamment Monk
- elle a eu une longue carrière qui lui a permis de jouer des styles différents. Ainsi une belle interprétation de All Blues https://www.youtube.com/watch?v=3AotvbbBJRo
Oui, tu as bien raison de la citer. Je comptais d'ailleurs plus tard, dans ce fil consacré à l'histoire du jazz écrire quelque chose, notamment sur Nina Simone, Shirley Horn, Patricia Barber (qui dès qu'elle reprend un standard, en fait vraiment quelque chose d'autre), Irène Schweitzer et bien d'autres, comme Hiromi Uehara, Sophia Domancich et, forcément, sur mon idole des idoles (mais là, il s'agit plutôt de composition et d'orchestration), Maria Schneider. Et sûrement aussi sur Carla Bley.
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Re: Une histoire du jazz à ma façon...

Message par pianojar »

Christof a écrit : jeu. 21 nov., 2019 17:06
pianojar a écrit : jeu. 21 nov., 2019 16:45 Je pense que mon vinyle doit être plutôt en bon état car à l'époque je les repiquais tous sur K7 !
Je tâcherais de t'avoir une copie numérique ou CD
Merci ! A ma connaissance, le CD n'est jamais sorti dans le commerce. Mais peut-être que les fichiers numériques existent sur Deezer (que je n'ai pas).
Tu auras un bonus, je ne me souvenais pas mais j'ai aussi Bull's blood sorti en 1981
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