La sonate en si mineur de Franz Liszt

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abernard
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La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par abernard » mer. 09 janv., 2019 19:55

Bonjour,

Malgré la franchise de mes propos, je tiens à préciser que mon but n'est pas de choquer les esprits ou de me plaindre d'avoir perdu 30 minutes de ma vie, mais bien d'engager une discussion sur un genre de musique dont la compréhension m'échappe. (Je suis authentiquement curieux)

J'ai été très interloqué en écoutant la sonate en si mineur de Franz Liszt, que je souhaiterais mieux comprendre. Je ne cache pas le fait que je n'ai pas du tout aimé. Dès le début le thème m'a énervé, et je n'ai pas réussi à identifier beaucoup d'autres idées musicales en 30 minutes à part un boucan incroyable entrecoupé de pauses lyriques étranges et pas franchement beaucoup plus agréables à écouter.

Enfin, ce que je voudrais surtout comprendre, ce sont les critiques la concernant. Après mon écoute j'ai fait un tour sur internet pour voir si j'étais le seul à trouver ce morceau inaudible Tout ce sur quoi je suis tombé sont des allusions au fait que ce serait la plus grande sonate de piano jamais composée, que ce morceau est génial, etc. à ma plus grande surprise !

Il y a vraisemblablement quelque chose qui m'échappe. Je n'ai rien à priori contre les musiques atonales et les genres originaux qui nous font nous interroger et mette à l’épreuve notre ouverture d'esprit, mais qualifier cette sonate de la plus grande sonate de piano jamais composée... juste pourquoi ??
A mon sens, cela ressemble a une affirmation d'une minorité élitiste bouffie de musicologie qui se targue de comprendre les pièces mieux que tout le monde.

Peu de gens de mon entourage apprécient la musique classique, mais si je leur faisais écoutais cela, clairement la seule réaction qu'ils auraient serait d'être impressionné par la vitesse à laquelle bougent les mains du pianiste, puis d'avoir envie de sortir de la salle en courant, alors que n'importe quelle sonate disons de Beethoven aurait une chance d'être au moins écoutée jusqu'au bout.

Bien sur mon avis n'engage que moi. Je sais que les goûts musicaux varient énormément d'une personne à une autre. Je voudrais simplement savoir ce qui justifie que cette pièce soit autant appréciée.

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N'est-ce pas
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par N'est-ce pas » mer. 09 janv., 2019 20:08

Salut abernard
abernard a écrit :
mer. 09 janv., 2019 19:55
Bien sur mon avis n'engage que moi.
tu parles quand même à la place des autres à deux reprises dans ton post : - à la place de ton entourage, dont tu présages à l'avance la réaction ; à la place de ceux qui mettent cette sonate au top, à qui tu attribues le motif d'élitisme et d'intellectualisme

Personnellement j'adore cette sonate et de nombreux passages me donnent plein de frissons. :oops:

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EMVince
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par EMVince » mer. 09 janv., 2019 20:16

Une seule écoute c'est léger pour juger correctement il me semble, dire que cette premiere écoute ne t'as pas plu ok, mais laisse une chance à l'oeuvre d'etre réécoutée autant de fois qu'il le faut pour tu en saisisses au moins une cohérence, et avec chance une beauté.
J'ignore pourquoi la neige est blanche ...
Mais ca ne m'empêche pas de la trouver très belle !

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VIX
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par VIX » mer. 09 janv., 2019 20:20

C'est certainement un chef-d'oeuvre, mais trés difficile, l'interprète est trés important. Comme toi, je n'aimais pas cette sonate, la trouvant répétitive et somme toute assez barbante. ùais récemment, je l'ai trouvée magnifique, sous les doigts d'un pianiste dont je n'ai pas retenu le nom. Donc, tu a tout-à-fait raison d'exprimer un sentiment personnel, à contre-courant de l'opinion générale.

Julien84
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par Julien84 » mer. 09 janv., 2019 20:30

abernard a écrit :
mer. 09 janv., 2019 19:55
Dès le début le thème m'a énervé, et je n'ai pas réussi à identifier beaucoup d'autres idées musicales en 30 minutes
C'est pourtant une oeuvre qui développe à un très haut niveau le principe de transformation thématique et dont les thèmes et leitmotivs sont aisément identifiables.

pianojar
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par pianojar » mer. 09 janv., 2019 20:38

Je ne sais pas quel est ton parcours musical mais la première fois que j'ai entendu cette oeuvre j'ai eu une aussi une réaction d'incompréhension mais je dois dire qu'à l'époque mon univers musical était assez restreint et la zone de confort très petite
Après quelques écoutes pui un coup d'oeil à la partition aussi, cette oeuvre est rapidement devenue un incontournable avec des passages comme l'a souligné "N'est-ce-pas" qui sont absolument sublimes
Quant aux thèmes ils sont quand même assez facilement identifiables

arg
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par arg » mer. 09 janv., 2019 20:59

Je vais confesser une lacune... je ne la connais pas malgré plus de 40 ans de piano derrière moi (et j'espère autant devant).
Mais ton questionnement est celui des gouts musicaux ou artistiques d'une part, et d'autre part celui de la première écoute.
Un motif connu et reconnu, identifiable, finit par donner des repères, de l'attente, des résolutions, et peut être apprécié alors qu'au démarrage il ne l'a pas été, et j'en ai de nombreux exemples personnels pendant toutes ces années de découverte.
Et ensuite il y a les gouts personnels et là on ne peut rien dire. Ce n'st pas parce qu'une oeuvre est considérée comme un chef d'œuvre que tu dois l'aimer. Tu peux en revanche chercher pourquoi elle est considérée comme un chef d'oeuvre et t'intéresser à ce qui en fait les particularités, en aucun cas cela ne t'oblige à l'apprécier.
Pour moi c'est par exemple la musique de Zappa qui m'est insupportable. Comme dans ma famille il y a de grands connaisseurs et fans, je suis amenée régulièrement à re-tester. Eh bien ça ne manque pas, bien que j'en reconnaisse l'inventivité, la virtuosité, la connaissance, je n'arrive pas à la supporter sauf pour quelques exceptionnels passages calmes et courts. Elle me hérisse et m'irrite comme le ferait un parfum trop fort, une agression de la peau... et je n'y peux rien ! mais on vit très bien avec... :)

Lyks
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par Lyks » mer. 09 janv., 2019 21:21

Effectivement, cette pièce regorge d'idées musicales, elle est fascinante. C'est pour moi la plus grande sonate avec l'Hammerklavier, ça n'en fait aucun doute. Le leitmotiv dont a parlé Julien, avec une volonté de Liszt d'en faire un programme, est magnifiquement repris sans arrêt, dans des passages grandioses, puis lyriques voire amoureux, comme Liszt le fait si bien.

Ce genre de chef d'oeuvres est tellement complexe à interpréter que notre vision de sa musique peut totalement différer selon la performance.

Il y a une chose certaine, c'est qu'il est compliqué d'apprécier l'art sans une approche positive avec de la curiosité et un désir de comprendre l'oeuvre. Je l'ai vite compris avec Ravel, je n'arrivais pas à apprécier au début, et l'évidence m'est venue à l'esprit que la beauté de "Jeux d'eau" se cachait sous mon incompréhension.

On a le droit de ne pas aimer, mais on peut aimer un chef d'oeuvre si la curiosité dépasse notre premier jugement.
D'ailleurs il m'arrive très souvent de ne pas adorer une pièce en particulier à la première écoute, mais d'être inévitablement attiré à une seconde écoute, car quelque chose d’énigmatique m'a intrigué, sans que je sache pourquoi, et finalement d'adorer la pièce, jusqu'à qu'elle devienne même parfois une de mes favorites.

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Arabesque44
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par Arabesque44 » mer. 09 janv., 2019 22:15

J'avais écouté une émission de "Notes du traducteur" qui y était consacrée et qui m'a permis d'y entendre autre chose que du bruit. Parfois il suffit de quelques clés et repères pour trouver son bonheur!
Le parallèle avec la "Faust Symphonie" ( je vois dans Wikipédia que ça reste discuté) m'avait plutôt convaincue.
Mais ça reste une oeuvre assez difficile d'accès et en son temps assez controversée. Clivage sans doute entre les auto-proclamés "progressistes" (Wagner) et les supposés "traditionnalistes" comme Brahms
L'emploi de "leimotivs" fait évidemment penser à son ami Wagner. Bien plus qu'à Schumann qui il a eu la délicatesse de la dédicacer.
wikipedia a écrit :Critiques
Clara Schumann, pianiste et épouse du dédicataire, la trouva sinistre et se sentit « tout à fait malheureuse » lorsqu'elle l'écouta, jouée par Johannes Brahms. Elle nota dans son journal intime : « Que de bruit sans raison. Plus aucune pensée saine, tout est embrouillé ; on ne parvient même plus à y retrouver un enchaînement harmonique clair2 ».
Dans une lettre au compositeur datée du 5 avril 1855, Wagner ne tarit pas d'éloges à son sujet : « Très cher Franz ! Tu étais là maintenant près de moi — la sonate est indescriptiblement belle, grande, aimable, profonde et noble — sublime, comme toi. Elle m'a touché au plus profond de moi-même et d'un seul coup, toute la misère de Londres est oubliée2,3 ». L'objectivité de ce commentaire est évidemment sujette à caution en raison de la profonde amitié qui unissait les deux compositeurs.
Richard Strauss, s'adressant au grand pianiste Wilhelm Kempff en 1948, lui rendit hommage : « Si Liszt n'avait écrit que cette sonate en si mineur, œuvre gigantesque issue d'une seule cellule, cela aurait suffi à démontrer la force de son esprit3 ».

mllevinet
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par mllevinet » mer. 09 janv., 2019 22:30

Bonjour abernard,

Est ce que tu n'aimes pas les oeuvres de Franz Liszt en général ?

Julien84
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par Julien84 » mer. 09 janv., 2019 22:58

Je propose quelques repères pour guider l'écoute du début de la sonate en m'appuyant sur l'excellent guide de la musique de piano de Guy Sacre.
J'ai choisi sur YouTube une version celle de Zimmerman, avec la partition qui défile en même temps que la musique pour plus de praticité:

https://www.youtube.com/watch?v=IeKMMDxrsBE

Trois motifs principaux ou plutôt leitmotivs qui réapparaissent transfigurés tout au long de l'oeuvre:

A - motif en gamme descendante sourde et menaçante (mes. 2 et 3, puis 5 et 6)
B - motif en doubles octaves, emporté et abrupt, (à 0.54) dans une "couleur" de septième diminuée
C- motif qui est une sorte de rire sarcastique, à l'anacrouse en triolet très prégnante (à 1.06)


L'oeuvre, en un seul vaste mouvement d'environ trente minutes peut cependant être divisé en 4 mouvements, ceux de la sonate classique beethovenienne:

1 - introduction/allegro (à 0.54)

* le véritable premier thème (à 1.48) combine la tête du motif B et le motif C
* le motif B de nouveau présenté en doubles octaves donne lieu une écriture en imitation à 2.20, très virtuose.
* à 3.04 énoncé du motif A, qui jouera d'ailleurs un rôle charnière dans l'oeuvre, et qui ici introduit le second thème de la sonate, comme il se doit en ré majeur et dans un caractère «grandioso» (à 3.42).
* à 4.34 on peut considérer qu'il s'agit d'un développement de premier mouvement, et donc des éléments déjà entendus:
* B à 4.34 donc puis un peu endolori à 4.44, C à 5.21 puis… à 5.44, toujours le motif C, d'une trendresse incroyable par rapport à son humeur rageuse du début et ici présenté en augmentation rythmique. Ce passage est pour moi génial, mais ce n'est pas le seul bien sûr!

Voilà déjà quelques éléments d'analyse pour guider l'écoute de cette oeuvre très touffue et magistrale.

2 - andante (à 12.18)
3 - Scherzo (à 19.39)
4 - Finale (à 21.20)

Envrac
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par Envrac » mer. 09 janv., 2019 23:49

Je n'aime pas l'interpretation d'une "double fonction" dans cette sonate.
Pour ceux qui comprennent l'anglais, j'ai écrit une dissertation sur la forme de cette pièce pendant mes études que je me permets de recopier ci-dessous:

A Critical Examination of the Form of Liszt’s Sonata in B minor


Since its first performance in 1857 the Liszt Sonata has aroused controversy. 19th Century commentators struggled to come to grips with its structure, seeing it more as a fantasy built on thematic transformation than a true Sonata. Modern writers such as Winklhofer, Arnold and Hamilton have analysed the work’s form, but have come to different conclusions. In this essay, I will show that the B minor Sonata is a true sonata and that the multiple structural interpretations can often be reconciled. I will also briefly discuss Newman’s “double function” theory and why I disagree with it.

Liszt chose to begin his Sonata by presenting three of his primary motifs:

Motif 1 consists of two muffled timpani blows followed by a descending scale based on the Phrygian mode. The idea is then repeated with a gypsy scale. Motif 2 erupts from the same pitch in a figure based on the diminished seventh and is immediately followed by the “hammer blows” of motif 3. It is a very theatrical way for Liszt to introduce his main thematic material, with Hamilton likening it to the introduction of actors in a play. Throughout the work, our actors will serve different purposes, with motifs 2 and 3 forming the building blocks for most of Liszt’s thematic transformation, while motif 1 is recalled at points of structural significance.

It is important to note the lack of clear tonality; although there are hints of G minor in motif 1 (C minor according to Hamilton ), there is certainly no formal acknowledgment of our tonic B minor. This has led Winklhofer to describe the opening as a separate presentation of themes and tonality, while other commentators, doubtless disturbed by the tonal ambiguity, label the opening as an introduction. Liszt would later use the same technique of a delayed tonal confirmation in the Faust Symphony.

BB 18-31 is an agitato bridge sequence leading to the belated arrival of the tonic key B minor at bar 32. This ushers in what Brendel calls the “symphonic main idea”, which might otherwise be described as the first subject. Whether one sees this as the true start of the exposition or as the separate presentation of the tonic is really a matter of semantics, although it will cause a parallel debate about the formal beginning of the recapitulation. In any case, we finally have confirmation of B minor as the principal key area.

From BB 55-81, we are treated to an onslaught of staccato octaves based on motif 2. This is followed by a modulatory transition section based on motif 1 (in its second appearance) which leads to the second subject; the Grandioso theme in D major at bar 105. Incidentally, in a piece which invites numerous interpretations, this is one point of consensus.

The choice of the mediant as second key area is not without precedent in Liszt’s output, he had done so previously in the Grosses Konzertsolo (which itself was a structural precedent for the Sonata). Winklhofer even sees it as a deliberately conservative choice designed to shield the Sonata from becoming a fantasy.

Instead of closing the second group with a perfect cadence as one might expect, Liszt ends on a diminished 7th chord built on A#. This facilitates the reappearance of motif 2 at its original pitch in what Hamilton describes as a “sly allusion to the traditional exposition repeat”. Liszt then plunges forth with a dolce con grazia transformation of motif 2 followed by a restatement of motif 3 which is repeated in sequence and foreshortened until we get a cantando espressivo transformation at bar 153 of which Liszt was especially proud. From bar 179, we continue to hear more tonal restlessness and foreshortened sequences until we arrive at the development proper at bar 205.


The development is in two parts and of gigantic proportions. This is partly due to the Andante Sostenuto, which constitutes its own miniature sonata. However, the first part, which is more typically developmental in character, is of itself considerable in length, and Liszt seems to humorously acknowledge this through the false recapitulation that occurs at bar 287. With the arrival of the Andante at bar 331, we are presented with our fifth and final theme in F# major.

I believe that the presence of this section is the primary reason for people advocating a “double function” sonata form. Indeed, within the one movement sonata design it does seem unusual to present a self-contained sonata (complete with its own theme and key area). However, as Winklhofer points out, Liszt took a relaxed approach to his development sections and often used a harmonically static, self-enclosed form as a development-substitute, such as in Tasso and the Konzertsolo (although in this case, it is an augmentation).

The end of the section is marked by the third appearance of motif 1, followed by a masterful fugato in three voices, based on motifs 2 and 3, in what either constitutes the formal beginning of the recapitulation or an introduction to it depending on your leanings. Winklhofer, in keeping with her theory of separate thematic and tonal presentations, argues the former, while Arnold troubled by its being presented a half step lower argues the latter. In any case, there can be no doubt that by bar 533 we have reached the recapitulation. Here, we arrive at the only verbatim repetition of any material in the work; the B minor “symphonic main idea”. From here the recapitulation mirrors the exposition until we get to the coda, fulfilling the basic requirement of sonata form that material be presented in the tonic along the way.

The coda begins with the whirlwind of octaves based on motif 1 at bar 673. This is followed by a variant of motif 2 which itself leads into a triplet presentation of the Grandioso theme. The whole thing heaves towards a climactic finish, however, just when we arrive at the dominant 7th chord (tremolando), Liszt abruptly breaks it off.

After leaving us on tenterhooks for a moment, Liszt gives us a final reminiscence of Andante Sostenuto theme, in B major. From here, our actors take a final bow in reverse order. First is the final appearance, piano, of motif 3 (accompanied by rising diminished 7th chords). This, in turn, is followed by the final appearance of motif 2, pianissimo. A series of B major chords coloured somewhat by a chromatic inner voice then leads us to the final statement of motif 1. The final apotheosis is marked by three chromatically rising pianissimo chords (A minor, F major, B major), before a single B octave in the bass closes the work.


The Double Function Theory

In its simplest form, the theory is that the Sonata functions both as a single movement sonata form and a multi-movement sonata. A number of scholars have written on the presence of this “double function”, the first being Newman who proposed a four movement version with the exposition constituting movement one, the Andante as movement two, the fugato as movement three and what follows it as the finale. My main problem with this interpretation is the “finale”, the beginning of which Liszt didn’t even bother writing out in full, instead adding a note to indicate that 21 measures were to be repeated. This makes me think that he obviously saw it as a recapitulation. Moreover, Winklhofer asks the very pertinent question of how the same passage of music is supposed to simultaneously function as both exposition (of the finale) and recapitulation. Rey Longyear proposed a three movement model which I find more workable, as it avoids the above problem by beginning the third movement at the fugato. Even so, the work can only be divided into 3 sections so readily due to the Andante’s sonata self-enclosed structure. Indeed, neither what precedes nor what follows it is nearly as autonomous. As such, I don’t see them as discrete movements and feel the better interpretation is that it is a single movement sonata form with an extended development.

Conclusion

It is clear from the preceding analysis is that, despite some differing structural interpretations, the piece is no formless fantasy, with Liszt carefully balancing the more experimental aspects of the work with clear elements of sonata form. At the end of the day, as Hamilton rightly argued, the deliberate ambiguity which Liszt employed at the structural seams is actually what makes the Sonata so original and compelling, and what allows it to be seen as a true successor to Beethoven’s late sonatas.

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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par jean-séb » jeu. 10 janv., 2019 8:25

Je vais lire toutes ces explications mais je dois dire que pour moi, la sonate de Liszt s'écoute et s'apprécie très naturellement, parce que c'est une musique merveilleuse. Je suis malheureusement incapable de faire des analyses de ce que j'entends et ne fonctionne qu'à l'aide d'un très sommaire bouton "j'aime / je n'aime pas", et je me rappelle encore combien j'ai aimé instantanément cette sonate la première fois que je l'ai entendue en concert, une découverte pleine de surprises tant l'oeuvre est effectivement variée dans sa forme. J'ai toujours aimé la ré-entendre, même si l'effet de surprise ne joue plus. Bref, ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut surtout pas avoir peur de cette sonate, être intimidé par elle, croire qu'elle est réservée aux thésards et musicologues avertis.

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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par Lee » jeu. 10 janv., 2019 9:27

mllevinet a écrit :
mer. 09 janv., 2019 22:30
Bonjour abernard,

Est ce que tu n'aimes pas les oeuvres de Franz Liszt en général ?
C'est une question clée. Liszt fait partie des compositeurs que j'apprécie sans amour qui ne se forme pas.

Je suis d'accord avec Arg concernant les goûts. Il y a tellement de chefs d'oeuvres, ce n'est pas grave Abernard si tu n'accroches pas après des écoutes et des efforts pour comprendre.
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par JPS1827 » jeu. 10 janv., 2019 9:30

L'édition de Cortot donne beaucoup de clés pour aborder cette sonate, qui reste une des plus marquantes du répertoire pianistique.

http://petruccilibrary.ca/files/imglnks ... ortot).pdf

Extraits de la préface :

"Nul programme ne précise la tendance de cette gigantesque composition,dans laquelle toutes les ressources du piano sont mises en oeuvre avec une nouveauté, une ingéniosité d'écriture prodigieuses. Mais les thèmes s'y affrontent dans un tel sentiment de plasticité dramatique que l'on
ne peut s'empêcher de leur attacher un sens symbolique,de les faire passer du plan de l'abstraction constructive sur celui de la sensibilité purement humaine, et d'entrevoir ainsi le conflit des émotions sous le choc des propositions musicales.
Le champ,ici,est grand ouvert à l'imagination de l'interprète, et on ne pourrait supposer qu'il s'y veuille tenir à la seule qualité de la présentation instrumentale sans méconnaître grandement l'intention secrète du compositeur, et par voie de conséquence indirecte la raison d'être essentielle du postulat idéologique qui entraîne sa conception hors des sentiers battus du formalisme conformiste et loin de l'ordonnance conventionnelle, en trois ou quatre épisodes de genre et de facture déterminés.
C'est ainsi que l'on se croit autorisé à suggérer au virtuose éprouvé qui se risque à la traduction de ces pages monumentales, et qui forme par là même le téméraire projet de rendre un auditoire attentif, pendant la demi-heure nécessitée par leur exécution in interrompue, au sort des trois thèmes dont les transformations multiples constituent les péripéties d'une véritable action musicale, l'adoption d'un argument poétique susceptible de se modeler avec une certaine vraisemblance à l'enchaînement organique des sonorités.
Entre tous les sujets qui peuvent se proposer au choix de l'interprète, il n'en est pas, à notre gré tout au moins, qui puisse témoigner d'une plus entière concordance avec la tendance générale de la composition que celui qui consiste à supposer,au travers de ses différents aspects, de ses contrastes aussi bien que de sa logique expressive,les débats de conscience qui emplissent l'âme tourmentée de Faust à la recherche d'une insaisissable vérité. Et il semble bien que chacun des épisodes qui constituent l'ensemble d'une oeuvre tour à tour fébrile ou méditative, se prête à être déchiffré à la lueur du texte de Goethe.
Car ce sont,dès les premières mesures, les mêmes interrogations anxieuses, les mêmes inquiétudes devant le mystère insondable de l'existence… "

Il disait lors des cours d'interprétation (recueillis par Jeanne Thieffry) quelque chose comme : "je me suis raconté une histoire sur cette œuvre, que je ne vous dirai pas"…

Il est vrai que quand cette sonate est jouée par un pianiste brutal qui "tape", elle peut être complètement défigurée.

Spianissimo
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par Spianissimo » jeu. 10 janv., 2019 14:21

arg a écrit :
mer. 09 janv., 2019 20:59
Pour moi c'est par exemple la musique de Zappa qui m'est insupportable. Comme dans ma famille il y a de grands connaisseurs et fans, je suis amenée régulièrement à re-tester. Eh bien ça ne manque pas, bien que j'en reconnaisse l'inventivité, la virtuosité, la connaissance, je n'arrive pas à la supporter sauf pour quelques exceptionnels passages calmes et courts. Elle me hérisse et m'irrite comme le ferait un parfum trop fort, une agression de la peau... et je n'y peux rien ! mais on vit très bien avec... :)
Même dignostic sur Zappa en ce qui me concerne...
Quand à la sonate de Liszt, c'est une pure merveille, dont il est vrai que la première écoute peut-être difficile, c'est souvent le cas pour les oeuvres dont on ne peut plus jamais se lasser ensuite et qu'on apprécie plus à chaque nouvelle écoute, c'est tellement riche et beau. Je me demande si le mieux pour cette sonate n'est pas de la découvrir en concert pour en apprécier l'écoute...pour ma part, je l'ai découverte en concert jouée par Jean-Philippe Collard et ce fut mémorable.
Pour ce qui est de la jouer, c'est un domaine ou peu d'amateurs pourraient s'en tirer...mais rien n'empêche d'essayer :D
C'est sympa de parler mais jouons maintenant...
http://www.youtube.com/user/andante5133

bigrounours
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par bigrounours » jeu. 10 janv., 2019 15:16

jean-séb a écrit :
jeu. 10 janv., 2019 8:25
Je vais lire toutes ces explications mais je dois dire que pour moi, la sonate de Liszt s'écoute et s'apprécie très naturellement, parce que c'est une musique merveilleuse. Je suis malheureusement incapable de faire des analyses de ce que j'entends et ne fonctionne qu'à l'aide d'un très sommaire bouton "j'aime / je n'aime pas", et je me rappelle encore combien j'ai aimé instantanément cette sonate la première fois que je l'ai entendue en concert, une découverte pleine de surprises tant l'oeuvre est effectivement variée dans sa forme. J'ai toujours aimé la ré-entendre, même si l'effet de surprise ne joue plus. Bref, ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut surtout pas avoir peur de cette sonate, être intimidé par elle, croire qu'elle est réservée aux thésards et musicologues avertis.
Pas mieux ! Je suis exactement du même avis.
Par ailleurs, je suis très étonné des propos de abernard à propos de cette sonate : "ce morceau inaudible", "atonale". Je pense qu'il n'y a rien d'inaudible et d'atonale dans cette sonate. Pour moi on est dans du lyrisme romantique, et parfois cela tend presque vers de l'impressionnisme avant l'heure, ou plutôt vers quelque chose de "plus que du romantisme", difficile à expliquer. Je pourrais comprendre que ce morceau peut agacer oui, par sa grandiloquence par moment, mais de là à considérer ce morceau comme atonal et inaudible, je ne comprends pas.

pfffpfff
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par pfffpfff » jeu. 10 janv., 2019 15:50

bigrounours a écrit :
jeu. 10 janv., 2019 15:16
Par ailleurs, je suis très étonné des propos de abernard à propos de cette sonate : "ce morceau inaudible", "atonale". Je pense qu'il n'y a rien d'inaudible et d'atonale dans cette sonate. .
Cette sonate a été écrite vers 1852/1853. Mozart est mort depuis 60 ans. Que de chemin parcouru pianistiquement!
Il faut cependant reconnaitre qu' elle ne commence pas de façon très mélodieuse. Et qu' un bon joueur de piano, se visualisant peut être en train de la jouer, ne l écoute pas de la mémé façon que le profane.

Julien84
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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par Julien84 » jeu. 10 janv., 2019 16:12

pfffpfff a écrit :
jeu. 10 janv., 2019 15:50
bigrounours a écrit :
jeu. 10 janv., 2019 15:16
Par ailleurs, je suis très étonné des propos de abernard à propos de cette sonate : "ce morceau inaudible", "atonale". Je pense qu'il n'y a rien d'inaudible et d'atonale dans cette sonate. .
Cette sonate a été écrite vers 1852/1853. Mozart est mort depuis 60 ans. Que de chemin parcouru pianistiquement!
Il faut cependant reconnaitre qu' elle ne commence pas de façon très mélodieuse. Et qu' un bon joueur de piano, se visualisant peut être en train de la jouer, ne l écoute pas de la mémé façon que le profane.
https://www.youtube.com/watch?v=kcfDxgfHs64

Et ça c'est une introduction mélodieuse peut-être? :wink:

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Re: La sonate en si mineur de Franz Liszt

Message par pfffpfff » jeu. 10 janv., 2019 17:17

Mais au contraire, c est absolument sublime. En quoi cela contredit il ce que j ai ecrit au sujet de la Sonate (et son debut un peu ardi)?

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