L'improvisation vue par les Pmistes

Théorie, jeu, répertoire, enseignement, partitions

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Christof
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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par Christof » mar. 02 avr., 2019 15:08

Une chose dont on n'a pas beaucoup parlé dans ce fil "Improvisation", c'est aussi l'écoute. Car il y a la faculté pour un pianiste seul de "s'écouter" et en même temps d'être capable au-dessus de construire un discours improvisé qui se tient, c'est à dire que la pièce en finale sera vraiment "léchée", c'est-à-dire avec des développements, un tout.

Et il y a aussi cette faculté encore plus grande de l'interaction entre deux musiciens où chacun entraîne l'autre, musique absolue de l'instant, chaque musicien réagissant en une fraction de seconde, tout en maintenant cette cohésion et ce déroulement maîtrisé (il y a une grille derrière... quoique), alors que les deux s'abandonnent totalement dans une totale improvisation.
Un petit miracle ! Un échange où tout va de soi, lorsque c'est la musique qui décide de tout, et pas les instrumentistes. C'est la musique qui les guide, qui les initient, qui joue des musiciens. Ils sont devenus les instruments de la musique.


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Christof
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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par Christof » mer. 03 avr., 2019 23:49

Edouard Ferlet, Bach et l'improvisation

Normalement, ce texte devrait plutôt se situer dans Evénements->vos derniers concerts, mais je préfère finalement le mettre ici car je ne suis pas sûr que la rubrique «Vos derniers concerts» soit beaucoup regardée. C’est dommage, j’y avais mis quelque chose dimanche sur Jean-Dubé, et vu le peu de commentaires – alors que Jean Dubé est un immense pianiste -, j’en déduis que pas grand monde ne regarde. Et puis, dans ce fil, un nouveau message chasse l’autre, à une telle vitesse.

De toute façon, le présent concert que je souhaiterais vous présenter ici correspond absolument au thème de ce fil «Improvisation». Comme d’habitude, je pense que je vais faire long…

Voilà, cela se passait vendredi 29 mars dernier dans l’auditorium de l’université Paris VII-Jussieu.
Pour cette séance - dernière d'un cycle ayant pour thème "Re-création " - était invité le pianiste Edouard Ferlet. Le programme annonçait : "Johann Sebastian Bach recréé dans le jazz d’aujourd’hui".

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Et ce concert a été pour moi l’illustration-même du phénomène de "recréation". Ce terme d’ailleurs ne s’applique pas qu’à l’improvisation : à mon avis, un interprète qui joue une sonate de Beethoven, par exemple, fait de la recréation (et là je pense au fil récent initié par Lee sur "Comment et quand prendre des libertés?").

Il me semble aussi que lorsqu'un compositeur savant commence à composer une symphonie, il pense aussi à toutes les symphonies composées avant lui, à tout ce qui s’est inscrit dans une tradition, le continuum d'une histoire ; le phénomène de re-création est immanent, existe à tout instant.

Une bizarrerie existe dans la musique "savante" : à une époque, on a tellement magnifié l’écriture, la notation, le fait de composer en écrivant sur le papier la pensée musicale que l’on a fini par remettre en cause l’improvisation. Ceci alors qu’il y avait eu avant une tradition très profonde en cette matière dans la musique occidentale, qui a été l’un des axes principaux de toute la création jusqu’à la fin du XIXe siècle.
Bach, Mozart, Beethoven, Chopin, Liszt pour n'en citer que quelques-uns, étaient de grands improvisateurs (citons aussi tous les organistes...).

Ainsi, dans les premières décennies du XXe siècle, il y a comme une sorte d’abandon de cet amour pour l’improvisation chez nombre de compositeurs savants et il existe même une volonté très marquée par certains compositeurs, dans les années 1910- 1920, par exemple Paul Hindemith ou Stravinski, de vouloir relativiser au maximum le statut de l’interprète et la liberté donnée de s’écarter peu à peu de ce qui est noté. A un moment de sa vie, Stravinski a même pensé qu’un interprète ne devait être qu’une machine à reproduire, imaginant même que la musique puisse être enregistrée sur des pianos mécaniques.
Et c’est précisément dans les années vingt que se répand alors le jazz, comme si il y avait là une volonté de compenser cet état de fait, parce que le jazz, lui, redonnait à l’interprète et à l’improvisation toute sa valeur.

Et puisque je vais vous parler d’Edouard Ferlet, j’en profite pour vous écrire quelques mots sur la relation du jazz avec les musiques savantes, et sur la relation de Jean-Sébastien Bach avec les musiciens de jazz.

Relation du jazz avec les musiques savantes, relation avec Bach

On a tendance à associer le jazz à la culture afro-américaine, au blues, à l’improvisation… mais dans le jazz existe une relation à la musique savante européenne qui est très forte depuis le début, à travers deux répertoires privilégiés, à savoir la musique de piano et l’opéra. Il s’agit du piano post romantique et romantique que les musiciens et compositeurs afro-américains connaissent très bien, et qui a finalement profondément influencé les formes du jazz elles-mêmes. Ceci s'est instauré déjà à travers le ragtime et ses pianistes (entre 1890 et 1910), musique pratiquement complètement écrite dans laquelle il n’y avait que très peu d’improvisation. Au fond, ces pianistes se sont inspirés de la tradition pianistique européenne de la deuxième moitié du XIXe siècle pour fonder le ragtime, écrit sur les formes de cette dernière.
Et puis il y a l’opéra. Les opéras, en particulier à la Nouvelle-Orléans (fin XIXe, début XXe) étaient monnaie courante, populaires et donc connus (par exemple Wagner…). Ils figuraient dans le répertoire des pianistes de "proto jazz" (par exemple Jelly Roll Morton), qui connaissaient tous ces ouvertures-là. Les programmes de l’époque l'attestent : les pianistes jouaient des chansons à la mode et des ouvertures d’opéra.

Cette tradition s’est poursuivie, d'ailleurs beaucoup chez les pianistes, où la plupart d'entre eux (et ce n’est pas une histoire de "blancs-noirs") connaissaient très bien le répertoire : on peut citer Fats Waller, Art Tatum). Si on les écoute attentivement, on entend largement ces influences.

Ensuite sont apparus les grands orchestres. Ils ont joué ces thèmes. Etudier leur répertoire est très intéressant. Duke Ellington a par exemple arrangé du Grieg, d’autres jazzmen du Moussorgski… Pour eux, il n’y avait aucun problème de faire des incursions dans le répertoire classique, et d'y improviser. Et c’est encore plus fort maintenant : tous les jeunes musiciens de jazz possèdent parfaitement cette culture-là.

Pour revenir à Bach, c’est assez particulier : il ne fait pas partie de ces répertoires-là. Mais il y a quelque chose d’intuitif qui a été perçu par tout le monde, c’est qu’avec le Cantor, il y a quelque chose dans le rythme, dans la ligne, qui concerne les musiciens de jazz. On pourrait parler d’un lieu commun, en disant que "Bach swingue", mais c’est un peu vrai. Et cela parle aux pianistes jazz, ainsi que la fluidité de la ligne, venant du fait que Bach était lui-même un excellent improvisateur. Et même quand Bach écrit, on sent cette impulsion de l’improvisation qui est toujours présente.

Dès 1937, le producteur de Django Reinhardt lui propose, ainsi qu'à Eddie South (grand violoniste afro-américain) [et Stéphane Grappelli] d’enregistrer le concerto pour deux violons en ré mineur de Bach. Django Reinhardt a alors fait une réduction de tout l’orchestre (le tout à l’oreille, il ne savait pas lire les notes...). Charles Delaunay, le producteur d'un des disques leur demande d’improviser dessus… Il existe donc deux enregistrements fait à la suite. Et ce qui est drôle, c’est qu’ils ne peuvent s’empêcher de swinguer lorsqu’ils jouent la partition écrite ; en revanche, dans l’enregistrement où ils improvisent, ils semblent un peu tétanisés, ayant tendance a rejouer ce qui est écrit. Sûrement pas par manque d’imagination mais plus parce que l'écriture de Bach était déjà «improvisative ».



Ensuite, la tradition a perduré, par exemple avec le Modern Jazz Quartet (MJQ) et son disque "Blues on Bach".



Et puis bien sûr, il faut citer Jacques Loussier (voir ce fil), qui a mis l’accent entièrement sur le rythme. Il a toujours joué cela swing : donner la partie de basse à une contrebasse, ajouter une batterie, et cela fonctionne tout seul. Ceci a fonctionné au-delà de ses espérances car il a joué cette musique pendant cinquante ans, connaissant un succès considérable.
Il y avait tout de même une petite gêne, dans cette façon de faire, tout étant ici peut-être un peu trop systématique, donnant aussi le sentiment d'un problème d’écart au modèle ?

Il y en eu bien d’autres de ces jazzmen ou jazzwomen à s'emparer de Bach. Par exemple. dans le domaine du chant, on peut citer les Swingle Singers (et leur "Bach’s Greatest Hits" (1963).



Un nouveau mouvement

Un nouveau mouvement est apparu chez les pianistes de jazz, datant de quelques années seulement, où l'on revisite Bach, mais sur le répertoire, et pas tant sur le fait d’improvisation ; un "Bach revival" en quelque sorte
On peut citer par exemple Brad Meldhau qui a produit récemment un disque étonnant où il joue des pièces du clavier bien tempéré puis pour chaque, en propose sa version. Il en fait autre chose, à la fois en réécrivant et en improvisant.



Dan Tepfer est un peu aussi dans cette veine :



Et bien sûr, j'en arrive maintenant à Edouard Ferlet et ce concert du 29 mars dernier (ouf, je raccroche les wagons).
Concernant son travail sur Bach, Edouard Ferlet a déjà deux disques en cette matière à son actif. Son propos est ici de "jouer avec Bach, et non pas jouer du Bach". Une véritable re-création de ses œuvres, un travail à l’intérieur même de la structure originelle.

Mais qui est Edouard Ferlet?
J’avais déjà parlé ici de ce pianiste inclassable et imprévisible, mais on peut compléter en disant que c’est en commençant à improviser sur le piano familial, pour s’amuser,vers l’âge de 7 ans, qu’il s’est soudain découvert un goût pour la musique, appréhendée spontanément comme pur plaisir des sons et de leur agencement.
A 18 ans, après un bac musique et un passage au conservatoire, il part étudier au prestigieux Berklee College Of music au Etats-Unis et obtient en 1992 un diplôme en "jazz composition", agrémenté du Prix du meilleur pianiste de jazz de sa promotion, le "Berklee jazz performance award".

De retour en France, il acquiert une solide expérience dans le domaine de la composition grâce à la diversité et à la variété de ses commandes pour l’audiovisuel. Il collabore ensuite comme directeur musical avec des artistes dans des registres très divers, de Geoffrey Oryema à Julia Migenes. Mais son cœur reste profondément animé par le partage de sa musique à travers les concerts et les enregistrements. Il existe une vingtaine d’albums sous son nom et plus de 200 compositions ont été éditées, enregistrées et jouées en public.

Il fonde un trio en 1999 avec le contrebassiste Jean-Philippe Viret et le batteur Antoine Bainville (le batteur actuel est Fabrice Moreau). Le dernier album qui vient de sortir, enregistré en live, s’appelle Ivresse.



Il sort en solo Think Bach opus 1, en 2012, puis Think Bach opus 2 en 2017 (on peut citer aussi son disque Bach Plucked Unplucked avec la claveciniste Violaine Cochard, rencontre entre cordes frappées et cordes pincées, les deux musiciens dialoguant entre texte original et improvisations).

Image

Dans ces deux CD opus Think Bach, il offre une réinterprétation de l’œuvre de Jean-Sébastien Bach, jouant avec les structures et la libre improvisation de sa musique.

Comment déconstruire la musique de Jean-Sébastien Bach lorsque celle-ci vous a structuré ? Comment de nos jours varier Bach sans faire de lui un cantor de Variétés ?
C’est en grattant, dessus, dessous, dans les plis de la partition, tout en préservant la trace du précurseur, que le pianiste est allé déchiffrer les hiéroglyphes sonores de Bach ; un peu à la manière d'un copiste du Moyen-âge qui, par la technique du palimpseste, et dans un continuum, recouvre et allège à la fois un ancien parchemin avec une œuvre fraîche.
Oui, c’est en grattant, et aussi dans l’improvisation, que ce cadavre exquis polyphonique en vient à dévoiler certains de ses secrets. Le geste poétique d’Edouard Ferlet trouve sa place dans cette constante tension entre la reproduction et l’invention, où l’œuvre de Bach serait à la fois la promesse et le tour dont le pianiste nous livrerait ce que les prestidigitateurs appellent "le prestige". Une opération poétique, par laquelle le pianiste "recompositeur" soustrait et augmente à la fois : des lignes de chants d'un prélude se voient dérober quelques notes, alors que certaines plus chanceuses s'en font greffer d'autres, jamais réduites pour autant au statut de simples ornements. Le piano se trouve ainsi augmenté de timbres qui n'auraient sûrement pas déplu à Bach, sachant que c’est le la du clavicorde qui avait sa préférence.
Beaucoup a déjà été dit sur l'art combinatoire du cantor et ses structures absolues analogues à des escaliers infinis, tels les ruban de Möbius du peintre Escher, mais peut être que c'est seulement lorsqu'il retourne à l'improvisation que ce cadavre exquis polyphonique en vient à dévoiler certains de ses secrets. Car s'il s'agit ici de variations dans des variations, comme autant de mises en abîmes : Edouard Ferlet, lui aussi, emploie à son tour la méthode du miroir sur les partitions comme le pratiquait Bach. Et cette fois la différence dans la répétition surgit au sein de la musique improvisée, retrouvant par là quelque chose du baroque sans cesse en déséquilibre.

« Cher Jean-Sébastien Bach
Un jour, le clavier du piano m’a parlé. Je l’ai écouté et me suis noyé dans ses ondes sonores. Perdant conscience quelques instants, je t’ai imaginé buvant du bon vin pendant que tu improvisais. Depuis, j’ai compris que je devais être un musicien de chaque instant, me laissant guider par la beauté du son, l’incandescence du rythme, les mélodies souterraines. Je ne veux pas m’enfermer dans la musique pour me protéger, je veux qu’elle soit une porte d’entrée grande ouverte pour aimer. »



Avant d’écouter le concert, sachez que par moments, Edouard Ferlet "prépare" son piano (en fait il ne le prépare pas puisqu’il fait cela en temps réel) en posant des choses sur les cordes, dont il ne veut révéler la teneur. C’est son secret.

Par ailleurs je lui ai demandé comment il travaillait, car lorsqu’on improvise sur un thème, le résultat n’est jamais le même, et on peut partir dans tous les sens. Or pourtant, chez Edouard Ferlet, tout est très construit. Même si sa musique est celle de l'ici et maintenant.
Sa réponse a été de me dire qu’il ne savait pas vraiment répondre à ma question. Finalement il ne savait pas :
« J’ai souvent fait des improvisations totales, pas forcément à partir d’une idée précise sur Bach. Je me suis enregistré et ce n’était pas si mal. D’ailleurs, je me suis «auto-transcrit» ensuite, et j’ai eu un mal fou à le rejouer. C’est étonnant ».
Tout cela pour me dire qu’il y a un espace qu’il ne comprend pas trop. Sa façon de travailler, c’est être à l’aise avec le piano, à l’aise avec le public, "à l’aise avec moi-même", dit-il. « En fait, ce n’est pas compliqué, c’est ce que je dis souvent en master class, avec des musiciens classiques ou musiciens jazz. On ne se rend pas assez compte qu’on a un potentiel d’improvisation en nous, une espèce d’instinct, il faut se faire confiance. Il ne faut pas réfléchir, faire confiance aussi à son corporel, à son sens instinctif. J’essaie de faire cela, et ça marche. Il ne faut pas avoir peur de perdre le fil, il sera là automatiquement.
Quand une pièce me plaît, je la travaille pour l’intégrer, et à force de la jouer, je commence ensuite à la détourner, à improviser. Cela peut mettre du temps... Au début, cela m’agace car je ne suis pas un musicien classique, je mets du temps à m’approprier les choses, mais ce temps-là est très précieux. Le fait de prendre le temps, d’être un peu laborieux c’est très bien. On est d’ailleurs obligé de le prendre, ce temps. Si j’étais un super lecteur, cela irait très très vite.
Donc je joue la pièce. J’ai aussi beaucoup travaillé sur le graphisme, comme un enfant qui commence à rayer des notes, à en rajouter, de façon tout de même un peu organisée, en essayant de conserver l’état d’esprit du compositeur. Je fais aussi des découpages de partitions. Je me suis amusé à trouver plein de techniques, qui sont soit des techniques d’architecture, soit des techniques de dessin. Ensuite je pose la partition et je regarde et c’est comme cela que les idées me viennent toutes seules."


Image

Pour mieux expliquer, il prend alors un exemple avec le prélude de la première suite de violoncelle en sol en me jouant les premières mesures. Ensuite il inverse (mouvement rétrograde) et me le joue. Ensuite il met les deux en même temps (l’original à la MG, le rétrograde à la MD). Finalement ce n’est pas forcément «très joli», dit-il ; du coup il joue la mélodie un peu plus haut et rajoute des harmonies.
Ecouter le résultat

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Ecouter le concert


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A noter qu’Edouard Ferlet a fondé en 2006 son propre label "Melisse". Par ce biais, on peut se procurer les partitions de son Op1, et Op2 (les parties improvisées sont écrites en grilles, avec indications d’accords possibles en lettre). Objectif visé : que chacun puisse s’emparer de son travail, et refasse comme lui, coupe dans ses morceaux, ce qui pourra aider à en extraire des idées, pour produire alors aussi sa propre création.
Après un tel concert, comment résister à cet appel ?

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A savoir aussi : Edouard Ferlet a co-écrit avec la praticienne Emile Moreau "Do in et Musique", souhaitant par cette collaboration transmettre et partager ses connaissances au service de la beauté et de l’espace sensitif dans sa musique. L'ouvrage doit sortir dans les mois qui viennent. J’en parlerai en temps utile dans le fil «Le coin lecture».

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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par jazzy » jeu. 04 avr., 2019 14:42

Beaucoup de choses intéressantes dans cette longue intervention. Il faudrait du temps pour lire ,relire, écouter, réécouter ce que tu proposes et expliques....
Je ne connaissais pas du tout ce pianiste. Comme tu sembles l'expliquer plus ou moins, il fait partie d'une "école" où la création rythmique tient une grande place dans les improvisations, sans souci particulier de lignes mélodiques.
Je suis allé écouter Brad Mehldau la semaine passé à l'auditorium de Lyon. Je le classerai volontiers dans cette "école". Sa musique à des "moments rythmiques " très particuliers. A un moment on avait l'impression d'entendre tout un orchestre (alors qu'il jouait en solo). C'est assez surprenant, mais j'avoue que pour mes oreilles, il manque parfois de belles lignes mélodiques "bien léchées"!
Mon dernier morceau sur youtube
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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par Christof » jeu. 11 avr., 2019 16:07

Dans ce fil, le concert de Yaron Herman d'hier 10 avril, où l'on parle aussi un peu de l'improvisation

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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par Christof » dim. 28 avr., 2019 15:43

En faisant un peu le ménage dans mon ordinateur, j'ai retrouvé ce fichier. Je ne sais pas vraiment de quand il date car je n'avais pas mis à jour la date d'ans l'enregistreur (un zoom H4N). Peut-être que cela remonte à 2-3 ans ?
Il s'agit d'une improvisation totale à 4 mains... Je me suis assis au piano, ai commencé à jouer, et un ami (le possesseur de ce magnifique piano) m'a rejoint.

Improviser pour découvrir dans l'instant ce qui se jouera, tout oublier, écouter, sur un fil, se deviner l'un l'autre. Essayer d'être comme un grand livre ouvert. Et parfois, qui sait, des moments de grâce ?

Les commentaires sont bienvenus. Que ressentez-vous à l'écoute de cette musique ?
Ecouter

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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par jazzy » dim. 28 avr., 2019 17:50

Le moment que je préfère se situe entre 4,45 et 6 mn, où il semble avoir une réelle communication entre vous 2. Difficile d'imaginer que c'est de l'impro spontanée..., sans aucune "préparation".
Mon dernier morceau sur youtube
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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par Christof » dim. 28 avr., 2019 18:33

jazzy a écrit :
dim. 28 avr., 2019 17:50
Le moment que je préfère se situe entre 4,45 et 6 mn, où il semble avoir une réelle communication entre vous 2. Difficile d'imaginer que c'est de l'impro spontanée..., sans aucune "préparation".
Merci pour ton écoute.
Oui, ce passage, un peu comme une fugue qui se construit... Sans aucune préparation, complètement improvisé.
C'est pour cela que je parle dans mon message au-dessus de "moments de grâce".

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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par Christof » dim. 19 mai, 2019 20:55

Improvisation libre sur Round Midnight, en ce dimanche de pluie


N'hésitez pas à laisser des commentaires...

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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par mh_piano » dim. 19 mai, 2019 21:26

Christof a écrit :
dim. 19 mai, 2019 20:55
Improvisation libre sur Round Midnight, en ce dimanche de pluie
N'hésitez pas à laisser des commentaires...
Merci Christof pour ce joli moment ! Ambiance vraiment agréable qui donne envie en effet de se calfeutrer au chaud quand il pleut dehors.

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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par jazzy » lun. 20 mai, 2019 8:53

Souvent, quand j'écoute ce standard de Thelonious Monk je me sens un peu triste. C'est le cas aussi pour ta version, surtout dans la 1ère partie, où, entre autres, des descentes d'harmonies en demi-ton à la main droite (des quartes peut-être?) me font penser à quelqu'un qui, de sa fenêtre regarde la pluie qui tombe tristement... Le temps était bien maussade dans la Bresse hier aussi.
Je me demande si Nougaro n'avait pas un peu cette idée en tête en composant avec Maurice Vander sa belle chanson "la pluie fait des claquettes", chanson que nous jouons dans notre trio, et où chaque couplet se termine par une descente d'accords en demi-tons qui va du B7 (5b) au Fm7?
Belle impro Christof en tout cas
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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par Christof » lun. 20 mai, 2019 10:57

mh_piano a écrit :
dim. 19 mai, 2019 21:26
Merci Christof pour ce joli moment ! Ambiance vraiment agréable qui donne envie en effet de se calfeutrer au chaud quand il pleut dehors.
jazzy a écrit :
lun. 20 mai, 2019 8:53
(...) me font penser à quelqu'un qui, de sa fenêtre regarde la pluie qui tombe tristement... Le temps était bien maussade dans la Bresse hier aussi.
Merci MH piano et Jazzy... Vous résumez très bien ce que je ressentais hier, cette envie de rester calfeutré bien au chaud... Mon piano est juste devant une grande fenêtre d'où je vois toute une partie de Paris, mais hier surtout la pluie qui faisait des dessins sur la vitre... Une rêverie, jouer dans cette émotion, un paysage, des images...des pensées, des souvenirs...
jazzy a écrit :
lun. 20 mai, 2019 8:53
(...) Souvent, quand j'écoute ce standard de Thelonious Monk je me sens un peu triste. C'est le cas aussi pour ta version, surtout dans la 1ère partie, où, entre autres, des descentes d'harmonies en demi-ton à la main droite (...) Je me demande si Nougaro n'avait pas un peu cette idée en tête en composant avec Maurice Vander sa belle chanson "la pluie fait des claquettes", chanson que nous jouons dans notre trio, et où chaque couplet se termine par une descente d'accords en demi-tons qui va du B7 (5b) au Fm7?
La pluie inspire les demis-tons peut-être ?
Hier, je jouais cela aussi... MG, avec des résolutions par demis-tons... :)

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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par jazzy » lun. 20 mai, 2019 14:53

Je crois que l'analogie entre les harmonies qui descendent par demi-tons et l'eau qui tombe ou qui coule le long de la fenêtre est facilement perceptible.
De belles lignes mélodiques dans ton impro ...
Mon dernier morceau sur youtube
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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par fugue » lun. 20 mai, 2019 18:56

Christof a écrit :
dim. 19 mai, 2019 20:55
Improvisation libre sur Round Midnight, en ce dimanche de pluie
Super! :D

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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par Christof » mar. 21 mai, 2019 12:05

Merci Fugue !
Je crois que c'est le plus beau compliment qu'on ne m'ait jamais fait dans Pianomajeur !
Merci, merci, merci

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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par roulroul » mar. 21 mai, 2019 13:49

Pendant que je rédige ce message ( je tape d' un doigt, y a le temps, MDR ) j' écoute Dan Tepfer, proposé + haut, que je ne connaissait pas auparavant. Pas tout, bien sur ( 1 heure 36 mn, tout de même ), je vais voir si je le charge sur une clé pour écoute ultérieure dans ma voiture.
Bouille d' effort de sportif ( je me moque pas...) tout en retenue, passages forts, passages lents, de longs silences, cherche t'il l' inspiration ? des reprises, c'est joué au millimètre, il y a tout les ingrédients du jazz, je ne sais pas si ça se nomme ainsi, je veux pas faire de boulette ici. C'est super. :D

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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par Christof » mar. 21 mai, 2019 16:36

roulroul a écrit :
mar. 21 mai, 2019 13:49
il y a tout les ingrédients du jazz, je ne sais pas si ça se nomme ainsi, je veux pas faire de boulette ici. C'est super. :D
Merci beaucoup pour ton message Roulroul ! Rendre ce fil vivant, comme la musique dont il est question ici...

Oui, je dirais de mon côté : il y a tous les ingrédients d'une liberté (contrainte) au service de la musique.
Mais je ne sais pas si on peut parler vraiment ici de jazz. En fait, comme expliqué dans le message sur Edouard Ferlet, les pianistes classiques, à une époque, savaient improviser. Et puis cela s'est perdu. Il en existe encore, heureusement. Il y en a de gigantesques, tel Paul Goussot (j'en avais parlé dans le forum).

Mais c'est sûr que les pianistes jazz sont tous des improvisateurs..
Dan Tepfer a surtout fait des disques de jazz (mais j'avais mis ici sa reprise de "Billie Jean" de Michael Jackson.
Il fait aussi des recherches sur les sons ["Dan Tepfer a écrit des programmes informatiques sur SuperCollider qui interagissent en temps réel pendant qu'il improvise directement sur son piano, un Yamaha Disklavier. Ainsi, ce qu'il joue peut par exemple être répété comme dans un jeu de miroir, l'aigu devenant grave et inversement, suivant différentes combinaisons rythmiques. Pour accompagner la musique, Tepfer a également écrit des programmes sur Processing14 permettant de visualiser clairement ce qu'il se passe, à l'aide de formes abstraites pouvant évoquer des images astronomiques17,16. Les vidéos publiées sur YouTube sont soigneusement montées par Tepfer, donnant une qualité visuelle unique à ce projet"] .

C'est un artiste qui possède une palette extraordinaire... Et pouvoir dans l'instant, donner sa propre version de chaque variation (il n' a jamais fait la même chose à chaque concert) toujours totalement improvisée, montre l'étendue de son talent. De ses connaissances aussi...Il sait jouer une musique de l'instant. Alors oui, on peut peut-être appeler cela du jazz...
Mais Paul Goussot sait aussi jouer dans l'instant une œuvre de son cru, dans n'importe quel style de musique classique, complètement improvisée et on dirait une composition faite par les plus grands. Ici aussi, tout en retenue, passages forts, passages lents, de longs silences, une musique vivante et majestueuse.
Appelons cela tout simplement : la grâce.

jazzy
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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par jazzy » lun. 19 août, 2019 14:29

Entre création et improvisation, un blues lent en style jazzy enregistré il y a quelques années avec un son de piano électrique:
Mon dernier morceau sur youtube
https://www.youtube.com/watch?v=GN9b1mBjlr4

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Christof
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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par Christof » lun. 19 août, 2019 15:44

https://www.youtube.com/watch?v=KxNfk_mRX-E : J'adore cet accord de Ré 7 altéré qui tue de la mort à 2'16

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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par jazzy » lun. 19 août, 2019 16:52

Ah oui il pète pas mal!(bien que joué un peu fort). Surtout, si j'ai bonne mémoire que la basse est un Lab, triton de Ré...
Mon dernier morceau sur youtube
https://www.youtube.com/watch?v=GN9b1mBjlr4

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Re: L'improvisation vue par les Pmistes

Message par Christof » dim. 08 sept., 2019 19:47


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