Schumann-intermezzo du carnaval de Vienne op 26

Théorie, jeu, répertoire, enseignement, partitions

Modérateur : Modérateurs

Avatar du membre
JPS1827
Messages : 3426
Enregistré le : lun. 25 avr., 2011 11:27
Mon piano : Steinway A, Seiler 122
Localisation : Bourg la Reine

Re: Schumann-intermezzo du carnaval de Vienne op 26

Message par JPS1827 »

Je n'ai peut-être pas été assez clair, AnneB a raison il ne faut pas jouer plus vite mais il faut éviter de donner l'impression que tu est gênée par le mouvement
Ombre71
Messages : 29
Enregistré le : dim. 02 févr., 2014 19:52

Re: Schumann-intermezzo du carnaval de Vienne op 26

Message par Ombre71 »

merci Lee je prend compte de ton conseil :P et à celui de JPS également
et merci beaucoup à AnneB pour les commentaires :oops:
yamnaya
Messages : 3
Enregistré le : dim. 14 nov., 2021 20:04

Re: Schumann-intermezzo du carnaval de Vienne op 26

Message par yamnaya »

Syl a écrit : sam. 19 juil., 2014 18:09 Qu'évoque pour vous cet intermezzo ? Qu'est ce que vous vous imaginez quand vous le jouez ?
C'est un morceau particulièrement difficile à interpréter qui fait l'objet de nombreux contresens par ceux qui s'y risquent sans un minimum de contexte : le tempo est souvent trop lent, l'expression trop tendre, pas assez nerveuse... Cet intermezzo est un tourbillon de tourments et d'agitation intérieure, l'expression de fort sentiments de frustration et de désespoir amoureux. Comme l'explique la musicologue Brigitte François-Sappey, c'est "un cri existentiel d'amour et de mort".
Il faut savoir que Schumann est un homme déjà marqué par la vie et meurtri quand il compose ce morceau en 1839. Il souffre alors la perte récente de sa mère et de sa belle sœur et sa relation avec Clara lui semble sans espoir. La famille Wieck s'oppose au mariage, ils sont séparés de force et il ne peut plus correspondre avec celle qu'il aime qu'en cachette ou par l'intermédiaire d'amis communs. Cette année là est faite de solitude, de frustration et de colère face à l'acharnement du père de Clara et au détachement apparent de cette dernière avec qui les tensions (épistolaires) éclatent. L'anxiété de Schumann s'aggrave encore un peu plus avec la nouvelle de la mort de son frère Edouard, en avril. C'est donc dans la douleur et la tourmente qu'il écrit son intermezzo.

Une des interprétations qui rendent le plus compte de cet état d'esprit et (selon moi) une des plus réussies est celle d'Alexandre Rabinovitch :



Bon courge à tous, cette œuvre est exigeante mais magnifique :)
Ninoff
Messages : 1811
Enregistré le : ven. 11 janv., 2019 11:51
Mon piano : Bechstein

Re: Schumann-intermezzo du carnaval de Vienne op 26

Message par Ninoff »

Bonsoir,
Il y a bien des controverses sur l’interprétation de cet intermezzo.
D’un côté personnel, j’y sens également une agitation intérieure, amoureuse mais pas de désespoir.
Je l’ai travaillé avec une spécialiste de Schumann qui était de mon avis.
Après je conçois que chacun puisse avoir une vision différente, par contre j’aime bien cette interprétation de Rabinovitch
Avatar du membre
Arabesque44
Messages : 3506
Enregistré le : lun. 07 oct., 2013 18:11
Mon piano : Bechstein 175 Yamaha 155P
Localisation : Nantes

Re: Schumann-intermezzo du carnaval de Vienne op 26

Message par Arabesque44 »

J'ai vu qualifier cet intermezzo de "diamant noir" , je ne sais plus par qui ( peut-être par Brigitte Français-Sappey)
Ce qui laisse place à l'imagination de chacun, mais donne bien le ton et la couleur.
Je penche quant-à moi pour l'agitation fiévreuse, sans désespoir, comme Ninoff! Si Schumann durant ce séjour à Vienne (en effet décevant à plusieurs titres, professionnel et amoureux) , avait été véritablement désespéré, il n'aurait pas composé à la même époque des pièces bien plus légères comme l'Arabesque ou le Blumenstück , ou même les autres mouvements de ce Carnaval de Vienne.
NB: vidéo non accessible.
Mais j'ai trouvé ceci ( compilation d'enregistrements historiques!)
(Parmi les pianistes d'aujourd'hui, je n'ai pas trouvé d'enregistrement d'Eric Lesage, mais en général j'adore dans ce style de pièce de Schumann!)

Oukee
Messages : 1090
Enregistré le : mar. 16 juil., 2019 18:47
Mon piano : Sauter 118 R2
Localisation : Yvelines

Re: Schumann-intermezzo du carnaval de Vienne op 26

Message par Oukee »

Pour moi, ce morceau évoque le sentiment de solitude au milieu de la fête, sentiment d'autant plus insupportable lorsque les manifestations de joie sont partout présentes. Après les 3 premiers mouvements, c'est un brutal retour à la condition humaine.
Il y a quelque chose de l'esprit des Kreisleriana dans cet Intermezzo.
Avatar du membre
Arabesque44
Messages : 3506
Enregistré le : lun. 07 oct., 2013 18:11
Mon piano : Bechstein 175 Yamaha 155P
Localisation : Nantes

Re: Schumann-intermezzo du carnaval de Vienne op 26

Message par Arabesque44 »

Oukee a écrit : lun. 15 nov., 2021 17:55 Pour moi, ce morceau évoque le sentiment de solitude au milieu de la fête, sentiment d'autant plus insupportable lorsque les manifestations de joie sont partout présentes. Après les 3 premiers mouvements, c'est un brutal retour à la condition humaine.
Il y a quelque chose de l'esprit des Kreisleriana dans cet Intermezzo.
Oui le contraste avec les autres parties est voulu.
Je trouve que les Kreisleriana ne sont pas si sombres. A l'écoute de l'Intermezzo , je pense surtout à "in der Nacht" des Phantasiestücke op 12 et plus encore à la 1ere romance de l'opus 28
yamnaya
Messages : 3
Enregistré le : dim. 14 nov., 2021 20:04

Re: Schumann-intermezzo du carnaval de Vienne op 26

Message par yamnaya »

Arabesque44 a écrit : lun. 15 nov., 2021 9:39
Je penche quant-à moi pour l'agitation fiévreuse, sans désespoir, comme Ninoff! Si Schumann durant ce séjour à Vienne (en effet décevant à plusieurs titres, professionnel et amoureux) , avait été véritablement désespéré, il n'aurait pas composé à la même époque des pièces bien plus légères comme l'Arabesque ou le Blumenstück , ou même les autres mouvements de ce Carnaval de Vienne.
Il s'est passé beaucoup de choses en ce mois de mars 1839 à Vienne... :) Quoi qu'il en soit, il me semble quand même clairement que L'Arabesque ou le Blumenstück, par exemple, ainsi que les premiers mouvements du carnaval de Vienne, n'ont pas été écrits dans le même état d'esprit.
N'oublions pas que Schumann est un cyclothymique, c'est très clair dans les lettres à Clara qui se succèdent entre emportements amoureux, craintes, jalousie, espoirs et désespoirs. Même dans les moments plus joyeux, l'évocation de son amour est souvent teintée de couleurs sombres et inquiètes : "(...) à la fin, tout se résout par de joyeuses noces et pourtant, avant de terminer, une grande douleur surgit quand je t'évoque et alors intervient au milieu de ces noces un son qui résonne comme le glas de la mort" (une lettre du début du mois de mars).

Mais effectivement, si la situation reste bancale ("Comment tout s'arrangera, cet été, je n'en sais rien"), après un épisode de dépression morbide en début d'année dans lequel il ne trouve plus l'inspiration, il se sent à nouveau brièvement pousser des ailes début mars et finit même par penser que le dénouement de cet épisode douloureux avec Clara (qui est alors à Paris) touche peut être à sa fin et qu'ils pourront bientôt être à nouveau réunis : "A propos, comment t'appelleras-tu ? Wieck-Schumann ou bien le contraire, ou simplement Clara Schumann ? Oh ! oui, ça fait si bien - comme s'il t'était vraiment destiné." (lettre de début mars à Clara).
Il se remet donc a écrire l'esprit un peu plus libéré, c'est assez clair dans sa correspondance et il finit plusieurs pièces commencées l'année précédente à Leipzig (sa sonate en sol mineur, l'Arabesque, la Blumenstuck, Humoresque...). Il écrit à Clara : "Comme j'ai rêvé de toi et avec quel amour ! J'ai été toute la semaine au piano, composant, écrivant, riant et pleurant tout à la fois. Tu trouveras tout cela joliment dépeint dans mon opus 20, la grande Humoresque, qui est déjà à l’impression. Tu vois comme les choses vont vite pour moi en ce moment : conçu, composé et imprimé dans la foulée". Il est toutefois à noter que pour Humoresque, il écrira à son ami Ernst Becker que c'est sa pièce la plus mélancolique.

Sauf que la fin du mois se termine mal, dans une ambiance bien différente de cet espoir renaissant. Et c'est justement à cette période qu'il écrit l'intermezzo. Comme d'habitude, Schumann passe de l'exaltation au désespoir. Il décrit le début de cet épisode dans un lettre à Clara début avril : "Je t’ai parlé d’un pressentiment que j'ai eu, du 24 au 27 mars, en travaillant à ma nouvelle composition. Il y avait un passage auquel je revenais sans cesse, c’était comme si quelqu’un soupirait d'un cœur lourd. Oh! mon Dieu, pendant que j'écrivais, je voyais toujours des cortèges de cadavres, des cercueils et des gens malheureux, désespérés. Lorsque j’eus terminé et que je cherchais un titre, je revenais toujours à Leichenphantasie (Fantaisie de cadavres), n’est-ce pas étrange ? Pendant la composition, j’étais souvent si ému que les larmes me coulaient des yeux, sans que je sache pourquoi. Puis la lettre de Thérèse est arrivée, et d'un seul coup, tout devint clair ".

L'ouvre dont il parle, la "fantaisies des cadavres", ce sont les Nachtstücke op23 (titre autrement plus commercial !), clairement d'un ton différent des œuvres du début du mois. Quant à cette lettre de sa belle sœur Thérèse, c'est l'annonce que son grand frère qu'il adore, Edouard, est en train de mourir. Schumann vient de quitter son logement de Vienne quand il l'apprend (Robert Friese venait de lui annoncer qu'il ne pourrait plus continuer à produire son journal et que son avenir à Vienne était compromis). Son rêve de vivre dans la capitale autrichienne et d'y accueillir un jour Clara pour fonder un foyer ("mon désir le plus ardent, notre but, c'est Vienne") tombait complètement à l'eau. Il arrive en plus trop tard pour les funérailles de son frère... Pour couronner le tout, il reçoit entre temps une lettre de Clara qui lui annonce (sous l'influence pressante de son père) qu'il vaut mieux retarder le mariage à des circonstances matérielles plus favorables. A la tristesse de Schumann suit la colère dans sa correspondance... Et c'est justement, pour moi, dans cet état d'esprit de confusions (passion amoureuse, tristesse, frustration, colère...) que Schumann écrit l'intermezzo.

De fait, la première mention du carnaval de Vienne dans son journal date du 20 mars 1839 pour le début d'écriture des premiers mouvements, puis 11 jours plus tard dans une lettre où il évoque sa "fantaisie des cadavres" dont j'ai parlé plus haut. L'intermezzo est clairement composé concomitamment aux Nachtstücke, toute fin mars et terminé probablement avant la mi-avril. D'ailleurs, quand l'intermezzo a été publié (séparément des trois premiers mouvements) en décembre 1839, il a été présenté comme un fragment des Nachtstucke. A ce moment là, l'écriture du 5ème mouvement avait à peine commencé (le 24 janvier 1840, Schumann écrit à Clara qu'il a presque fini le carnaval mais qu'il lui manque encore la dernière page).

Voilà pourquoi je pense que l'ambiance de composition est bien différente des autres œuvres plus "légères" de début mars (débutées plusieurs mois avant), y compris des premiers mouvements du carnaval et du 5ème écrit un an plus tard.
Ninoff a écrit : lun. 15 nov., 2021 0:16 Après je conçois que chacun puisse avoir une vision différente, par contre j’aime bien cette interprétation de Rabinovitch
Certes, mais l'idée est tout de même de s'efforcer de s'approcher d'une vérité qui existe bel et bien, celle que Schumann a voulu décrire dans son intermezzo... :)
Oukee
Messages : 1090
Enregistré le : mar. 16 juil., 2019 18:47
Mon piano : Sauter 118 R2
Localisation : Yvelines

Re: Schumann-intermezzo du carnaval de Vienne op 26

Message par Oukee »

Arabesque44 a écrit : lun. 15 nov., 2021 19:38
Oukee a écrit : lun. 15 nov., 2021 17:55 Pour moi, ce morceau évoque le sentiment de solitude au milieu de la fête, sentiment d'autant plus insupportable lorsque les manifestations de joie sont partout présentes. Après les 3 premiers mouvements, c'est un brutal retour à la condition humaine.
Il y a quelque chose de l'esprit des Kreisleriana dans cet Intermezzo.
Oui le contraste avec les autres parties est voulu.
Je trouve que les Kreisleriana ne sont pas si sombres. A l'écoute de l'Intermezzo , je pense surtout à "in der Nacht" des Phantasiestücke op 12 et plus encore à la 1ere romance de l'opus 28
In der Nach tient plus d’une vision fantastique : on a peur mais c’est sans conséquence. L’intermezzo ajoute une douleur particulière.
Je te rejoins sur la première romance, elle est en effet dans le même esprit…
yamnaya
Messages : 3
Enregistré le : dim. 14 nov., 2021 20:04

Re: Schumann-intermezzo du carnaval de Vienne op 26

Message par yamnaya »

Oukee a écrit : lun. 15 nov., 2021 17:55 Pour moi, ce morceau évoque le sentiment de solitude au milieu de la fête, sentiment d'autant plus insupportable lorsque les manifestations de joie sont partout présentes. Après les 3 premiers mouvements, c'est un brutal retour à la condition humaine.
Je pense vraiment que pour bien le comprendre il faut séparer l'interprétation de l'intermezzo des autres mouvements de l'oeuvre, surtout des trois premiers. Cet intermezzo est un des nocturnes des nachtstucke qui a été ajouté au carnaval de Vienne dans un réarrangement des deux pièces avant publication finale. Comme je l'ai expliqué plus haut, chronologiquement, cet intermezzo n'a pas été écrit comme la suite des trois premières parties.
Quand l'intermezzo est publié le 10 décembre 1839, il porte le titre "Robert Schumann. Fragment aus dessen Nachtstücken" (Robert Schumann,
Fragment des pièces nocturnes) avec en commentaire "Aus bald erscheinenden Nachtstücken" (des "Pièces nocturnes", à paraitre prochainement).

De plus, on remarque bien que l'intermezzo vient casser la structure traditionnelle allegro/mouvement lent/scherzo/final de la sonate classique qu'avait voulu Schumann au départ. A noter que la sonate est en quelque sorte "renversée" par rapport à la forme stricte (notamment celle des sonates tardives de Beethoven) en commençant avec un premier mouvement allegro en forme de rondo libre, imprévisible, avec ses sections de longueurs variables, ses récurrences ou ses variations assez irrégulières du thème principal mais présentes dans toutes les sections, et en finissant avec un 5ème mouvement sonate/allegro assez stricte et relativement conventionnel qui est finalement le seul mouvement de l'œuvre de forme sonate.

Pour quelle raison Schumann a-t-il décidé un an plus tard d'allonger sa sonate pour en faire une "fantaisie carnavalesque" en 5 partie ? ce n'est pas clair. Cela tient peut-être au fait que l'intermezzo comporte déjà dans sa structure quelques traits de la forme sonate ou que les cellules motiviques de base sont essentiellement les mêmes que ceux du premier mouvement... Tout ça n'est pas illogique. Peut-être trouvait-il aussi que l'éloignement tonal du mouvement lent (en forme de chanson ABA) n'était pas suffisamment appuyé, Romance et Scherzino sont dans la double tonalité si bémol majeur/sol mineur et sont si étroitement liés aux mouvements d'angle que c'est l'intermezzo en mi bémol mineur qui apporte seul un vrai contraste tonal dans le cycle sonate (l'éloignement tonal est un élément fondamental de la forme sonate).

En tout cas, si l'intermezzo s'insère plutôt bien dans la carnaval de Vienne, c'est aussi et surtout parce que le final a été composé en tenant compte de son ajout tardif. L'idée du festival est d'abord exprimée dans le final avec des apparitions individuelles qui défilent en un mouvement rapide (sans devenir pour autant des thématiques solides), puis rapidement le motif principal apparait et établit des liens avec le premier mouvement, le scherzino et l'intermezzo, mais aussi ainsi avec les Novelettes, les Kreisleriana et l'Humoresque...
A noter que La romance n'est pas exclue de l'univers tonal de ces œuvres mais montre davantage de parenté avec les variations de l'andantino op14 de Clara Wieck.
En tout état de cause, Schumann a pris la décision d'incorporer l'intermezzo au carnaval (et par conséquent de le retirer des Nachtstucke) avant la finalisation du 5ème mouvement, en janvier 1840.

Tout ça pour dire que c'est pour moi une œuvre à part entière qui doit se comprendre indépendamment des autres mouvements, avec son propre univers et sa propre sensibilité et qui se rattache davantage aux sentiments compliqués et violents que ressentait Schumann en cette fin mars/début avril 1839 qu'aux souvenirs de Vienne et de son carnaval, ou même aux idées développées dans les premières parties. :)
Oukee
Messages : 1090
Enregistré le : mar. 16 juil., 2019 18:47
Mon piano : Sauter 118 R2
Localisation : Yvelines

Re: Schumann-intermezzo du carnaval de Vienne op 26

Message par Oukee »

yamnaya a écrit : mar. 16 nov., 2021 21:33 Tout ça pour dire que c'est pour moi une œuvre à part entière qui doit se comprendre indépendamment des autres mouvements, avec son propre univers et sa propre sensibilité et qui se rattache davantage aux sentiments compliqués et violents que ressentait Schumann en cette fin mars/début avril 1839 qu'aux souvenirs de Vienne et de son carnaval, ou même aux idées développées dans les premières parties. :)
Ton analyse est remarquable, mais j’ai tendance à penser que ce qui importe le plus, c’est précisément le fait que Schumann ait inséré ce morceau en 4ieme position de la sonate déguisée que constitue le Carnaval de Vienne. Quels que soient les méandres de la composition, le contraste violent apporté par l’intermezzo augmente encore son impact émotionnel par rapport à ce qu’aurait donné une publication dans les Nachtstücke par exemple. Ce sentiment de solitude au milieu de la fête que je décrivais plus haut permet à la composition de s’élever au dessus de ses traits descriptifs ou politiques (la Marseillaise dans le premier mouvement).
nox
Messages : 7665
Enregistré le : jeu. 17 mai, 2007 22:22

Re: Schumann-intermezzo du carnaval de Vienne op 26

Message par nox »

Merci pour toutes ces explications. C'est vraiment très intéressant, et la vie de Schumann est vraiment extraordinaire.

Ma vision :
Les premiers mouvements, c'est un travail descriptif, d'un observateur qui vient se perdre au milieu du carnaval.

"Intermezzo", comme le titre l'indique, c'est une pause au milieu de tout ça, un retour à la réalité, ou l'observateur au milieu de cette liesse se retrouve face à ses propres tourments (et je pense que c'est bien la vue de cette âme esseulée décrite dans la Romance qui l'y ramène, quelque part). Peut être même faut-il y voir une mise en abyme, et ce n'est même pas l'observateur, mais le compositeur lui-même qui s'évade au milieu de son propre Carnaval.
Mais je n'y vois aucun désespoir, et je pense que ça serait une erreur de le voir aussi sombre. D'ailleurs on finit bien sur une lueur de mi bémol majeur, et on va ensuite se replonger dans le carnaval dans un feu d'artifice éblouissant.

Je pense que le titre "Intermezzo" indique à la fois une pause au milieu du carnaval, mais aussi d'autre part qu'il ne faut pas peut être en faire "une montagne" (Schumann sait très bien donner des titres sombres et évocateurs quand il le veut, cette sobriété est même plutôt rare). Peut être aussi une manière de se consoler, de se protéger face aux malheurs auxquels il fait fasse.

En tout cas, ça ne fait que passer. Et au final, seul reste le Carnaval !
Répondre