
Pour l’occasion,
McCoy Tyner était accompagné de deux musiciens hors pair, Charnett
Moffett à la contrebasse et Eric Kamau à la batterie, tous trois habillés
de costards et cravates avec des airs de ‘Men in Black’ en diable.
Le trio a joué onze morceaux de facture très classique en deux parties,
pour un concert somme toute assez court.
Le monsieur
distingué qui descendait difficilement les marches de l’estrade pour
se diriger vers son public a pourtant gardé une belle flamme pianistique.
L’entrée en matière, articulée sur une mélodie intitulée Angelina,
nous a immédiatement séduits, même si Tyner a contenu son énergie
durant ce premier morceau. Sur le modèle adopté pendant presque
toute la soirée : introduction au piano / jeu à trois / solos, une
machine parfaitement rodée s’est rapidement mise en place.
Très tôt,
le percussionniste nous a mis en condition métallique, renforcée par
ses attaques régulières sur une grande cymbale verticale et des échappées
démonstratives à l’occasion de solos puissants. Dès le deuxième
morceau, un blues, ce fut au tour de la basse de nous abreuver de ses
digressions qui furent ensuite multiples. Alors que McCoy Tyner
ne s’est pas beaucoup frotté à l’exercice en solitaire (deux morceaux
courts, seulement), ce que l’on peut regretter étant donnée sa légendaire
dextérité dont témoigne une discographie abondante, ses compères
s’en sont donc donnés à cÅ“ur joie dans presque chaque pièce.Â
D’un côté, une percussion très énergique, parfois débordante,
parfois limitée à de petites touches accompagnatrices majestueuses.Â
De l’autre, une contrebasse intense partagée entre présence en ‘continu’
et envolées lyriques. L’on doit reconnaître qu’une virtuosité
parfois impressionnante mais toujours tranquille (si ce n’est le sérieux
que manifestait Tyner) s’est ainsi affirmée tout au long du concert.
A plusieurs
reprises, l’auditeur a pu également mesurer le sens rythmique remarquable
de cet ensemble, souvent martelé, il est vrai, par le jeu très (parfois
trop ?) affirmé du pianiste. Dan une belle dynamique d’ensemble,
le trio a réussi à alterner des pièces tendues saturées de cascades
harmoniques et des pièces apaisées plus suggérées.
Sans être
exceptionnel, ce concert nous a en tout cas convaincu de deux choses :
d’abord, une très belle énergie anime toujours notre champion du
clavier, et malgré le classicisme de l’ensemble, on ne s’ennuie
jamais. Ensuite, la symbiose des trois instruments témoigne d’une
complicité étonnante entre musiciens de générations si différentes
et initialement formés comme des solistes – mais leur expérience
du partage de la scène est évidente.
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